LE PROBLÈME DE LA COUPOLE
cet édifice énorme, d'uu art tout local, se manifestent toutes les particularités du style syrien, et spécialement cette richesse dans romementation qui en est l'un des traits les plus caractéristiques. Que Ton regarde la décoration extérieure de Tabside, avec ses fines coloonettes superposées en deux étages (fîg. 14), ou le beau portique à trois arcades qui donne accès à la basilique du sud (fig. 15), ou eocore les larges arcades qui encadrent Toctogone central (fig. 7), on ne saurait admirer assez la variété, la fantaisie, la magnificence de Fornementation, la souplesse et Thabileté de Texécution. Et si Ton songe à la multitude des pèlerins qu'attirait au monastère, de tous les points du monde oriental, et de l'Occident même, la renommée de saint Syméon, on admettra volontiers qu'un monument si célèbre, el d'une si prodigieuse splendeur, ait dû avoir quelque influence sur le développement de Tart, sur la propagation des types architecturaux aussi bien que des motifs décoratifs.
C'est là précisément ce qui donne aux constructions syriennes à plan central un intérêt tout particulier. On y peut voir par quels essais, par quels tâtonnements les architectes s'efforcèrent de réaliser ce qui fut toujours la préoccupation essentielle de l'art byzantin, à savoir de couronner d'une coupole circulaire un plan carré ou octogonal, et par quels raccords plus ou moins habiles ils parvinrent à passer du polygone au cercle.
L^ problème de la coapole et les solutions syriennes. — Depuis longtemps l'art perse employait la coupole, que déjà les Assyriens avaient connue. Dans les palais du Servistan et de Firouz-Abadf on trouve des coupoles soutenues sur quatre trompes d'angle, c'est-à-dire sur des niches sphériques logées aux angles du plan carré et qui constituent une base octogonale, d'où il devient plus aisé de passer au cercle. Ce procédé fut, dès le iv® siècle, emprunté à la Perse par les architectes byzantins ; on le rencontre à cette date dans certaines églises d'Asie Mineure et d'I^gypte, et il demeura en usage, jusqu'au xu*^ siècle, dans d'assez nombreux édifice» de Grèce et de Sicile. Une autre forme de coupole, qui devait avoir une grande fortune dans l'art byzantin, est la coupole sur pendentifs, où quatre grands arcs pénétrant une calotte sphérique l'échancrent de manière à y déterminer quatre triangles sphériquesy qui s'inscrivent entre les courbes des arcades. Ainsi on obtient, sans recourir aux trompes d'angle, w un type de voûte qui s'adapte directement au plan. * » Celte solution du problème, qui
1« Choisy, L'Art de bâtir chez les Byzantins^ p. 87
Manael d'Art byzantin. ^
fut la grande trouvaille de Tart byzantin, semble bien être hellénistique et avoir été imaginée, on le verra, en Asie Mineure ; mais elle a également son origine dans les procédés persans. De bonne heure, dans les plaines de TElam, qui fournissaient des argiles excellentes, mais où le bois manquait pour établir des cintres, les architectes s'essayèrent à construire des voûtes sans cintrage, maçonnant les briques par tranches verticales accolées les unes aux autres, au lieu de bâtir la voûte par assises rayonnantes s'élevant progressivement dans le vide ^ Ce procédé plus économique, facile à appliquer avec la brique durcie au feu, fut adopté dès le iv*^ siècle par les architectes chrétiens d*Orient ; on verra plus loin de quelle façon il se développa pour donner naissance à la coupole sur pendentifs.)
La Syrie était trop voisine dé la Peree, trop pénétrée d'influences orientales, pour qu'elle n'essayât point d'appliquer Tun ou l'autre de ces deux systèmes, pour qu'elle ne tentât point, elle aussi, de résoudre le problème de la coupole. Mais, dans ce pays où la pierre abondait et où la construction appareillée s'était surtout développée, il ne pouvait venir à l'esprit de bâtir, comnie dans d'autres régions, des coupoles en briques ou en menus matériaux posés sur un lit de mortier. Les conditions locales imposèrent donc d'autres partis et d'autres artifices, qui méritent d'être examinés.
Dès la fin du it^ siècle, le prétoire de Mousmieh montre une tentative pour couvrir un espace carré d'une coupole. Mais c'est surtout au m® siècle, dans de petits édifices tels que la Kalybé d'Omm es Zeitoun, datée de 28'2, et dans celle de Chaqqa (fin du in^ siècle) qu'apparaît un essai de solution. Sur chacun des angles du plan carré, une pierre est posée en pan coupé, de façon à déterminer un octogone ; sur chacun des angles de l'octogone, de nouveau une pierre est mise à cheval, de façon que la nouvelle assise forme un polygone à seize cotés; par un procédé semblable, l'assise suivante a trente-deux côtés, et ainsi insensiblement elle se rapproche delà base circulaire nécessaire à l'assiette de la coupole en blocage qui couronne la construction. Ce système ingénieux ne permettait guère toutefois de couvrir que des espaces assez restreints. « Il est, dit Choisy, au pendentif d'appareil ce que la plate-bande est à la voûte : la portée des pierres disponibles en
J . Cf. sur la ditTércncc des deux systèmes les lumineuses explications de Choisy, p. 31-32. On consultera les chapitres V â VIII de cet ouvrage pour tckulc la question indiquée dans le texte.
- LE PROBLEME DE LA CIIL'POLB
limite les applications, et nous sommes loin encoi'e d'u défînilive et vi-aiment pratique '. a
l^es constructeurs syriens étaient trop habiles pour ne
matériaux dontils disposaient, à consiruire des coupoles sur pendentifs appareillés (Ëg. 8). Le plus ancien exemple de ce type se rencontre dans une salle de Djerach où l'on voil, comme dit fort bien Ghoisy, m une conception asiatique réalisée par
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VoiUe «phérique appareillée 'Jérusalem, porte au tlaram-ech-Chérif, d'après
I>e même, ils connurent hien vile sans doute et appliquèrent à Aiitioche et au Saint-Sépulcre l'autre procédé de construction, plus pratique, venu de la Perse par l'intermédiaire de l'Asie Mineure, et qui consiste à bâtir des coupoles en menu)< matériaux sur trompes d'angle ou sur petidentifs. En tout cas on voit qu'au vi" siècle, dans l'éf^lise de Saint-Serge de Gaza décrite par Ghoricius, ils avaient appliqué le premier de ces types*. Cependant ils demeurèrent en général fidèles au procédé local indiqué plus haut et qu'il» se contentèrent de perfectionner.
C'e,^t ainsi qu'au vi* siècle, pour couvrir d'une coupole l'église octogonale de Saint-Georges d'Eïra (Kg. 9 et 10), bâtie en 515, on posa sur les angles du tambour octogonal des pierres en pan coupé, de façon à déterminer un polygone à seixe côtés, auquel succéda par le même procédé un polygone à trente-deux ciStés voisin du cercle, sur lequel on put édifier