‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 163 sur 370 · Ginnamos, p · texte numérisé non relu

Ginnamos, p

i. Nicétas. p. i33-4;U.

décorer de peintures une maison qu'il construisait, ce personnage '< n'y représenta, dit le texte, ni les épisodes de la mythologie grecque, ni les exploits de l'empereur, comme c'esf Vkabitude des

gens huai placé», ni ce que lui-même avaitaccompli à la guerre ou à la chasse. Il ordonna d'y faire peindre les exploits du sultan (d'Icoaium), illuRtrantainsisurlesmursdesamuisoiicequ'il eùl été plus convenable de laisser dans l'ombre ' ".

1. Cinnnmos, p. 266-267, D'autres peintures, rcprcscnlanl les épisodes de l'avènement au IrAnc d'Isaac Ange (llHâ). Boni décrites par Robert de Clari (Hopf, Chroniques yreco- roman es, p. 21).

380 L\ BBNAISSANCE HACéDONIENNE

De ces œuvres profanes, doni étaient remplis, on le voit, les palais de la capitale, il ne nous reste rien, ou presque. Quel<]ue< fresquesà Sainte-Sophie de Kief, quelques tableaux de cérémonie à la Marlorana de Palemie j et à Monreale, quelque-

panneaux en mosaïques dans la chambre dt Itoger H et à la Zisa.

nous laissent seuls entrevoir, dans les o;uvres de l'art monumental, ceque fut cet art disparu. Du moins les miniatures des manuscrits comblentelles un peu celle lacune : les portraits impériaux y abondent (ng.182, 183, I8i, 185;, et certains ouvrages, comme le Skylitzcs de Madrid ou le manuscrit slavon n" 2 de la \'aticaiie, traduction bulgare de la chronique de Constantin Manassès, nous conservent, quoique datant tous deux du siV siècle, un reflet de cette peinture d'histoire et nous permettent di' conjecturer quel en était le caractère.

Naissance d'un arl impérial. — Des sujets comme ceux qui viennent d'élre indiqués exigeaient un elTort nécessaire de création. Ils supposaient robservation du modèle vivant pour les portraits lies personnages, l'élude des détails pittoresques, des types, des coslumes, pour le cadre où ces personnages évoluaient, la pratique en un mot du monde contemporain. Or la Bv?-ance cosmopolite du x** et du xi" siècle, pleine de Slaves, d'Arméniens, de Persans, de gens île toute race et de toute nationalité, fournissait à souhait aux artisles qui travaillaient pour la cour des modèles admirables de vérité et de vie. Il y a tout lieu de croire — on dira pourquoi tout à l'heure — qu'ils les étudièrent, avec un vif désir de s'affranchir des traditions anciennes pour se rapprocher de la réalité.

i/art religieux 381

Ainsi naquiiunartimpérialfdont les ateliers se trouvaient parfois au palais même, un art travaillant pour les empereurs et les grands seigneurs, pratiqué en général par des maîtres laïques et qui, par ces tendances diverses, — retour aux modèles antiques, goût du coloris oriental, effort naturaliste, — se révéla créateur. Mais, k coté de cette école plus libre, plus profane, Tart religieux demeurait florissant. Dans les couvents innombrables et richement dotés, dans les églises qui s'élevaient d'un bouta l'autre de l'empire, une activité incessante illustrait les manuscrits, multipliait les mosaïques et les fresques. Deux écoles étaient en présence. Mais ce qui est remarquable, c'est que, malgré leur antinomie apparente, l'art religieux subit profondément l'action de l'art impérial, et que, si attaché qu'il fût aux traditions ecclésiastiques du passé, lui aussi sut être créateur.

