I7«FLUENGE EXERCEE PAR CONSTANTINOPLE
hardi, Coastaniinople n'ait point eu de peine à prendre désormais la direction unique de Tari byzantin et que son influence, au siècle de Justinien, se soit largement répandue dans tout Tempire. Influence exercée par Constantinople * . — De cette influence de la capitale, il existe une preuve bien remarquable .
Dans toutes les régions sur lesquelles s'étendait au vi' siècle Tauiorité de Tempire byzantin, on rencontre des chapiteaux de style identique, tous en marbre de Proconnèse ^. On en trouve à Salonique, à Parenzo, à Ravenne; sur la côte d'Afrique, à Sfax, à Mahedia, à Sousse, dans les mosquées de Kairouan, qui les empruntèrent aux édifices ruinés de Carthage; en Egypte, à Alexandrie et au Fayoum, dans Téglise d'Ahnas ; à Jérusalem, dans la mosquée d^Omar, à Kertch et à Tirnovo en Bulgarie. On voit par là quelle était, au v*» et surtout au vi« siècle, l'activité et la célébrité des fameuses carrières qui alimentaient la capitale : elles exportaient leurs produits dans le monde entier. Mais elles ne se contentaient pas de fournir des matériaux bruts : Tunité de style qu'offrent tous ces chapiteaux, les motifs orientaux qui les décorent uniformément montrent qu'ils ont été tous travaillés dans un même atelier. On est donc en droit de conclure qu'il existait à Constantinople une grande école de sculpteurs-décorateurs, à laquelle tout le monde méditerranéen demandait la parure sculptée de ses églises. Et rien ne prouve mieux la vogue que rencontrèrent les formes décoratives que Constantinople avait consacrées et l'influence universelle qu'exerça la capitale.
Ce n'est pas tout. Les plans des édifices, les architectes qui les construisent, viennent également de Constantinople. Dès le comcommencement du v^ siècle, on rencontre un curieux exemple de Faction qu'en cet ordre de choses exerçait la ville impériale. En 401, à Gaza en Syrie, un temple païen célèbre, le Marneion, avait été détruit par les chrétiens, et l'on voulait à sa place élever une église. Mais on ne savait trop quelle forme donner à l'édifice, et plusieurs proposaient de reproduire tout simplement les dispositions du temple démoli, quand l'impératrice Eudoxie, qui s'était
1. Slrzygowski, Ursprung und Siegderaltbyz. Kunst, XX sqq.; Kleinasien, 139 sqq; Millet, VAsie Mineure (RA, 1905) ; Diehl, Justinien.
2. Strzygowski, Koptische Kanst, n** 7350 sqq., Kondakof et Tolstoï, Rousskiia Drevnosti , t. IV, Pétersbour^ç, 1891 (russe) ; Katcheretz, Monument» chrétiens de Chersonèse (RA, 1899, II) ; Saladin, La monquée de Sidi Okba à Kairouan, Paris, 1903.
170 l'art de BATIR CHEZ LES BYZANTINS
chargée des frais de la construction, envoya de Constantinople, en même temps que Targent, un plan en forme de croix. Un architecte d'Antioche reçut mission de Texécuter, et la souveraine fit expédier en outre des matériaux précieux, colonnes et chapiteaux de marbre, pour Tembellissement de la nouvelle église. Ce qui n'était au v*^ siècle qu'un incident assez exceptionnel était devenu au vi*' une règle presque générale. Le traité des Édifices de Procope, dont Tépigraphie vient très heureusement confirmer le témoignage, montre les architectes de l'empereur travaillant dans tout le monde oriental, et les édifices de la capitale servant partout de modèles. En Asie Mineure, l'église de Saint^ean d'Éphèse est rebâtie sur le plan des Saints-Apôtres. En Mésopotamie, lorsque Dara est menacée par les débordements de son fleuve, Justinien consulte, sur les mesures à prendre, Anthémius et Isi* dore, et sur le plan que lui présentent ces deux grands architectes,, l'empereur lui-même dessine un projet qui est transmis à Tarchitecte local. Sur l'Euphrate, la ville de Zénobie est reconstruite tout entière, avec ses murailles, ses églises, ses bains, ses portiques, par Jean de Byzance et Isidore le Jeune, neveu d'Isidore de Milet, « deux jeunes gens, dit Procope, mais qui étaient doués d'une intelligence supérieure à leur âge. » A Kennesrin, l'antique Chalcis, au sud dWlep, des inscriptions attestent pareillement l'intervention et l'activité, à la date de 550, du même Isidore, <c le très glorieux illustris et ingénieur ». Une semblable mission fut confiée par Justinien à un autre architecte, Théodore, en Palestine et au couvent du Sinaï. Et ici encore l'empereur intervient sans cesse dans les travaux en cours et y fait sentir l'influence <)e la capitale. Quand il s'agit, à Jérusalem, d'édifier Téglise de la Vierge, « la nouvelle église », comme on la nomme, c'est le prince lui-même qui choisit remplacement et détermine les dimensions de la basilique. C'est lui qui facilite aux architectes les moyens de construire les substruclions colossales sur lesquelles s'appuie une partie de l'édifice, et dans l'établissement desquelles Procope note que, « méprisant les procédés habituels, les architectes recoururent à des partis originaux et tout à fait inconnus. » Se trouve-t-on embarrassé ensuite, à cause de réloignement de la mer, d'expédier à Jérusalem les colonnes nécessaires au monument, de nouveau le souverain se préoccupe de la difficulté et trouve une solution. Et de même, en tout lieu, avec cette prétention à l'infaillibilité qui est caractéristique de son génie, Justinien intervient pour imposer ses conseils et sa volonté.
