‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 346 sur 370 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA PEINTURE BYZANTINE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA PEINTURE BYZANTINE

technique, des différences locales ou régionales, les ressemblances pourtant sont plus frappantes encore : des conceptions identiques, des tendances semblables, des ambitions pareilles ont donné à cette grande école d'art un même esprit et une réelle unité.

Un trait nouveau saule d'abord aux yeux. La peinture proprement dite s'est emparée des églises, elle s'y est substituée à toute autre espèce de décoration. Plus de revêtements de marbre, plus de mosaïques, presque plus d'ornement; la fresque, du haut en bas de l'édifice, couvre toutes les vastes surfaces que Tarchitecte lui a ménagées. Dans ces vastes cycles de peintures, une même ordonnance, semblable à celle qui a été décrite pour TAthos, règle partout la répartition des images. Elles se distribuent en zones parallèles, généralement au nombre de cinq, que s?pare une simple bordure brun rouge. Mais dans ces grands ensembles les figures isolées cèdent la place aux compositions. Jadis, au xi® siècle, à Saint- Luc, à Daphni, les figures se rencontraient dans toutes les parties de Téglise, et suffisaient presque à la décorer : maintenant elles n'occupent plus que la bande inférieure des parois. Mais, si les compositions sont plus nombreuses qu'autrefois, elles sont en général plus petites ; elles sont en tout cas infiniment plus variées.

Une iconographie très riche et très complexe prend naissance en effet au xiv^ siècle. Certains thèmes anciens, tels que la légende de la Vierge ou l'enfance du Christ, se développent et s'amplifient magnifiquement; jamais les sujets empruntés aux évangiles apocryphes n'ont été représentés avec autant de prédilection. Des thèmes nouveaux se créent, soit par un retour de faveur des motifs hellénistiques, soit, plus fréquemment encore, sous l'inspiration des théologiens du temps. Tel motif, comme l'Enseignement des trois docteurs, reproduit une vision apparue à un contemporain d'Alexis Comiiène, et popularisée au xiv" siècle. Telle représentation de la Déisis, où la Vierge-reine prend place en costume impérial à la droite du Christ qu'elle implore, est inspirée par un passage de Grégoire Palamas '. D'autre part on a pris Thabilude de mettre en images des hymnes ou des prières. « Les vingt-quatre otxoi de l'Hymne acathiste^ composé en Thonneur de la Vierge, ont suscité des compositions abstraites et solennelles. Mais, en revanche, le psaume « Louez le Seigneur » a fait mouvoir le chœur léger des danses. Ailleurs, c'est la prière des morts ou bien un tropaire de

t. MilleL, Byzanceet non VOrienl (RA., 1908,1).

l'oflice de Noël que les peintres suivent mot à mot *. » De façon générale, les artistes s'appliquent, on Vd vu, à interpréter de façon littérale tous les détails, tous les mots des textes liturgiques ou sacrés. Un mouvement de travail incessant enrichit d^ailleurs et varie cette iconographie. Des thèmes, qu'on ne trouve point encore à Mistra, se rencontrent en Serbie et à TAthos ; certaines compositions, communes à la Serbie et à Mistra, y sont traitées d*une façon différente, qui prouve Toriginalité des artistes. Un symbolisme plus subtil et plus rafRné, une recherche de la nouveauté et de Témotion introduisent ainsi dans la peinture une foule de motifs inconnus à l'ancien art byzantin. L'un des plus beaux est assurément cette composition de la Divine liturgie, dont on a signalé déjà les variante.^ diverses. Beaucoup d'autres apparaissent, également nouveaux, dans les pages du Guide delà peinture. Et à lui seul, ce grand mouvement iconographique suffirait à prouver l'existence el l'importance de la Renaissance du xiv® siècle.

La façon dont ces compositions sont traitées n'est pas moins remarquable. Depuis le xn® siècle, sous l'inQuence de l'humanisme, une esthétique nouvelle commençait à régler le goût artistique des Byzantins. A l'imitation de Philostrate, les auteurs des compositions appelées éxcppâ(retc ^, les romanciers, les poètes, se plaisaient à décrire les œuvres d'art qu'ils voyaient autour d'eux. A l'époque des Paléologues, un Manuel Philès, un Jean Eugenikos, d'autres encore faisaient de même. Or, ce qu'ils louaient surtout dans les ouvrages qu'ils décrivaient, c'était l'expression de la vie, la beauté de la forine, l'habileté du travail ; ce qu'ils mettaient en lumière, c'étaient les détails d'un paysage, la grâce d'une attitude, l'émotion d'un visage. Ainsi, leurs lecteurs s'habituaient à apprécier dans l'œuvre artistique de nouvelles qualités. D'autre part, depuis le xi^et le xn* siècle, on Ta vu, des tendances nouvelles se manifestaient dans l'art s : les accessoires et les architectures prenaient plus de place dans le fond des composi tions ; les personnages, plus vivants, étaient copiés davantage d'après nature ; un goût du pittoresque, de l'expression, de la réalité, commençait à se manifester ; un coloris plus savant et plus riche animait les peintures ; un grand souffle d'invention créatrice

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