ROUMANIE
Roumanie. — On en peut, au même titre, rapprocher les plus anciens monuments de Tarchitecture valaque et moldave ^ I /église de Saint-Nicolas Domnesc à Gourtéa d'Ardjech, qui date de la fin du xm® siècle, est, par son plan en forme de croix et son parement, un édifice de style purement byzantin. Le plan tréfilé et les hauts tambours des églises de l'Athos se rencontrent dans de nonnbreux monuments, dans la vieille église de Bucovets, près de Craiova (xvi® siècle), comme dans une des églises de Targovichte l'xvi*^ siècle), et en Moldavie même, par exemple à Jassy, dans l'église de Saint-Nicolas Domnesc (1500). Il n'est point rare non plus que, comme dans les églises byzantines, les murs extérieurs soient décorés de rangées superposées d'arcades aveugles (Bucovets, Saint-Nicolas Domnesc à Jassy, église de Saint-Georges à Harlau, 1492, église de Borzesti, 1493, etc.). Toutefois, en Moldavie, il se créa un type original d'église à nef unique, couronnée par une coupole très étroite et très haute, et qui ressemble plus aux églises serbes du xiii® ou du XV® siècle qu'aux modèles byzantins. C'est sur ce type que furent bâties les nombreuses églises élevées par Ktienne le Grand dans la seconde moitié du \y^ siècle à Poutna (1470), à Soutchava, à Harlau (1492), etc. C'est sur le même modèle, mais avec un luxe dans la décoration extérieure des murailles inconnu en Moldavie, que le prince Néagoié construisit en 1517 la célèbre église de Courtéa d'Ardjech, le monument le plus fameux de l'architecture en Valachie. Une chose y frappe : c'est la variété et Tabondance des motifs musulmans employés dans la décoration et qu'on rencontre aussi dans quelques églises serbes du xv*' siècle.
Mais, sous ces diversités régionales, qui sont incontestables, certains traits communs se rencontrent dans tous les monuments de cette période, certaines tendances communes s'y manifestent, qui attestent une origine commune. Ce sont ces traits caractéristiques de cette architecture qu'il faut essayer de dégager, pour démêler par où elle se borne à reproduire les formes anciennes, par où elle fait un efîort de création et d'originalité.
LES FORMES DE IJl CONSTRUCTION
Les plans. L'église à croix grecque. — Depuis le x® siècle, on le
t. Tocilesco, Curtea de Arges (roumain), Bucarest, 1886; Honistorfer, Die moldauisch-byzantinische Baukunsi, Vienne, 1896; Istrali, Recherches sur
710 L'AacatTBCTURE du xiii* au xvi" sièclb
aail, la plupart des églises bysantînes étaient bâties sur un plan devenu en quelque manière classique, le plan en forme de croi^ grecque. Ce type de construction demeure le modèle préféré auquel se conforment la plupart des édifices de ce temps. On le rencontre en Laconie, à Geraki (égliaes de Sainl-Sozon etdeSaint-Ëlie), et à Mistra, où l'église des Saints-Théodores du Brontochion, avec sa coupole
Fig. 353. — Église de Gratchanilsa.
sur trompes d'angle, portée par un tambour à seiie pans, et lélé- . gante décoration de ses absides, oflre une charmante réplique de Saint-Luc, de Daphni ou de Saint-Nicodème d'Athènes. On le trouve en Macédoine, à Saint-Clément d'Ochrida,et dans les grandes égliseT' bâties au xiv" siècle par les tsars serbes â Gratchanitsa, à Nagori- Icha, à Maléilsa, au monastère de Marko à Uskub. Il apparaît jusqu'en Serbie (chapelle royale de Stoudénitsa, ruines de Pavlitsai et en Valachie (Saint-Nicolas Domnesc à Courtéa d'ArdJech), Unlot
les églises fondées par Élienne le Grand (roumain), Bucarest, 1904: Baltrlin lie la CommisaÎHti dei mnnamenli hiitoriquei (roumain). 1908 suiv. ; Jfanaments de Iloumanie, et Monaitire de Provota (publiés par la SocitSU Artt Hamaneasvai, Bucarest, 1909.
l'éousb a croix OHBcquB 711
plus simple que le type complexe élaboré à Constanlinople à l'époque des Comnènes (en Lacotiie par exemple, le sanctuaire est placé sous le berceau de l'est], tantôt, au contraire, comme daus les cglises serbes de Macédoine, plus compliqué et moins clair. A Gratchanitsa par exemple (lîg. 353), a à l'extérieur, tous les membres de l'édifice semblent dédoublés, les étages se superposent comme pour
Fi^. 35J. — Satoniquc. Lfliscdcs Sainis-Api'itrcs [Phnl. Le Tounieaui.
porter la coupole jusqu'aux nues ; à l'intérieur, l'église se partage en compartiments étroits, où les peintures se perdent à des hauteurs que l'œil ne peutatteindre ' ».
Mais c'est à Constantinople surtout et à Salonique que le plan en crois grecque se trouve réalisé dans des édiiices d'une élégance et d'une perfection remarquables. Sans doute, dans l'église principale de FeLijé-djami, il y a quelque complication dans le plan et une certaine lourdeur dans l'aspect intérieur. Le grand arc de l'esl, qui précède l'abside, est seul ouvert dans toute sa hauteur ; les troi.s autres sont fermés dans le haut par des murs percés de trois fenêtres, si bien que les voûtes basses qui entourent la nef ne s'ouvrent sur le carré de la coupole que par des arcs peu élevés; des piliers trapus ft massifs encombrent en outre l'édifice. D'autre part, sur les trois d'ités du carré où est inscrite la croix, des promenoirs voûtés étaient disposés, au-dessus desquels, sur chacun des angles, s'élevaient pri-