Bayet, ^rf
LBS ÉVANGILES 595
récit. De ce second groupe, le représentant le plus intéressant est le manuscrit 74 de la Bibliothèque Nationale (xi® siècle), qui paraît avoir été copié dans un monastère de Constantinople sur un original appartenant à la cour^ L'illustration, extrêmement abondante, ne comprend pas moins de 361 sujets, dont la disposition sur toute la largeur du texte, sans cadre ni fond, semble bien indiquer un prototype en forme de rouleau. Mais « la magnificence de Tornementation, Téclat des tons et des couleurs, la splendeur des costumes byzantins sont impuissants, dit Kondakof, à dissimuler dans ce manuscrit la décadence véritable de Tart ^ ». On y sent « la tendance à subordonner Tart à la piété, à en faire un simple instrument d'édification pour les fidèles ^ ». Il ne s'agit plus ici de la beauté des créations, mais seulement d'illustrer abondamment le texte à l'intention du lecteur ignorant, de façon à transformer ce texte, selon Tingénieuse expression de Kondakof, « en une simple légende de l'image * s. Aussi, pour garnir le volume, les répétitions monotones abondent, les accessoires futiles sont multipliés ; toute sentence de l'Évangile, susceptible d'une représentation concrète, est illustrée conformément à son sens littéral. Et partout domine l'inspiration monastique. Les éléments antiques, que conservait encore l'Octateuque, sont soigneusement éliminés. C'est que l'Évangile, livre très populaire, devait se transformer incessamment, plus que tout autre, sous l'action du temps ; il est donc naturel qu'il reproduise les idées maîtresses de l'époque.
Quelques manuscrits des Évangiles renferment pourtant une illustration plus sobre : un bel exemplaire de ce groupe est le manuscrit d'Iviron n° 5, d'une exécution très fine, et d'un caractère monumental assez accusé'. Mais en somme, si, parmi ces évangiles illustrés, a quelques-uns appartiennent aux meilleures productions de l'art », pourtant ils ne rappellent plus guère les beaux évangiles du vi*' siècle, celui de Rabula ou celui de Rossano. Sortis des couvents pour la plupart, ils portent dans toutes les conceptions artistiques l'empreinte des idées monacales, et leur exécution minutieuse et patiente, qui souvent essaie de reproduire la technique brillante de l'émail, en couvrant les vêtements de teintes plates
1. OiDont, i^'r«n^i7es avec peintures byzantines du XI* siècle^ Paris, 1908.