Vart religieux. — A l'art religieux aussi, la crise iconoclaste avait donné une impulsion vigoureuse. Pendant la période de lutte, il avait, on Ta vu, transformé et enrichi de thèmes nouveaux le cycle des compositions par lesquelles il exprimait aux yeux des fidèles les vérités de la foi. Des sources d'inspiration s'étaient offertes à lui, où l'on n'avait guère puisé encore; le progrès du culte de la Vierge avait fait chercher dans les Evangiles apocryphes la matière pour illustrer la vie de la Madone : l'âpreté des haines de l'époque s'était traduite en des tableaux où se retrouve l'écho des événements contemporains. Surtout un système nouveau de décoration était né, qui ne ressemble plus à celui du vi® siècle. Le concile de 787avait fortement exprimé la subordination nécessaire de l'art aux idées théologiques et liturgiques : «c'est aux peintres d'exécuter, disait un de ses canons, aux pères d'ordonner et de régler ». Une ordonnance plus sévère, conformément à ces principes, détermina donc désormais la répartition des compositions dans l'église, de façon à en faire l'expression du dogme. Des règles précises déterminèrent l'arrangement de chacune des compositions. Ainsi une iconographie nouvelle apparut, si complète dès l'origine, qu'elle pourra désormais se continuer sans se transformer sérieusement et qu'assez vite elle deviendra immuable. Tout cela, qui s'était lentement préparé au cours de l'époque iconoclaste, se manifesta en pleine lumière et s'acheva pendant la période macédonienne. La formation de Ticonographie nouvelle fut, entre le ix" et le xi° siècle, une des œuvres maîtresses (lu second âge d'or.

Ses caractères, — Or, il est remarquable que dans cette œuvre.

L BBNAISSANCB MACBDONtBNNB

de caractère essentielle ment religieux, les mêmes éléments se retrouvent que l'on observait tout à l'heure dans l'art impérial, l.e mouvement iconographique subit fortement l'influence des tendances

Pig, 186. — Un saint. Mosaïque de Saint-Luc (Coll. Hautes-Études, C. 1594).

générales de l'épnque. Sans doute il ne faudrait pas croire qu'il ail rejeté en bloc tous Icit souvenirs du premier art byzantin: nombre de motifs s'y rencontrent, qui datent du siècle de Justinien et même des Gatncombes '. 11 n'est pas moins vrai que, malgré ces survivances, cet art, sous des influences nouvelles, s'est presque entièrement renouvelé.

L'inspiration antique. — C'est d'abord sous l'inlluence antique. La grande place que les modèles classiques occui^nt dans l'art profane leur est faite pareillement dans l'art religieux. Regardez les minia-

osatqaes de Daphni {Gai.

l'inspiration antique 383

tures des plus beaux manuscrits sacrés de cette période : elles sont pleines de motifs copiés sur des thèmes antiques, de scènes mythologiques ou champêtres, de personnifications, d'allégories. On sent que rillustrateur a plaisir à reproduire les épisodes où revit l'inspiration antique, à prendre pour modèles les ouvrages où elle s*est conservée. Après les sujets, considérez les formes. Les gestes, les altitudes, s'inspirent des chefs-d'œuvre de la sculpture antique. Les prophètes sont des orateurs ; la Vierge de la Nativité rappelle les figures accoudées sur les sarcophages ; THadès que le Christ foule aux pieds fait songer à quelque barbare blessé, ou à quelque fieuve personnifié ; le Christ du Baptême imite certains ApoUons archaïques, et mieux encore certaines staïues telles que Fldolino de Florence. Pareillement les draperies aux plis profonds et multiples, sous lesquelles les lignes du corps apparaissent, peuvent rivaliser avec la fermeté de la sculpture antique ; elles ont une ampleur et une souplesse dignes de Tart classique. Et enfin les types mêmes sont souvent antiques. Telle figure dtfjeune homme (fig. 186), représentée dans les mosaïques de Saint-Luc, a la même finesse de traits, la même intensité de vie que les portraits hellénistiques du Fayoum : certains ' visages aux traits larges, au nez droit, aux yeux largement ouverts, au regard profond, au modelé harmonieux, ont la forte et sereine beauté des statues antiques.

Le réalisme, — Mais, à côté de Tinfiuence classique, apparaît une jévidente recherche du pittoresque, de l'expression, de la réalité. A !la monotonie des fonds unis se substituent des paysages et des architectures; aux épisodes traditionnels se mêlent, dans rillustration,des scènes de la vie journalière, des tableaux de la vie rustique : à côté des personnages classiquesprennent place les costumes et les portraits empruntés au milieu contemporain. Auprès des prophètes et des apôtres vêtus à l'antique, on voit des évêqucs qui portent l'habit pontifical du xi® siècle, des martyrs habillés comme des hauts dignitaires du palais. Aux types grecs se mêlent des types nouveaux et caractéristiques, aux longs cheveux noirs tombant sur les épaules, aux barbes pointues, aux yeux en amande abrités sous des sourcils épais, au nez fortement busqué. Ces traits nouveaux, qui ne doivent rien à l'antiquité, attestent un souci plus vif delà vérité, une observation plus pénétrante de la nature; et ils sont pris, en effet, dans la réalité. Les maîtres qui décoraient les églises ont prêté aux vieux saints les traits des hauts personnages, orientaux pour la plupart, qui remplis- ««aient alors la cour et la ville. Ce que les ateliers impériaux recher-

