‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 9 sur 370 · BVOLUTION DE L ART CHRETIEN ORIGINES DE L ART NOUVEAU · texte numérisé non relu

BVOLUTION DE L ART CHRETIEN ORIGINES DE L ART NOUVEAU

vant de modèles aux architectes des âges postérieurs, devaient exercer une influence profonde sur le développement de rarchitecture religieuse *.

Les procédés de la décoration. — Dans la décoration de ces monuments se manifesta le goût nouveau de splendeur, dont t'enthousiasme chrétien jugeait convenable de parer le culte victorieux. Sur les murailles intérieures des églises, des revêtements de marbre couvrirent la nudité des parois de briques; au lieu des modestes peintures qui décoraient les cryptes des Catacombes, la mosaïque, cette « peinture pour Téternité 3>, plus riche à la fois et plus durable, mit à la courbe des absides les tonalités somptueuses et décoratives de ses fonds bleu ou or. Les métaux précieux furent employés pour rehausser la richesse des constructions sacrées. On dora les chapiteaux, on dora les plafonds^ de manière à figurer, au-dessus des têtes des fidèles, Téclat du ciel lumineux. L'église d'Antioche, au rapport d'Eusèbe, était tout étincelante des reflets de Tor, du bronze, et des autres matériaux de prix qui y avaient été prodigués. Sur le sol des édifices, on déploya le tapis magnifique des pavements historiés. Kt jusque sur les murs extérieurs des monuments on voulut la même polychromie chatoyante et splendide. A la façade des églises telles que la basilique de la Nativité à Bethléem, les mosaïques mirent leurs notes éclatantes. Dans ces vastes et belles constructions, la simplicité de la décoration eût semblé un signe de pauvreté. Désormais tous les membres de l'édifice durent être revêtus d'une parure polychrome, riche et harmonieuse tout à la fois.

Mais c'est surtout dans le choix des sujets que se manifesta l'esprit nouveau qui animait le christianisme. Sans doute — et ce point doit être soigneusement retenu — les scrupules anciens que r Eglise avait à Tégard des images persistèrent encore durant de longues années. Comme jadis dans les Catacombes, on eut peur de représenter par la peinture les mystères chrétiens, et Ton aima mieux accueillir jusque dans l'église des motifs profanes, empruntés au décor païen, auxquels on attacha une signiflcation symbolique. C'est pour cela que, dans beaucoup d'édifices de ce temps, on rencontre une décoration purement pittoresque. Ce sont des ornements, des guirlandes de fleurs et de fruits, des rinceaux de vigne ou

1. Iltibsch. Die allchristlichen Kirchen, Karlsruhe, 1862-1863, et surtout Strzygowski, Kleinasien^ ein Neuland der Kunslgeschichle^ Leipzig, 1903.

