‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 83 sur 370 · LES ÉDIFICES CIVILS · texte numérisé non relu

LES ÉDIFICES CIVILS

voûtées à triple travée et bordées de collatéraux. Mais tandis qu'à Sainte-Sophie une seule et énorme coupole couronnait Tédifice, ici cinq coupoles surmontèrent Tintersection et les extrémités des quatre branches de la croix. Quatre de ces coupoles furent peut-être des calottes aveugles ; celle du centre, plus haute et percée de multiples fenêtres, rappela la coupole de Sainte-Sophie. Il n y eut point d*absîde : le sanctuaire occupa le centre de la construction. Comme dans la Grande Église, les architectes déployèrent aux Saints- Apôtres toutes les splendeurs de la décoration byzantine. Une forêt de colonnes antiques forma sur tout le pourtour de Tédifice un double étage aux éclatantes couleurs ; sur le sol, sur les murailles, les marbres précieux se disposèrent en incrustations étincelantes ; enfin, à la voûte des coupoles, aux parois de. Téglise, des mosaïques flamboyèrent*.

De la plupart de ces constructions, il ne reste aujourd'hui que le souvenir. A côté de Sainte-Sophie, Saint-Serge et Sainte-Irène ont seuls échappé à la ruine. L'église des Saints-Apôtres a été détruite par les Turcs pour faire place à la mosquée de Mahomet II, et nous n'en pouvons prendre idée que par les monuments qui furent copiés sur elle, comme Saint-Marc de Venise ou Saint-Front de Périgueux. Mais du moins ce fait atteste Theureuse fortune que rencontra rœuvre d'Anthémius et d'Isidore. Tandis que Sainte-Sophie, trop diflicile à imiter, est demeurée à peu près unique, Téglise des Saints- Apôtres, avec ses coupoles multiples et son système de construction centrale, a fourni un modèle que reproduisirent dans ses traits essentiels la plupart des édifices religieux de Constantinople, de la Grèce et de TOrient tout entier.

laCs édifices civils^, — Le même esprit novateur et magnifique apparut dans les constructions civiles de Justinien. Au lendemain de la sédition de 532, la grande place de TAugustéon, toute dallée de marbre, fut bordée de portiques formant une double colonnade et encadrée de monuments somptueux, le Sénat en marbre blanc, les bains de Zeuxippe splendidement décorés de marbres multicolores. Au palais impérial, le vestibule de la Chalcé fut une merveille (Parchi lecture savante et de luxe décoratif. Ce fut une grande salle

I. On a cru toutefois que celles dont Constantin de Rhodes nous a laissé la def^cription datent du ix* siècle seulement. On a récemment établi qu'elles remonteol plus vraisemblablement, au vi" siècle.

2. Strzygcwski et Forchheimer, Die byz. Wasserhehiiller von Konsianlinopel ; Diehl, Justinien. ,

à coupole, soutenue par quatre ^ands arcs -portés par quatre piliers colossaux et contrebutésau nord eL au sud par deux berceaux voûtée. Sur le sol, unpavemenlde marbres de couleurrayonnanlautourd'un médaillon central de porphyre; sur le bas des murailles, un revêtement de marbres multicolores; plus haut, de curieuses mosaïques représentant tes victoires de Juslinien constituèrent une décoration polychrome pareille à celle des Saints- Apàlres et de Sainte- Sophie et attestent l'ample développement que l'art profane prit a côté de l'art religieux.

Les thermes d'Arcadius, restaurés par les soins de l'empereur, montrèrent une semblable magnificence dans leurs cours et leurs portiques décorés de marbres et de statues. Mais surtout les citernes colossales de Jéré-baUn-serai et de Bin-bir-Direk (fig. 66), celle-ci surtout avec ses deux étages de minces colonnes supportant les voûtes massives; l'aqueduc de Justinien (fig. 78), avec son double étage de hautes arcades qui s'achèvent en un arc légèrement aigu, ses massifs piliers contrebutés de contreforts prismatiques, l'harmonieuse élégance de sa construction, la merveilleuse habileté lechue de ses combinaisons; le pont du Sangarios enfin, en Bithv- , construit sur cintres en berceaux appareillés, mais où éclatent des qualités analogues, tous ces monuments témoignent d'une science, d'unehabilelé, d'une audace dont seuls furent capables des architectes de génie. Et l'on conçoit sans peine que, créatrice de semblables chefs-d'ceuvre, pénétrée d'un tel esprit novateur el

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