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l'ornbmentation romane . . 611
assurément quelque chose d'obscur daas le fait que ces coupoles romanes se trouvent si éloignées des ports qui étaient en relations constantes avec TOrient : mais les emprunts semblent si caractéristiques, qu'il faut accepter le fait sans l'expliquer.
L'école germanique. — Une autre école d'architecture romane, Técole germanique, doit également beaucoup aux modèles byzantins. Sur les bords du Rhin, dans la région dont Cologne est le centre, on rencontre fréquemment des églises à deux absides opposées, cantonnées de tours rondes ou carrées, disposition d'origine byzantine, qiie l'on observe dès le ix'' siècle dans le plan de Saint-Gall. Le plan tréflé, dont Germigny-les-Prés avait offert au IX® siècle un premier exemple, se développe avec une ampleur nouvelle, et la coupole se rencontre, tantôt sur trompes d'angle (Saint- Martin-le-Grand, Saints- Apôtres à Cologne), tantôt sur pendentifs (Sainte-Marie du Capitole à Cologne, xi® siècle). La construction à plan central enfin, illustrée par la rotonde d'Aix-la-Chapelle au IX® siècle, trouve une semblable fortune. Beaucoup d'autres traits caractéristiques attestent de même le contact incessant de cette école avec la civilisation byzantine: et certains de ses édifices, Sainte-Marie du Capitole à Cologne par exemple, avec son plan tréflé, son déambulatoire, les peintures qui la décorent et le demijour qui y est répandu, ont un aspect tout oriental.
L^ ornementation romane. — Mais c'est surtout dans Tornementation romane que se révèle l'influence byzantine. On y retrouve sans cesse, en particulier dans les écoles du Languedoc et de Provence, les motifs décoratifs chers à l'Orient, palmettes, feuilles d'acanthe stylisées s'enroulanten rinceaux concentriques, entrelacs, animaux affrontés inscrits dans des médaillons. Tous ces motifs sont visiblement empruntés aux étoffes orientales, aux ivoires, plaquettes et coffrets, aux miniatures même, à tous ces objets aisément transportables, que les voyages et le commerce apportaient en Occident et qui y faisaient connaître l'art byzantine La sculpture romane a largement puisé dans ce trésor, agrandissant les proportions, changeant la matière, mais s'en inspirant jusque dans la conception de la figure humaine. Certaines sculptures du déambulatoire de Saint-Sernin de Toulouse [Christ et chérubins) sont des copies d'ivoires ou de reliefs byzantins; certains bas-reliefs du
1. Humann, Die Beziehangen der Handschriflornamentik zur roniAnischen Baukunst, Strasbourg,' 1907.
cloître de Moissac (tlOO) ont une origine toute pareille, et les apôlres qu'ils représentent ont des physionomies et des attitudes toutes byzantines. Au tympan du portail de Saint- Etienne de Cahors, le Christ, « dans sa noblesse et sa douceur pensive, procède sans doute d un de ces beaux ivoires byzantins du x** siècle, où quelque chose de la beauté antique passa ^ ». Sur Tun de^ piliers du cloître de Saint-Trophime d* Arles, une Madone orante dans un médaillon arrive directement de Byzance. On pourrait citer bien d'autres monuments, et ce curieux chapiteau de Nevers, où est figurée une église à coupole côtelée et renflée, que Ton rencontre souvent sur les ivoires, et ces tympans d*Angoulême, d'un style incisif et nerveux, où des dragons passent à travers des feuillages d'origine orientale, etc. : ils attestent de la façon la plus précise l'influence « la plus certaine peut-être et dans tous les cas la plus courante et la plus facile à saisir' » de l'art oriental sur l'art roman.
L^ Allemagne, — En Allemagne enfin, du x** au xni® siècle, on constate pareillement l'influence de l'art chrétien d'Orient^. Lé mariage d'une princesse grecque, Théophano, avec le fils de l'empereur Olton le Grand (972) — sans qu'on doive au reste en exagérer Timportance — ne fut point pourtant un événement sans signification. Sans parler des précieux objets d'art que la Byzantine apporta avec elle au moment de son mariage, et qui servirent peut-être de modèles aux artistes de l'époque, il faut remar<|uer la place importante que les Grecs eurent dans l'Allemagne de la fin du X® siècle. Les documents attestent la présence assez fréquente de moines orientaux dans les monastères et témoignent de la faveur que Timpératrice accordait à ses compatriotes. A la cour, plusieurs de ses conseillers les plus écoutés sont des Grecs; dans les constructions du temps, plus d'une fois on s'adresse à des architectes grecs. Il est vraisemblable que Théophano faisait venir volontiers des artistes de Byzance : en tout cas, les monuments de celte péi-iode montrent plus d'une fois leur évidente collaboration.