ET ORIGINES DE L'ART NOUVEAU
l. Conséquences du triomphe de TE^liftc au iv* siècle. Les formes de Tarchilecture. Les procédés de la décoration. Formation du style historique et monumental. — II. Caractères de Tart nouveau. L'art chrétien art officiel. L*art chrétien art oriental. L art religieux et l'art profane. — III. Éléments constitutifs de l'art byzantin. Orient ou Rome ? Les théories de Strzygowski. Rôle de Constantinoplc.
Le christianisme naissant avait eu peu de goût pour Tart, dans lequel il voyait avec raison un des meilleurs soutiens du paganisme, et qui lui .semblait, par ses créations, une école d'idolâtrie et d*immoralité. La vieille répugnance que les Juifs avaient pour les images se perpétua donc d'abord chez les docteurs chrétiens. Lrorsque, finalement, ils durent s'en accommoder, Tart qu'ils acceptèrent prit de ce fait un aspect tout particulier. Dans les peintures chrétiennes des Catacombes, les représentations historiques eurent peu ou point de place : on n'y rencontre que rarement des scènes empruntées à l'histoire sacrée, jamais des épisodes de martyre ou des portraits. L'art des Catacombes fut un art tout symbolique, qui, au moyen des décorations mythologiques et des thèmes champêtres empruntés à l'art antique, s'eiïorça de traduire les idées chères aux iidèles. Il s'est complu surtout aux représentations familières,
Manuel d'Art byzaniin. 1
2 ÉVOLUTION DE l'aRT CHRETIEN — ORIGINES DE l'aRT NOUVEAU
traitées au point de vue technique dans le style des fresques campaniennes, et, comme elles, profondément imprégnées d'influences et d'esprit alexandrins. Il a fait grand usage des signes mystiques, Tancre, le poisson, la colombe, inventés, eux aussi, dans lescomiiiunautés de TOrient grec, à Antioche ou à Alexandrie. Il a donné enfîn à toutes ses créations un caractère doux, tendre et poétique ; il a conçu le Christ sous Taspect du Bon Pasteur paissant ou ramenant ses brebis, Tâme immortelle sous Taspect de TOrante priant parmi les fleurs du paradis ; il a aimé les figures allégoriques, grosses de signification pour les seuls initiés, Psyché et Orphée, Daniel et Jonas. Tout au plus, dans quelques rares et curieuses représentations liturgiques, a-t-il mêlé à ce symbolisme naïf Tesprit sublil des philosophies orientales. Dans son ensemble, Part chrélien tel qu'il apparaît avant la paix de l'Église a été' un art tout simple, tout familier, tout populaire, à la formation duquel, il ne faut point l'oublier, l'Orient a contribué pour une large part^
CONSÉQUENCES DU TRIOMPHE DE l'ÉGUSE AU IV*' SIECLE
La grande révolution historique qui, au commencement du IV* siècle, amena le triomphe de l'Église, eut pour l'art aussi de grandes conséquences. Jusqu'alors, le christianisme s'était surtout développé dans l'ombre, .il avait connu plus d'une fois les rigueurs de la persécution : maintenant il devenait une religion d'État, ofliciellement reconnue et protégée par l'empereur. Une exaltation, une allégresse sans pareille saluèrent cette magnifique victoire. Une prodigieuse activité artistique en fut le résultat. Pour le culte victorieux il fallait en effet des églises plus vastes et plus belles ; d'autre part, pour célébrer leur triomphe, les chrétiens voulurent apporter, dans la construction et la décoration de ces édifices, un goût de splendeur tout nouveau ^.
1. Sur ces choses, qiii ne peuvent être indiquées ici que sommairement, on consultera utilement Texcellent chapitre de PéraU^, au tome I de VHistoire de VArt^ d'A. Michel. On trouvera là aussi, p. 94-96,une bonne biblio§^raphie de ces questions.
2. Cf. pour l'ensemble de ce chapitre : Bayet, Recherches pour servir à V histoire de la peinture et de la sculpture chrétiennes en Orient avant la querelle des Iconoclastes^ Paris, 1879; Aïnalof, Origines hellénistiques de Vart byzantin^ Pétersbourg, 1900 (russe).
LES FORMES DB l'aBCHITECTURE
Les formes de Vafchileclure. — De cea deux besoins, le premier «e traduisît dans Tarchitecture. D'un bout à l'autre de Tempire on vit surgir de terre une floraison de constructions nouvelles. « Dans chaque ville, écrit Ëusèbe, ont lieu des fêtes pour les dédicaces, les consécrations d'oratoires nouvellement construits. A cette occasion les évêques s'assemblent, les pèlerins accourent des régions éloignées ; on voit éciatei* Taffection des peuples pour les peuples ; ce sont les membres du Christ unis dans une même harmonie. » L'empereur lui-même donnait Texerople, excitant le zèle du clergé, assurant aux prélats Tappui et le concours de l'autorité publique, bâtissant, dans la nouvelle capitale du Bosphore aussi bien que dans les anciennes capitales du christianisme oriental, des monuments somptueux. C'étaient tantôt des églises de forme basilicale, telles que Sainte-Sophie ou Sainte- Irène à Constantinople. et tantçt des édifices de forme circulaire ou octogonale, tels que le martyrion des Saints Apôtres à Byzance, la rotonde de Sainte-Constance à Rome, Téglise de l'Ascension sur le mont des Oliviers à Jérusalem, ou la grande église octogone d'Antioche, le plus ancien exemple de ce type de constructions, et dont Ëusèbe remarque qu'elle était un monument unique en son genre ((tovoyevéç ti xP'^P^ exxX7|<j{aç). Tantôt les deux types d'édifices se trouvaient réunis, comme il arriva dans le magnifique monument élevé par Constantin à Jérusalem sur l'emplacement du Saint-Sépulcre. « 11 convient, avait écrit l'empereur, de faire en sorte que cette basilique ne soit pas seulement plus belle que tout ce qui existe ailleurs, mais que l'ensemble en soit tel que tout ce que l'on rencontre de plus beau dans chaque ville soit surpassé par cette construction, o En conséquence, à une ample basilique à cinq ou trois nefs, précédée, du côté de l'est, par un vaste atrium, s'ajouta la rotonde de l'Anastasis élevée au-dessus du tombeau du jSauveur et qu'un autre atrium reliait au bâtiment principal'. Tantôt enfin, comme à Bethléem, une église de forme basilicale s'acheva par trois absides disposées en forme de trèfle, une dans Taxe de la nef principale, et les deux autres sur les côtés nord et sud^. Grâce à ce grand mouvement de constructions, l'art chrétien s'épanouissait en des formes variées et souvent nouvelles ; des types d'édifices étaient créés, qui allaient bien vite devenir canonicpies, et qui, ser-
1. Cf. Heîsenberg, Die Grabeskirche in Jérusalem, Leipzig, 1008. 1. Vogué, Les Églises de la Terre-Sainte, Paris, 1K60.