‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 55 sur 370 · FRESQUES ET MINIATURES · texte numérisé non relu

FRESQUES ET MINIATURES

Voûte une série de sarcophages découverts en Asie Mineure, et qui présenlent tous ce caractère commun, d'être décorés de figures aUernativemeni placées sous une arcade richement sculptée ou dans UQ entrecolon ne m en t ^ Le plus ancien exemplaire se trouve au palais Riccardi à Florence ; d*autres, fort remarquables, provenan t de Sidamara (fig. 42), de Selefkeh, de Konia, sont conservés au musée de Conslantinople ; d^autres collections encore possèdent d*autres représentants du même type ; de fort beaux fragments se rencontrent en particulier dans la collection Cook à Richmond. Tous ces monuments datent de Tépoque païenne, et s échelonnent entre le milieu du n** siècle et le commencement duiv^; mais tous présentent, dans la façon dontils sont exécutés, certains détails caractéristiques, que Ton retrouve dans le marbre de Berlin. Tandis que les figures sont antiques, les architectures qui les encadrent se rattachent par leur technique à TOrient. Les sculptures des chapiteaux à double volutes, de Tarchitrave bombée, des frontons, sont incisées dans la pierre plutôt que modelées; c'est le même relief méplat, le même travail à la virole, que nous avons observés déjà dans le monument de Mschatta ; et la tendance artistique aussi est la même : c'est par l'opposition des blancs et des noirs, non par le relief des formes, que TefTet à obtenir est cherché ; et la pierre, minutieusement refouillée, semble comme revêtue d'une dentelle se détachant sur un fond sombre.

On voit le caractère de cette école asiatique, remarquable par la richesse de son style décoratif et bien supérieure à Técole qui a produit les sarcophages romains du même temps. Elle est profondément imprégnée d'influences orientales, qu'elle combine heureusement aux traditions de l'art hellénistique. Son influence fut considérable sur le développement de la sculpture proprement byzantine : comme Strzygowski Ta justement remarqué, la face antérieure de la chaire de Maximien, et pareillement le fragment de diptyque du British Muséum rappellent, par les arcades richement sculptées sous lesquelles les personnages sont placés, la disposition des sarcophages asiatiques.

Fresques el miniatures, — Quelques documents nous permettent

1. Th. Reinach, Le sarcop?ULge de Sidanutra (Mon. Piot. IX) ; Munoz, Sarco- /agi «ia^ict • (NBAC, XI, 1905 et l'Arie, 1906, p. 130); Michon, Sarcophage da typ^ d'Asie Mineure (Mélanges de Rome, XXVI, 1906) ; Strzyirow^ki. A sarcophage ofihe Sidamara type (Journ. of hell. Sludies, 1907).

100 LES ORIGINES ANATOLIBNNBS — FORMATION DE l'aRT BYZANTIN

aussi d'entrevoir quel fut en Asie Mineure le développement de la peinture * .

Dès le iv*' siècle, les peintres commencèrent à représenter les hauts faits des martyrs chrétiens. On a déjà cité précédemment les descriptions fort circonstanciées que nous ont laissées de ces ouvrages saint Basile, Grég^oire de Nysse ou Astérios d^Amasie, et noté le caractère de réalisme qu'ofTraient, d'après ces témoignages, à Ëuchaïta, les épisodes du martyre de saint Théodore, à Ghalcédoine, les scènes du martyre de sainte Euphémie^. En face du pittoresque décor des allégories, des sujets de genre chers à la peinture alexandrine, TAsie Mineure ouvrait à Tart une voie nouvelle, conforme d'ailleurs à la doctrine de ses grands docteurs cappadociens, qui dans les représentations figurées cherchaient, non un vain amusement, mais un utile enseignement. Par ces scènes de martyre, si vivement rendues, elle préparait révolution vers le style historique et la peinture d'histoire, et elle constituait des modèles qui devaient exercer une action considérable sur l'iconographie.

De ces fresques il ne reste que le souvenir. Pourtant on peut admettre que, de bonne heure, autour de la tombe des martyrs célèbres, des peintures ou des icônes illustrèrent, partout comme à Ëuchaïta, la gloire du saint local, et que les voyageurs et les pèlerins qui fréquentaient ces sanctuaires rendirent populaires dans Tart beaucoup de ces représentations. On s'est, par une hypothèse ingénieuse, demandé si les miniatures du Ménologe basilien, au caractère si nettement historique et monumental, ne reproduiraient point certains tableaux de cette primitive période^. Il se peut, et l'art byzantin doit peut-être à l'Asie Mineure autant qu'à la Palestine une part de son iconographie. Mais il lui doit en tout cas une orientation nouvelle et la prédominance croissante qu'y prit bien vite le style historique sur la décoration pittoresque empruntée à la tradition alexandrine. Et ici encore c'est de TOrient que vient ce courant nouveau, et c'est par l 'arrière-pays anatolien, plus réfractaire à la culture hellénistique, qu'il s'est propagé à travers le monde chrétien.

Quelques manuscrits précieux, de provenance vraisemblablement anatolienne, confirment ces remarques et attestent l'activité et les

1. Strzygowski, Ursprung nnd Sieg d. althyz. Kunst\ Eine alexandrinische Weltchronik, 182 s»uiv.

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