I. Bertnux, toc. cit., p. 31i
DIVERSITE DES INFLUENCES 495
yeux aigus, au nez busqué, au regard oblique, aux longs cheveux tombant sur les épaules, et, à partir du xi® siècle, de plus en plus ce type prévaudra. Évidemment des traditions diverses, des races d'hommes différentes se mêlent ici : malgré la rigidité des procédés traditionnels, on sent, dans cet art du xi® siècle, un efîort pour s^assouplir, se diversifier et se renouveler. Jusque dans les types les mieux établis, cet art introduit des divergences inattendues. A Saint-Luc, à côté du Pantocrator classique, on rencontre un Christ aux longs cheveux fins d'un blond clair, à la barbe blonde encadrant un visage au teint sombre, aux yeux profonds creusés sous d'épais sourcils, dont Taspect étrange contraste singulièrement avec les images ordinaires du Sauveur. A Daphni, à côté des éphèbes charmants, des prophètes auxgestes nobles et simples, au mâle visage, au regard profond, on trouve des personnages comme le saint Eustrati os, << auquel, comme on Ta dit spirituellement, il ne manque qu'un bonnet d'astrakan pour être le portrait d'un fonctionnaire actuel de Van ou de'Téhéran* ». Pour comprendre cette variété des types, il importe de chercher les sources d'inspiration de cet art.
Diversité des influences. — On sait déjà avec quelle complaisance l'époque de la Renaissance macédonienne est revenue aux traditions antiques. Dans cet immense musée qu'était Constantinople, il était impossible que le goût ne s'affinât point au contact des chefs-d'œuvre de l'art grec : c'est par l'étude directe des modèles classiques que s'explique la supériorité des beaux ouvrages byzantins du x* et du xi*' siècle. Dans les plus nobles figures qu'ont créées les mosaïstes de ce temps, les gestes, les attitudes, les draperies rappellent les statues de la Grèce et de Rome ^. Les archanges au visage souriant et fier ont la majesté sereine des dieux et des empereurs ; les vierges gardent quelque chose du rythme et de la grâce antiques ; les guerriers à la stature élégante, aux traits jeunes et beaux, attestent l'influence toujours puissante des types classiques. De là vient ce ferme modelé des visages, cette structure un peu courte parfois, mais si bien équilibrée encore, cette grâce noble des gestes, ce dessin élégant des draperies. L'art antique, avec ses procédés et ses formes, appliqués à des thèmes nouveaux, se prolonge dans l'art byzantin, appauvri mais toujours vivace.