Kondakof, Macédoine
éventails s'inclinent vers le Christ raort;aux angles du tissu figure ni les symboles des quatre évangélistes. La série se continue par k> broderies serbes ou moldaves de Bucarest (1396), où Tétoffe est un
Fig. 416. — EpiUphios de Salonique (Phot. Le Toumeau).
satin de pourpre violette, du couvent de Poutna enBukovine (1405 et 1427), de Chilandari [xiv* ou xv' siècle), que décore une inscription serbe, et de Soutchavitza en Moldavie (U90), par les lis-us russes de Souzdal (entre I4l0 et 1425, aujourd'hui au musée historique de Moscou), où de nombreuses petites scènes à fond blanc encadrent la composition centrale sur fond ponceau, de Novgorod (milieu XV* siècle), où l'étoffe est un satin bleu, par d'autres encore
ÉPITAPHIOS DE SALONIQUE 805
qu'on rencontre à Jaroslav (1539), à Dionysiou de TAthos (1545), etc. *. Mais, entre tous ces voiles, il en est un particulièrement remarquable : c'est Tépitaphios de Salonique, véritable chefd'œuvre de la broderie byzantine au xiv* siècle.
Celui-là est un tissu de luxe. Au satin rouge, bleu ou violet, employé d'ordinaire, on a préféré, pour le fond, une broderie d'or assez lâche. Les personnages principaux sont vêtus d'or, rehaussé par quelques taches d'argent ; les autres sont habillés de vert, qu'animent des reflets changeants, jaunes, bleus et violets. Trois sujets décorent l'épitaphios. Au centre, c'est l'image du Christ mort, audessus duquel s'inclinent deux anges tenant des éventails, et vers qui descendent deux anges pleurant, comme dans la Crucifixion ou la Descente de croix ; les symboles des évangélistes occupent les quatre angles. Des deux côtés de ce motif central prennent place les deux épisodes de la Communion des Apôtres (fig. 416).
C'est au milieu du xiv® siècle qu'il faut rapporter cette belle pièce, d'un art absolument supérieur. On y remarquera non seulement l'ordonnance qui, dans les scènes de la Communion, a substitué à la file traditionnelle des apôtres des groupes harmonieux et vivants, mais davantage encore la vérité des attitudes, la souplesse des mouvements, l'expression des visages. On y observe des contrastes surprenants. D'une part, la tête du Christ est d'un dessin vigoureux, d'un type individuel un peu rude, les apôtres ont des traits robustes et populaires, qui ne gardent plus rien de la distinction idéale des figures de Daphni. On sent ici un art tout sincère, s'efTorçant d'exprimer la vie. Et à côté de ces personnages, il y a dans les anges, dans celui surtout qui est le symbole de saint Matthieu, une élégance, un charme infinis. Et ce curieux mélange de réalisme et de grâce se traduit par la plus savante harmonie des couleurs. « Les draperies vertes aux reflets changeants des apôtres prolongent la note chatoyante des quatre symboles à travers l'ornement rouge, en forme de lignes brisées, d'une mince bande d'or, tandis qu'aux extrémités les ors et les argents du Christ et des anges brillent comme un rappel du motif central ^, »
L'épitaphios de Salonique est, dit Kondakof, « une œuvre d'une beauté et d'une régularité de dessin sans précédent parmi les tissus ; rien d'outré, aucune sécheresse dans les mouvements, tout est exé-