Millet, Art byz
l'ordonnance de la décoration 451
Incrédulité de Thomas, Mission des apôtres) n'est pas moins digne d'attention ; et la liste des apôtres représentés, qui, aux douze disciples historiques, substitue huit apôtres augmentés des quatre évangélistes, est celle qui apparaît presque constamment dans lès monuments du x° et du xi^ siècle. Il n'est pas jusqu'à ce détail pittoresque et réaliste de l'artiste se représentant dans la scène des Saintes Femmes, « dans le costume et sous l'aspect extérieur qu'il avait en son vivant », qui n'étonne un peu au vi* siècle. Et Heisenberg lui-même est obligé d'accorder que cette décoration, par certaines intentions théologiques qu'on y observe, « forme un acheminement vers Tart du moyen âge byzantin, dont l'objet essentiel est de servir les fins pratiques d'une dogmatique fixée en formules précises et immuables ' ».
Quoi qu'il en soit, l'ordonnance des mosaïques des Saints-Apôtres apparaît coinme quelque chose d'assez nouveau, oii se trahit la main d'un grand artiste, et telle qu'elle est, elle achemine visiblement au système décoratif qui, à partir du ix*' siècle, mettra en relief, parmi les épisodes évangéliques, ceux qui se rapportent aux grandes fêtes du Christ ; et ainsi elle prépare, en somme, à côté de l'ordonnance de la Nea, « une autre formule précise, solide, qui complète la première, et par la suite se combinera avec elle ^ ». De cette combinaison sortira l'iconographie nouvelle, qui dominera désormais l'art byzantin.
l'ordonnance de la décoration ^
Aujourd'hui, quand on entre dans une de ces grandes églises byzantines, Saint-Luc ou Daphni, Saint-Marc de Venise (fig. il 8) ou la Chapelle palatine, parées de la base au sommet de mosaïques étincelantes, entre cette multitude de figures saintes et de scènes évangéliques, l'œil étonné se perd tout d'abord. Ce serait pourtant une grave erreur de croire que le hasard seul a déterminé la dispo- Mtion de ce magnifique ensemble : une pensée profonde inspire Tordonnance des sujets, une règle presque invariable en a iixé le groupement (fig. 219).