LES PORTRAITS
iques montre bien quels étaient les goûts des humanistes du temps. Mais ce qui est plus remarquable, c'est la façon vivante et originale dont certains passages du texte ont été illustrés. La scène qui représente un personnage partant pour la chasse, précédé de ses serviteurs et de ses chiens, est une composition pleine de vérité et de charme (fig. 402). On y reconnaît le souci de copier le modèle d'après nature, et sans peine on distingue parmi les personnages le Grec aux traits droits et nobles,^ les SJaves aux yeux bridés, aux lèvres épaisses, à la barbe rousse épanouie. La même influence du milieu contemporain apparaît ailleurs encore ; on voit dans une des miniatures des Turcs traînant leurs victimes, dans une autre Médée en costume oriental.
Le même style et les mêmes tendances se rencontrent dans les manuscrits du roman de Barlaam et Joasaph, très populaire à cette époque (Iviron 453, commencement xni* siècle; Paris, Gr. 1128, XIV® siècle). On y observe un souci remarquable de la couleur locale dans les costumes, l'équipement, le paysage, une extrême variété des scènes animées et pittoresques. L'une d'elles en particulier est pleine d'esprit, de vivacité et de grâce. A l'occasion d'un passage où Barlaam enseigne à son disciple la haine du monde, le peintre a représenté ces mondains que condamne le saint. A une table richement servie trois jeunes gens, magnifiquement vêtus, sont assis autour d'une jolie jeune femme, habillée d'une robe rouge et or, et dont un bonnet d'or couvre les cheveux noirs flottants. C'est une scène toute familière, œuvre élégante d'un artiste de talent.
Les portraits. — Ainsi la vie réelle se mêle sans cesse aux souvenirs hellénistiques. Et ceci explique la grande place que tiennent, dans les miniatures de ce temps comme dans les fresques, les portraits. Dans l'Hippocrate de la Bibliothèque nationale (Gr. 2144), qui date de 1350, figure, en face du portrait de l'auteur, une image singulièrement vivante et sincère du grand-duc Alexis Apocaucos, en costume de cérémonie. Dans un manuscrit d'Oxford (bibliothèque du Collège de Lincoln, xiv^ siècle), une série de portraits de membres de la famille des Comnènes remplissent les douze premiers feuillets du typicon du monastère de Notre-Dame de Bonne-Espérance *. Le Zonaras de la bibliothèque de Modène est illustré de toute une suite d'efligies impériales '^ ; le Codinus de la Bibliothèque natio-
t. Omont, Portraits des Comnènes fHev. des Études grecques, 190-i).
2. Lambros, 'H eîxovoYpay i« Tfîiv Bjî^avtîvojv aÙTOxpaTÔp'uv êv toj ysipOYpaçtii ToS Zwvapa êv MoSévTj (Comptes rendus di: Congrès international d'Athènes, 1905).
/b8 LSa MONItMKItTS DB LA PEINTURE. ICOKES BT UINIATUBES
nale (Gr. 1783) contient des esquisses à la plume, d'exécution assei ^ossière, mais de style très expressif, repréEentant trois Paléologues el le patriarche de Conslantinople Joseph '. Enfin, dans le Commentaire d'AHstote de Georges Pachymère (Bibl. impériale de Vienne, xiv» siècle), on trouve, avec le portrait de l'auteur, lea effigies des empereurs Michel et Andronic Paléologue.
Assurément, dans certaines de ces figures, les qualités de )a technique ne répondent guère aux intentions du peintre. Dans les portraits de Manuel Paléologue et de sa famille, tels qu'ils apparaissent dans un niacmscrit de saint Denys l'Aréopagite, exécuté vers MtW et aujourd'hui conservé au Louvre, et dans un manuscrit de la lîiblioflièque nationule (Gr. Suppl. 309), il n'y a plus guère ni mouvement ni vie. Seules les têtes, soigneusement dessinées, cooservenl quelque expression.
I. Lnmbii)s. Ei'-iiïEÇ 'loiâvvou H ' toÙ FlaXaiolôyou xai icaTpiip/ou "Imjt.ï [Néoî 'El/.invouvr;rj.(uv, t. IV). Cf. Lambros, AI stxôvti Kowgtairciïtt-J Tti llaXaioWïOu {ihid., t. Kl).