LA llE^AISSA^'CE MACEDONIEN SB

chaienl et traduisaient dans la peintured'histoire, ils l'ont fait passer, dans un même elTort naturaliste, jusque dans la peinture d'église. De là viennent ces figures d'un caractère parfois si individuel, dont plu-

Vig. IS7. — Saint Luc leGournikiole. Mosaïque de Saint- Luc (Coll. Hautes-Éludca. C 3

sieurs sont de véritables portraits : telles, dans les mosaïques deSaint- Luc, ces images de saint .Ntcon de Sparte et d'aulressaints contemporains [Rg. 187), traités avec une vigueur et un accent de vérité remarquables.

Si l'on veut voir jusqu'à quel point l'art impérial a pénétré Pari religieux, il sufRl de regarder les admirables manuscrits enluminé^ il l'intention de» empereurs, le Psautier de la Bibliothèque nationale ou celui de la Marciennc, qui appartint à Basile II, le Grégoire de Nazianze de la Nationale, illustré pour Basile I, ou le Ménologe du Vatican, destiné à Basile II, ou le Jean Chrysostome de la Nationale offert à Nicéphore Botaniale, et d'autres encore, comme les exlrail> bibliques du Vatican (Iteg. 1) exécutésavec une semblable magnilicence sur l'ordre de quelque haut dignitaire. On y doit évidemmeni reconnirilrc la main de ces maîtres de l'école de cour, qui travaillaient aussi bien à la décoration profane qu'à l'illustration des thèmo religieux : et il csl frappant de voir à quel point toutes ces œuvres

EVOLUTION DE l'aRT RELIGIEUX 385

procèdent du même esprit/s'inspirent des mêmes modèles, pris soit dans l'art antique, soit dans le milieu contemporain.

Évolution de tari religieux. — Sans doute, avec le temps, ces éléments s'élimineront de Tart religieux, et dans les œuvres populaires surtout que cet art produira, ils prendront de bonne heure une place subordonnée et secondaire. Assez tôt, mais surtout à partir du xi'^siècle, la tendance théologique l'emportera sur la tendance littéraire, profane et classique. En face du psautier aristocratique, aux miniatures presque antiques, se développera Tillustration du psautierpopulaire, du « psautier des moines », avec ses vignettes marginales, d'un art familier et original, mais qui n'emprunte plus rien à Tart antique. A Tillusiration littéraire et savante des œuvres de Grégoire de Nazianze s*opposera un autre modèle, formé sous l'inspiration des théologiens. Le trait distinctif des miniatures du livre très populaire quefutl'Octateuque est, au xi** et au xii^ siècle, l'alTaiblissement de la tradition antique. En même temps que la mythologie disparaît, les attitudes se raidissent, les types se dessèchent et se figent. « Tous les types de cette époque, dit Kondakof, se subdivisenten trois catégories, qu'on peut appeler : type angélique, type prophétique ou biblique, type apostolique. Toutes les matrones ressemblent à sainte Anne, les femmes jeunes à la Vierge, les hommes à saint Joseph ^ » Quoique les belles œuvres ne soient point rares, quoique Tornementation proprement dite reste toujours d'une merveilleuse richesse, on sent que la renaissance à demi profane a perdu sa vitalité, et ce grand effort créateur aboutira en somme, au xii" siècle, à la manière et au procédé. Toutefois, même alors, le mouvement iconographique ne s'arrête pas ; maison sent que l'art religieux tend à l'emporter sur l'art impérial.

Qualités communes des deux écoles. — Il n'en était point de même au début. S'il est vrai que la renaissance du ix® siècle mit en présence deux courants opposés, et comme deux écoles, l'une plus profane et plus libre, Tautre plus dépendante de TÉglise, l'une travaillant pour les empereurs, l'autre pour les monastères et les édifices sacrés ; s'il est vrai que, sous l'influence des idées théologiques et monastiques, la seconde peu à peu l'emporta, éliminant de Tart ce qui semblait trop empreint de fantaisie individuelle ou trop suspect de paganisme antique, il est certain qu'au début ces deux écoles se caractérisaient par des qualités communes. Toutes deux avaient le goût du luxe, de la richesse, de la splendeur; toutes deux puisaient aux mêmes sources

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