‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 213 sur 370 · LES COMPOSITIONS · texte numérisé non relu

LES COMPOSITIONS

ristiques. Or, malgré ses attaches traditionnelles, lart byzantin du IX® et du X* siècle semble avoir été, plus qu'on ne l'attendrait, curieux du détail pittoresque et vrai, épris de réalisme et capable d'observation. Aux costumes antiques il a volontiers mêlé les ajustements contemporains, habillant ses guerriers et ses martyrs comme les soldats de la garde et les dignitaires du palais. Pareillement il a puisé largement parmi les types exotiques que lui fournissait cet afflux d'Orientaux immigrés dans la capitale : de là vient assurément cet aspect nouveau des visages, dont les traits caractéristiques apparaissent à côté des figures antiques ; de là vient également ce goût du portrait qui se manifeste, on Ta vu, dans plusieurs des images représentées à Saint-Luc. C'estsurtout sans doute à la cour, dans la pratique de cette peinture d'histoire fort en honneur chez les empereurs macédoniens, que les artistes ont pris l'habitude de copier d'après nature les costumes et les types contemporains ; mais il est inadmissible que de cet art profane rien n'ait passé dans l'art religieux. D'autant plus que cette hypothèse explique à merveille comment, dans les ouvrages de cet art, aux modèles inspirés de l'antique, aux types conventionnels qu'impose l'jfilglise se mêle un goût « naturaliste » du détail pittoresque et de l'observation vraie.

Les compositions, — Le même effort pour se renouveler apparaît quand on étudie les compositions. Ici encore Tart du x^ et du XI® siècle sent le besoin d'innover; il ne veut point redire à l'infini les mêmes choses; tout en restant attaché aux enseignements de l'Eglise, il se croit le droit d'être original, et il le fait avec un talent dans l'invention, une élégance et une harmonie dans la composition, une souplesse et une beauté dans l'exécution, une richesse surtout et une complexité dans le coloris^ qui, à Daphni surtout, ont produit des œuvres admirables.

Dans les mosaïques du v® et du vi® siècle, c'était sur des fonds bleus que se détachaient les draperies blanches des figures. Un trait caractéristique de la mosaïque, au temps des Macédoniens et des Comnènes, est l'emploi exclusif des fonds d'or, vaste champ lumineux qui permettra dans les figures des combinaisons plus riches de coloris, en appuyant, en soutenant les valeurs diverses d'une basse continue et profonde. Sur ce fond, peu de place est réservée au paysage et aux accessoires: souvent même, rien absolument ne vient rompre la sévérité du fond d'or; en tout cas, les accessoires, quand il y en a, sont de dimensions extrêmement Manuel d'Art bytantin» 32

DB LA PEINTURE. LBS HOSAÏQUBS

réduites. Il faut observer pourtant que, sous l'influence de la miniature, une tendance pittoresque commence à apparaître dans quelques compositions (Prière de Joachim et d'Anne à Daphni, fig. '243] qui se développera plus tard, et que, dans certains de ces accessoires (fontaine du jardin d'Anne, baldaquin de la

Présentation, lit drapé de la Nativité, etc.), se révèlent un goût et une étude attentive du détail précis et réel. C'est l'annonce d'une évolution qui se continuera dans les mosaïques vénitiennes et siciliennes et qui s'achèvera au xiV siècle. Pour le moment toutefois, c'est à la figure huijiaine que la décoration emprunte son élément essentiel.

L'ordonnance. — Ces ligures se groupent sur le fond d'or en compositions, pour lesquelles l'iconographie nouvelle fournit des modèles devenus bien vile traditionnels. Toutefois, on l'a vu, l'ordonnance de ces groupemenlH n'est point immuable. Paria multiplication des épisodes, par l'accroissement des groupes, par la diversité

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