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d'acanthe, parmi lesquels se joue tout un peuple d'oiseaux ; ce sont des archilectures compliquées et fantaisistes, pareilles à celles qu'on voit dans les fresques pompéiennes, et des peintures de genre, scènes de chasse ou de pèche, jeux d'enfants nus qui se poursuivent dans un frais paysage rempli d'animaux. Et ce n^est point seulement dans les constructions profanes qu*on observe ces motifs « dans les riches demeures chrétiennes du i\'^ siècle, telles que la maison récemment découverte à Rome sur le Coelius au-dessous de Féglise des Saints Jean et Paul (casa Goelimontana). Que l'on considère les édifices sacrés, tels que l'église de sainte Constance à Rome, qui fut d'abord le mausolée d'une Bile de Constantin. Dans ce monument de type tout oriental, intéressant exemple, avec sa rotonde à colonnade intérieure et son portique circulaire à l'extérieur, de la construction dite à plan central, la décoration n'est pas moins remarquable. On y voit de petits génies occupés à faire la vendange, des enfants nus jouant et péchant dans les eaux d'un fleuve sur lequel voguent des canards et des cygnes, l^s mêmes motifs d*origine alexandrine se retrouvent dans toute une suite d'édifices du IV* et du v^ siècle, dans une chapelle d'El Bagaouat (iv^ siècle en Egypte, comme dans la rotonde de Saint Georges de Salonique (v*" siècle) ou dans les deux baptistères de Ravenne (v* siècle), où des architectures gemmées et dorées forment une frise au pourtour de la coupole, dans les mosaïques absidiales du Latran et de Sainte- Marie-Majeure, comme dans celles qui décorent la nef de la basilique de Bethléem. Le même décor se rencontre pareillement dans le> manuscrits tels que le Calendrier de 354, dans les pavements tels que la mosaïque de Kabr-Hiram conservée au Louvre (fin iv* siècle) : il se retrouvait de même dans les étoffes, s'il en faut croire ce curieux témoignage d'Astérios d'Amasie (fin iv** siècle) : « On a imag^iné, écrit cet évêque, une étrange et méprisable industrie, qui, par les combinaisons de la chaîne et de la trame, imite les effets de la peinture, et figure sur les vêtements toutes les sortes d'animaux. On fabrique aussi des habits éclatants, illustrés d'innombrables figures...; on y voit des lions, des panthères, des ours, des taureaux, des chiens, des forêts, des rochers, des chasseurs, et tout ce que la peinture emprunte à la nature. » Et le saint s'élevait avec indignation contre ces habillements, qui faisaient ressembler ceux qui les portent à « des murs peints ambulants 9 (Toiyot YSYpafjL- |iéyo() et qui excitaient dans la rue les moqueries des enfants. Malgré de tels blâmes, l'art chrétien restait fidèle à la tradition alexan-

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drine, et, par un pieux scrupule, il prodiguait, même après le triomphe de TKglise, dans les sanctuaires les plus vénérés, les ornements et les sujets de genre que lui avait transmis Tart hellénistique *.

Formation du style historique et monumental . — Pourtant, vers la Hndu iv^ siècle, une évolution se marquait vers des idées nouvelles. Certains pères de TÉglise voyaient dans la peinture non pas seulement une vaine décoration, mais un moyen de contribuer à rinslruction et à TédiRcation des fidèles. « Ce que la parole présente à Toreille, écrivait saint Basile, la peinture muette le montre de même par l'imitation ». « Le peintre, disait Grégoire de Nysse, travaille avec des couleurs comme dans un livre parlant. La peinture muette parle sur le mur et fait beaucoup de bien ». De ces préoccupations, on trouve un intéressant témoignage dans la lettre que Saint Nil, vers la fin du iv® siècle, écrivait au préfet Olympiodore. Ce personnage, voulant faire décorer une église qu'il venait de fonder, avait demandé conseil au saint : il voulait savoir s*il convenait d'y faire peindre, conformément à Tusage courant, des scènes de chasse et de pêche, et de se préoccuper surtout, comme il le disait, dans cette décoration, « du seul plaisir des yeux ». A cette question, Nil répondit que ce projet était purement « enfantin et puéril ». Ce qu'il fallait, c'était peindre dans le sanctuaire rimagede la croix, sur les murailles, des scènes empruntées à TAncien Testament et aux Évangiles, « afin, ajoutait-il, que ceux qui ne savent pas les lettres et ne peuvent lire les Saintes Ëlcritures se souviennent, en regardant les peintures, des belles actions de ceux qui ont fidèlement servi le vrai Dieu et soient excités à imiter leur conduite. »

Il ne s'agit plus ici de compositions pittoresques cachant une vague intention symbolique; c'est une décoration de caractère nettement historique que propose et recommande l'écrivain. Ce qu'il conseille, et ce (fui, conformément à ses conseils, apparaît dès le commencement du v® siècle dans la décoration des basiliques, c'est une suite de sujets empruntés aux Livres saints, et se succédant dans un ordre à peu près chronologique, ou bien encore les hauts faits de la vie de tel ou tel martyr. A défaut d'œuvres qui nous soient parvenues, des témoignages fort précis attestent cette orientation nouvelle de l'art chrétien. Grégoire de Nysse décrit des peintures

1. On lira avcciiilcrct sur ce point les remarques d'Aïnalof, au chapitre III du livre cite plus haut : Caractère hellénisliqae des peintures murales byzantines, p. 129-1 :>9.

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