Bordier, loc. cit., 21 suiv., 60-61, 117, 201, etc
LE MENOLOGE BASILIEN 591
de la vie des animaux, serpents déroulant leurs anneaux ou luttant contre des oiseaux, loups et renards faisant mille tours, cerfs ou boucs embarrassés par leurs cornes, ours dansant, léopards levant la patte (Sinaït. 339, xn^ s.}. Souvent des figures humaines se mêlent à ce cycle animal. Un centaure tenant un luth figure la lettre K ; un nain accroupi à face de lion la lettre T; un pêcheur à la ligne la lettre H, etc. Il y a dans tout cela une fantaisie élégante, qu'un goût parfait accompagne toujours et contient. 11 y a surtout dans toute cette ornementation une influence nettement orientale, arabe ou persane, qui montre comment, jusqu'au xi* et xn** siècle, se perpétuaient les traditions d'art décoratif mises en honneur au temps des iconoclastes.
MÉNOLOGES ET ÉVANGILES
Pourtant cette grande école d'art, dont on vient de passer en revue les œuvres essentielles, finit par perdre, sous l'influence de l'Église, une notable partie de sa liberté et de son indépendance. C'est ce qui se manifeste en particulier dans l'illustration des vies de saints, dont le fameux Ménologe du Vatican offre le type le plus ancien et le plus remarquable.
Le Ménologe basilien^. — Ce manuscrit célèbre fut exécuté pour l'empereur Basile II, à la fin du x^ ou au commencement du XI* siècle, par sept peintres, dont chacun a signé les œuvres sorties de sa main : ils se nommaient Pantaléon, Nestor, Menas, Ceorges, Michel Blachernite, Syméon Blachernite et Michel le Jeune. L'illustration, très abondante, compte plus de 400 miniatures : en tête de chaque vie de saint, en tête de chaque fête indiquée, une illustration est placée. Il y a donc naturellement, dans les sujets représentés, une variété très grande : et pourtant, dans l'exécution, on sent déjà quelque monotonie. Sans doute on note çà et là maintes réminiscences de l'art antique, et ailleurs des détails qui s'inspirent des ouvrages de l'art chrétien primitif. Il y a en particulier une parenté remarquable entre les fonds architecturaux devant lesquels les saints sont posés et les mosaïques de Salonique ou de Ravenne ; et on est frappé, d'autre part, du caractère monumental qu'otîrent
t. // Menologio di Basilio II, Milan. 1907.
LES MOMUUEMTS [
k PEINTURE. LES WNIATURBS
beaucoup de ces compositions (fig. 293]. En faul-il conclure que ces minialures, comme on l'a supposé ingénieusement ', reproduisent des modèles anciens, créés sur les lieux mêmes qu'illuslra le martyre du saint, des icônes locales commémorant la mort de^ confesseurs, et bien vite devenues populaires dans tout le monde chrétien ? L'hypothèse, qui est jolie, ne saurait prétendre à la cer-
titude : mais, quoi qu'il en soit, ce qui est incontestable, c'est que les peintres du x" siècle ont reproduit ces vieux thèmes selon le goûL de leur temps. Or, ce qui apparaît d'abord dans leur œuvre, c'est le manque absolu d'originalité. Ces artistes ont des qualités de facture souvent remarquables : ils recherchent l'élégance et 11 grâce, ils ont le goût de la magnificence dans les costumes et la décoration (fig. '291), ils n'ont pas peur du détail réaliste dans les scènes terribles ou cruelles qu'ils peignent. Mais, au fond, ils n'ont guère d'idées. Ils dissimulent plus ou moins adrottemenl, par la variété extérieure des agencements (fig. 295j, la banalité fastidieuse de leurs
LE ItÉNOLOGE
tableaux. Mais, dans la composition comme dans le choix des types, ils n'inventent'point, constamment atlachés à observer la règle, le » canon » traditionnel. Aucun caractère individuel ne marque les visages; aucune expression personnelle n'anime les physio
tes attitudes se figent ; les compositions se répètent monotones. Si, comme le dit Kondakof, le Ménologe de Basile II « représente la technique de l'art byzantin dans toute sa perrection ' », il a Dxé aussi les traita qui désormais inspireront l'art by7^nlin. Cela suffit pour donner à ce manuscrit une importance historique considérable: mais cette îlluslralion éclatante semble un peu ennuyeuse déjà. Ce n'est plus le style libre du Psautier ou du Grégoire de Na/ian^c de