SIGNIFICATION SYMBOLIQUE DE L EGLISE
Signification symbolique de Véglise. — Dès le vu* siècle, les Pères de r Église grecque avaient attribué une signification symbolique à l'église et à ses différentes parties. « L'église, écrit un théologien grec du viii® siècle, est le ciel sur la terre, le lieu dans lequel le Dieu céleste demeure et se meut... L'égliseJ ajoute-t-il, a été préfigurée dans la personne des patriarches, fondée dans celle des apôtres, annoncée dans celle des prophètes, ornée dans celle des évêques, consommée dans celle des martyrs. » Ces indicalions des liturgistes ne seront point perdues pour l'artiste :
aussi bien, on lésait, pour un byzantin , ri m âge religieuse n'est point un simple objet d'art ; elle a une valeur plus haute, un sens plus profond ; le peintre s'appliquera donc volontiers à traduire par ses compositions les idées des théologiens. Chaque partie de la décoration aura
désormais une intention symbolique : chaque groupe de sainls, chaque cycle de scènes occupera dans Tédifice sacré une place spéciale, et jouera un rôle nettement défini dans la grande démonstration théologique que l'église a pour charge de présenter aux yeux des fidèles; bien plus, chaque partie de l'édifice sacré formera même un domaine particulier, ayant sa signification propre : un grand principe religieux domine tout l'ensemble du système décoratif.
Fig. 219. — Disposition dos mosaïques dans l'église de Daphni (d'après Millcl, Daphni .
LA DÉCORATION
Lei coupoles. — Au sommel des coupoles, à la partie haute des voûtes, c'est le ciel. Le Christ y figure dans sa gloire, i
d'archanges qui, en costume de parade, montent la garde autour de lui, la lance au poing 'li^. 220j ; au-dessous des anges, prennent place, parfoit, les apôtres, plus souvent les prophètes, qui, dans le>
textes sacrés inscrits sur les parchemins qu'ils déroulent, portent témoif^nage <le la toute-puissance du Seigneur et annoncent la
venue de son règne. Ce Chrîst-roi a un aspect particulier. " On dirait, écrit Pholius, à propos de l'image de la Nea, qu'il inspecte
la terre, qu'il en médite l'ordonnance et le gouvernement. Ainsi le peintre a voulu exprimer par des formes et des couleurs la sollicitude du Démiurge. » Et, en effet, ce n'est plus ici le Christ évangélique, le Sauveur doux et tendre ; c'est le créateur, le maître du monde, le Pantocrator, image du Dieu invisible, avec lequel il se confond. C'est ce que montrent clairement les inscriptions qui accompagnent sa figure. Il est « l'ancien des jours » (ô TaXasô; Ttov TjjtEpôv), et « le ciel est son trône » ; il est à la fois le Père et le Fils, et l'image qui le représente proclame avec éclat le dogme de la consubstantialité.
Le sanctuaire. — Derrière l'iconostase, c'est le sanctuaire où, à l'abri des portes closes, le prêtre célèbre le saint sacrifice. Ici encore, une idée liturgique inspire, la décoration. A la conque de l'abside, la Vierge est placée, tantôt orante et symbolisant l'Église en prière, plus souvent assise et tenant l'Enfant sur ses genoux, représentant alorsTEglise, « trône nnimédu Tout-Puissant » (fig.221). Les deux archanges Michel et Gabriel, en grand costume d'apparat, lui font d'ordinaire cortège. Depuis que le Christ est allé bénir au sommet des coupoles, la Madone règne en maîtresse à la place jadis réservée au Sauveur dans le fond des absides, et elle y restera désormais. Aussi bien cette place d'honneur lui revient naturellement, puisqu'elle est, après le Christ, la première personne dans la hiérarchie céleste, <* supérieure à toutes les puissances du ciel », comme le proclament les conciles, « plus haute que les cieux », comme le déclare la liturgie. Elle aussi, comme son divin fils, doit donc avoir un trône dans le ciel. Et c'est le ciel pareillement et la gloire du Christ qu'évoque la voûte en avant de l'abside, lorsque, par un symbole significatif, elle montre le trône du Christ préparé pour le Jugement dernier. C'est la représentation qu'on nomme l'Hétimasie, et ce trône vide où le Christ viendra s'asseoir parmi les apôtres rappelle à la fois, par les instruments de la passion qui l'environnent, sa première résurrection et annonce sa « seconde venue ».
Les autres figures de la décoration du sanctuaire nous ramènent du ciel sur la terre : elles se rattachent toutes au mystère de l'Eucharistie {fig. 222). Autour de la sainte table où officie le prêtre, se rangent les grands prêtres, prédécesseurs et figures du Christ (Abraham, Aaron, Melchisédech), les évêques ses représentants, parmi lesquels les grands docteurs du iv® et du v^ siècle occupent une place prééminente, les diacres associés aux évêques, tous ser-