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' Ainsi, grâce à cette multilude de constructions diriges de haut et atteDti ventent surveillées, se propage partout l'influence de la capitale. Assurément, il serait excessif de dire que cette expansion de l'art byzantin a supprimé ou entravé le développement des arts orientaux ; l'art synen, l'art copie continuèrent à évoluer selon
leur génie propre, éliminant de plus en plus les traditions hellénistiques auxquelles l'art byzantin demeurait plus attaché. Mais, dans ce domaine même des arts orientaux, en Syrie comme en l-'^ypte, Constantinople fît plus d'une Tois, au vi' siècle, sentir son action toute puissante.
Syrie. Kasr-ibn- Warlan '. — En Syrie, elle se manifesle de façon
1. Strzygovt ski, KUinaiien, 131 Bqi|. ; H. C. Butler, AncienI grchilr.-liirt in SyrU (Princeton Expédition tn Syris, division II, sccl. B.. |>nrl I . I.eydi-, I9«H.
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significative par Temploi de la brique se substituant à la pierre. Ce trait apparaît, par exemple dans les édifices de Kasr-ibn-Wartan, entre Hamah et Alep, qu'une inscription date avec précision de 564. Dans ces ruines » les plus imposantes, dit Butler, et, à certains égards, les plus remarquables de toute la Syrie du^ Nord, b on trouve, côte à côte, une église et un palais. L'église est une basilique à coupole, du type anatolien, mais où certains traits nettement indigènes apparaissent dans la décoration, en particulier dans les chapiteaux (fig. 79). De même des tours, à la mode syrienne, flanquent la façade du narthex ; mais en revanche, la technique de la brique est absolument byzantine. Le palais est une construction à deux étages, avec trois nefs terminées par trois absides se disposant en plan tréflé à Tétage inférieur, et une grande salle au premier, de forme à peu près semblable, que couronnait une coupole centrale. Les murs sont bâtis en briques et pierres alternées. Un simple coup d'œil suffit à montrer que ces édifices diffèrent absolument de toutes les autres constructions syriennes. Ils sont, dit Butler, « bâtis sur un plan, dans un style^ et avec des matériaux semblables à ceux qui étaient usités dans les édifices impériaux de Constantinople durant le règne de Justinien. » Le luxe de la polychromie qu'on remarque dans la décoration atteste également une influence étrangère à la Syrie.
Les mêmes partis caractéristiques s'observent dans le castrond'Anderin, voisin de Kasr-ibn-Wartan, et qu'une inscription date de 558. 11 faut ajouter toutefois que la plupart des églises syriennes de celte époque demeurèrent fidèles au type ancien et aux traditions de la construction en pierre. Ce n'en est pas moins un fait bien remarquable que ce mélange d'influences étrangers pénétrant dans le monde syrien. Elles apparaissent de même en Palestine, où tous les monuments datant du vi*^ et du vn* siècle s'inspirent exclusivement des modèles byzantins; elles apparaissent dans Téglise Saint- Serge de Gaza, qui, d'après la description de Choricius, semble bien avoir réalisé, dès le vi^ siècle, le type de l'église à trompes d'angle, avec nef basilicale combinée avec une coupole et tribunes au-dessus des collatéraux ^ ; elles apparaissent enfin à Mschatta même, — ce qui semblerait bien faire croire que Mschatta date du VI® siècle — dans l'emploi de la brique *, et dans certaines formes du décor monumental.