Skylitzés '. — C'est de la même inspiralion que procède une des œuvres les plus inLéressantes qui nous restent de la miniature .byzantine, le Skylitzès de la Bibliothèque nationale de Madrid. Dans ce manuscrit du ïiï* siècle, où l'on retrouve, ainsi qu'on l'a observé, comme un reflet des peintures d'histoire qui couvraient les murs des palais byzantins, près de 600 compositions illustrent le texte de cette chronique, qui va de l'année 811 au milieu du SI* siècle. Plusieurs artistes, de talent inég'at, ont travaillé à ce grand ouvrage, et on y distingue sans peine plusieurs mains. Au début, dans la portion du récit qui va jusqu'au règne de Basile I, on trouve des compositions sobres, remarquables par la vérité des figures et des
attitudes [fig.403). Puis, jusqu'à l'assassinat de Nicépliore Phocas, viennent de grandes miniatures, d'un dessin plus grossier, d'une couleur plus trouble Une troisième main, qui a illustré les règnes de Jean Tïimiscès et de Basile II, montre au contraire des qualités lout à fait supérieures, une exécution large, de la hardiesse et de la vivacité dans les poses, nn réalisme singulier dans la représentation des types populaires. Sur les fonds généralement polychromes, d'un goût arabe, «'enlevant de nombreux édifices, fantaisistes ou réels, qui encadrent les personnages itig. 40-1).
La Bibliothèque Vaticane conserve une autre œuvre de la miniature historique et profane. C'est un épithalame en l'hon-
1. Kondakof, Trésors runes, Pi;tcr»boi]rp, 1S96 ; de Beylii^, L'ilahilation bytanliae. Piiris, 1901. 1^ série complète des miniatures fc trouve dans 1rs photographies de la Colleclion ilcs Hautes-Études (B. 369-375 et C. 86S-I2T7'.
i MONUIIEtfTS DB LA PEINTUBB. ICONES ET
neur d'Andronic I! Paléolog ue, composé vers la fin du xiii* siècle '. Il est illustré de curieuses miniatures, représentant des cérémonies de la cour byzantine. L'exécution est médiocre : mais on y retrouve
ce même <,'oût du portrait et de la vie réelle qui est caractéristique des œuvres de ce temps.
On peut enfin rapprocher de ce ^enre d'illustration les intéres-
1. Stnygowaki, Dai Epithtlamion de$ P*lSologen Androniko* IHBZ..X.
s dti maauscrit
LES MOnUXBNTS DB LA PCINTUkB. ICONBS I
santés représentations de campagnes militaires qui décorent la Vie d'Alexandre, dans un manuscrit de Venise (Bibl. de S. Giorgio dei Greci, mV siècle), et surtout le fameux manuscrit slavon du Vati-
can, renfermant la traduction bulgare de la chronique de Manassi's. Cet ouvrage, qui date du milieu du xiv' siècle, est illustré de curieuses miniatures, remarquables par la vivacité des mouvements, la variété des costumes, le pathétique. Les artistes ne semblent point avoir reproduit un t^pe byzantin ; mais ils ont créé des compositions con-
formes aux habitudes et aux tendances artistiques de l'époque où ils vivaient.
Les nutnutcrils religieux. — Les manuscrits religieux du temps des Paléologues sont moins nombreux que les manuscrits profanes: il ne nous est parvenudu xiv° siècle presque aucun manuscrit litui^ gique illustré avec luxe et talent. En tout cas, les rares œuvres de
valeur de la miniature religieuse nedilTèrentaucunementpar le style des ouvrages précédemment décrits. Dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale (Gr. 1242} qui fut, vers 1375, peint pourl'empei^ur Jean Cantacuzène, on trouve une représentation très vivante et très pittoresque du concile de 1351 (fig. 405) ; ailleurs, ce sont des portraits, aux tètes criantes de vie. Les épisodes sacrés y sont traités comme des scènes de genre, par exemple ce repas des" anges, d'un tour si familier et d'une grâce si jolie, qu'on voit au-dessus de deux effigies de l'empereur (fig. 406). Seule, la composition qui "■eprésente la Transfiguration est d'une tenue plus noble (fig. 407) :
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mais par la beauté des figures, la hardiesse des mouvemeats, l'admirable entente des couleurs, elle aussi porte la marque de l'époque. Elle est presque identique à ta belle peinture qui représente le même thème à la Peribleptos de Mistra.
Dans d'autres manuscrits, ces tendances à un art Tamilier et libre sont encore plus sensibles. Dans un manuscrit de Commentaires sur
Job (Bibl. Nat., Gr. 135), daté de 1368 et œuvre d'un certain Munuel Tïvkandilos, on trouve, malgré une exécution assez grossière et un dessin souvent médiocre, un style singtdièrement exprcssir et vivant. Dans la pittoresque familiarité des scènes de festin (fif,', 408), dans la représentation du paysage, dans les compositions qui montrent, soit les serviteurs de Job, soit des femmes brodant et tissant (lig. 409), on sent une recherche du naturel, un goût de l'observation, un amour du détail réaliste et même vulgaire, qui sont lo'ut à Fait caractéristiques.
Le psautier serbe de Munich*. — Les Bulgares et les Serbes ont,
1. Strzvcnivsliï, Die Miniiluren dti ttrbUchtn fitlten tn Uintht*