Vogué, loc. cii.s p
2. Le peuplement partiel du pays a toutefois, depuis le moment où M. de Vogué les visita (1860), gravement endommagé plusieurs de ces édifices. C'est ainsi que la belle église de Tourmanin a été complètement démolie pour bâtir un poste militaire et un village.
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sanctuairecarré, tantôt, et plus fréquemment, par une abside courbe à l'intérieur, et empâtée extéHeurement dans un cadre rectiligne. Ce n'est qu'au cours du v" siècle, et surtout au vi', qu'apparaît l'abside faisant saillie sur le chevet de l'édifice, et qui prend alora une forme demi-circulaire ou polygonale. Mais, tout en se conformant ainsi à un plan très connu, dont on rencontre au iv< siècle des exemples en
Fi|^. 2, — Église de Qalb-Louzi^ (d'après Vo^^é, Sj/rU centrale).
Orient comme en Occident, les édifices syriens présentent nombre de dispositions originales et nouvelles. Ils doivent d'abord un caractère très spécial aux procédés mêmes de la construction et à la nature des malériaux employés : ils ne sont point, comme les monuments by/antins, bâtis en briques el en moellons, mais en pierres de taille de grand appareil. En conséquence, la voùle s'y rencontre rarement, et les tribunes au-dessus des bas-côtés ne s'y trouvent presque jamais. Pour d'autres raisons, on n'y voit point, comme dans la basilique hellénislique, le vaste atrium carré précédant la façade. Comme celte grande cour tenait trop de place, on n'en conserva qu'un seul côté, le portique attenant au corps de l'église, et ce portique ne tarda pas à prendre, au vi" siècle, un aspect caracté-
LES BASIUQUBS 37
ristique el fort pittoresque. Con formé ment à de Irèa a ditions orientales, qui remonteraient, d'après certains savants, jusqu'au ckilani hittite, et que l'on trouve suivies en tout cas dans les palais persans de FirouE-Abad et du Servistan, le nartbex devint un véritable porche, s'ouvrant par une large baie arquée
Pig. 3. — Église de Qalb-I.ouié. Inlérieiir {d'après BuLler .
entre deux tours carrées et surmonté d'une terrasse formant loggia couverte ou balcon. Un haut escalier donnait accès à cette entrée. L'intérieur de ces églises syriennes n'était pas moins remarquable. .Au-dessus des colonnes ou des piliers, l'architrave antique est remplacée par des arcades, et par-dessus ces arcades, jusqu'à la toiture de la nef principale, s'élève un mur, percé d'une longue série d'élégantes fenêtres. Comme dans la basilique hellénistique, l'église est couverte d'une charpente en bois, dont les poutres transversales s'appuient sur des colonneltes en encorbellement diapoiiées entre les fenêtres. Quelquefois, surtout dans les constructions du vi* siècle, les colonnes sont remplacées par des piliers quadrangulaires, qui
permettent de donner une portée plus grande aux arcades. Quelquefoia, à la même époque, on rencontre des arcs doubleaux jetés pardessus la nef et destinés à soutenir la charpente (Roueiha). En6n, vers le mêirie temps, on trouve parfois l'abside en forme de fer à cheval (Zebed, au S. E. d'Alep, datant de 511) et l'arc outrepassé remplaçant le plein cintre (Roueiha). Ainsi, dans toutes ces constructions, se manifeste un art vivant, savant, curieux de trou-
Fig. 4. — âg)fM de Roueiha (Phot. Van Berchem).
ver des voies nouvelles, et qui a produit des édiiices tout à fait remarquables par la beauté du style, l'élégance des proportions, l'habile distribution de l'espace et de la lumière, et la richesse de la décoration.
Il est aisé de suivre les progrès de cet art depuis les monuments les plus anciens en date ', tels que l'une des basiliques de Roueiha (iv" siècle) (fig. 4) où pour la première fois l'arcade se substitue à la
1. Les églises datées les plus anciennes snnl, au Ilauran, celle d'Oum-idj- Djemal, construile en 34S, cl, dans la Sjrie du Nord, celle de Farirtin. qui est de 373. cr. sur l'ori^ne du type : H. G. Duller, The Tychaion at Ii-Saiumen and Ihe plan of eiirly churckea inSyri» (K. A. 1906, II, 413).
plate-bande, OU bien régliNedeMchabbak{Vsiècle)(fîg. 5) si heureusement conservée et si élégante dans ses amplesel harmonieuses proportions'.jusqu'à ces constructions du vi' siècle, dont M. de VogUé dit justement qu'elles sont n des chefs-d'œuvre que les architectes de nos jours pourraient étudier avec profit ». Dans ces belles basiliquesde Bakirha (546) ou de Baqouza.danscelledeTourmanin (dg.]}, telle que nou^ la montre la restaurationdeM.de Vogûé.dans celle de
Fif . b. — Église de Mchabbak. ExUrieur (d'après Butler).
