‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 61 sur 370 · CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

CONSTANTINOPLE

tout ce système décoratif. El à Saint-Démétrius enfin, dont nous étudierons plus tard les magnifiques mosaïques, les motifs ornementaux fort élégants, qui subsistent à la courbe des arcades, se rattachent aux mêmes origines hellénistiques.

Constantinople. — Mais c'est surtout, et tout naturellement à Constantinople que se rencontrèrent ces apports divers de TOrient. Ona dit précédemment* comment, par sa position géographique, par son rôle de capitale, parTampIeur de ses relations commerciales, la ville de Constantin attirait a elle un perpétuel aiHux d'Orientaux, comment aussi la présence de la cour y développait nécessairement la splendeur des constructions. Constantin avait voulu parer safondationde tous les luxes, et ses successeurs le suivirent dans cette voie. Grandes places entourées de portiques, tels que le Forum de Constantin, le Forum de Tauros ou TAugustéon, colonnes et arcs de triomphe, aqueducs et citernes, splendeurs du palais impérial, assez semblable sans doute en son ordonnance au palais de Dioclétien à Spalato, élégance des habitations particulières, rien ne manqua à la ville nouvelle, dans la décoration de laquelle Rome et rOrient mêlèrent leurs traditions. L'architecture religieuse marcha de pair avec Tarchitecture civile : Constantin éleva les grandes basiliques de Sainte-Sophie et de Sainte-Irène, Téglise en forme de croix des Saints- Apôtres, et bien d*autres. Ses successeurs continuèrent. Et comme la nouvelle ville eut la bonne fortune d'avoir à sa porte les matériaux admirables que lui fournissaient les carrières de marbre de Proconnèse, le luxe des constructions prit de ce fait un développement plus brillant encore.

Dans cette ville neuve, enrichie, d'une part, des dépouilles artistiques de l'antiquité, ouverte, d'autre part, à toutes les influences orientales, dans cette cité riche et magnifique, où la profusion des constructions et le luxe de la cour attiraient toutes les forces vives du monde chrétien, un grand mouvement artistique devait nécessairement se produire et Constantinople devait bien vite prendre la direction de l'art. Dès le commencement du v® siècle, on voit rimpératrice Eudoxie envoyer de Byzance des plans pour la reconstruction d'une église de Gaza. Dès ce moment, c'est de Constantinople que se propagent à travei*s le monde certains types architecturaux créés par Constantin et bientôt devenus canoniques. Ainsi, dès le v^ siècle, « les hautes destinées, ménagées par Constantin à sa

i. Voir chap. 1. p. 19.

nouvelle Rome * » s'accomplissent, et la capitale offre le terrain commun où les artistes de tous pays se rencontrent, où les procédés divers vont se fondre heureusement en un stvle nouveau.

Ce qu'elle reçut de FOrient et ce qu'elle en adopta, ce qu^elle rejeta au contraire comme trop spécifiquement oriental ; comment elle combina, groupa, coordonna les formes, les traditions et les formules diverses, les apports de TKgypte et de la Syrie, de l'Asie Mineure et de la Perse, et comment, consacrant par des monuments considérables ces formes nouvelles propres à Tart byzantin, elle fut vraiment créatrice : c'est ce qu'il faut dire pour marquer à la fois la diffusion des éléments orientaux et le rôle essentiel de Constantinople. On s'efforce aujourd'hui, après Rome, de découronner Byzance^ et Ton refuse à la capitale byzantine, au mépris de l'histoire^ toute place, ou à peu près, dans la formation de Tari byzantin ; on cherche la genèse de cet art en Syrie, soit à Antioche dont nous ignorons tout, soit dans des monastères obscurs dont nous ne savons guère davantage. C'est pourquoi il importe de serrer le problème et de définir avec précision ce qui appartient avec certitude à Constantinople, et quels sont, au moment où il achève de se constituer, les traits caractéristiques de l'art byzantin ^.

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