Qalb-Louzé surtout (fig. 2 el3), qui est vraiment la merveille de cet art, l'architecture syrienne a atteint son apogée. Ce qui frappe dans ces monuments, c'estle constant souci d'innovation qui anime les constructeurs, leur incessant effort pour modifier et perfecLionner leurs ouvrages, la souple ingéniosité avec laquelle ils unissent aux traditions helléniques les inspirations que leur apporte le contact du vieil Orient. C'est à l'Orient d'ailleurs qu'ils vont le plus volontiers. Ils lui empruntent et l'arc outrepassé et la façade si décorative à porche central flanqué de deux tours. Pour ménager plus d'espace à l'intérieur de leurs bàtimenta.ils abandonnent la colonne grecque, el sur des piliers rectangulaires ils posent des arcades plus large-
1. C'est une des plus hautes. Les colunnes y ont près de b mètres.
ment ouvertes ; au chevet, ils mettent la saillie de Tabside, décorée de deux éta<^es de demi-col omiett es superposées ; et sur toutes les murailles enfin, ils répandent une ornementation d'une richesse merveilleuse, encadrant les fenêtres et les portes de moulures courbes qui se replient en spirales, couronnant la baie d'entrée de loggias ou de balcons élégants, mêlant sans cesse dans cette décoration, avec une savante habileté, les motif classiques aux éléments qui leur viennent de TOrient.
Les édifices du Hauran ont un aspect plus original encore. La rareté du bois dans cette région de la Syrie a amené l'emploi exclusif dans la construction d'un basalte très dur, et ceci déjà a donné aux monuments une physionomie très particulière. De très bonne heure en outre, et plus tôt même que dans la Syrie du Nord, TOrient a fait sentir son influence sur la disposition de ces bâtiments. Ce sont, comme dans la région d'Antioche, des basiliques pour la plupart ; mais, dès le second siècle, l'arcade s'y rencontre aussi. fréquemment employée que le linteau. Le manque de bois, d'autre part, a obligé à renoncer à la couverture en charpente, et à y substituer des arceaux transversaux en pierre, jetés par-dessus la nef et qui supportent un toit plat en dalles. Le procédé, qu'on observe dès le iii*^ siècle dans les édifices païens de Chaqqa, a passé de là au iv^ siècle dans les églises de Qennaouat et de Tafka. Ainsi se constitua dans cette région un style tout à fait original, très pénétré des traditions orientales, moins élégant sans doute, moins pleinement développé que celui de la Syrie du Nord, mais intéressant et curieux dans sa forte simplicité.
Les édifices à plan central, — A côté des édifices de plan basilical, les architectes chrétiens de Syrie, désireux de ne point indéfiniment reproduire les mêmes modèles, édifièrent aussi des constructions à plan central, de forme circulaire ou octogonale, que surmontait une coupole. C'est à ce type que se rattachaient en Syrie la rotonde bâtie par Constantin au-dessus du Saint-Sépulcre, avec sa colonnade intérieure supportant la coupole, et ses tribunes couronnant le pourtour annulaire du monument, et pareillement l'église octogonale, elle aussi pourvue de tribunes, bâtie à Antioche par Constantin. C'est au même type qu'appartient en Mésopotamie l'octogone légèrement ovale de Wiranscheir fConstantina), avec sa coupole portée sur huit piliers, ses tribunes annulaires, son narlhex carré flanqué de deux tours et surmonté d'une loggia, qui précédait l'entrée occidentale. Ce monument, que Strzygowski date du iv® siècle, doit peut-être
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plutôt être attribué au vi". Mais il n'en est pas moins remarquable pour attester l'intéresBant effort d'invention qui est le trait cardclémtique de l'architecture syrienne'.
Ce génie créateur se manifeste surtout dans un édifice, où se combinent le plan basiltcal et la construction k plan central, et dont on a pu dire sans exagération qu'il est « le joyau archéologique de la
Syrie centrale* » et l'une des plus belles a'uvres de l'art chrétien. C'est, entre Antioche et Alep, le couvent de Saint-Syméon Stylite (Kalat Seman), bâti vers la fin du v* siècle autour de la colonne que le célèbre ascète avait illustrée par son long séjour et ses miracles.
Le plan général de l'édifice est aussi original que savant (li;;. t>i. Surqualre des faces d'une cour octogonale à ciel ouvert, qui forme le centre du monastère, s'embranchent quatre basiliques à trois nefs,
t. Slraygowski, KUinàtien, M et auîv.
î, Vogaé, toc. cit., 141-1S3 et pi. 138-50.
i ORIGINES SYRIENNES
disposées de manière à dessiner une croix gig'anleaque. Celle de l'est, terminée par une abside saillante, constitue l'église propre-
ment dite, consacrée à la mémoire du saint; les autres sont de vastes promenoirs, destinés à accueillir la foule des pèlerins. Dans