‹ Manuel d'art byzantinChapitre 106 sur 309 · TRIPTYQUES · texte numérisé non relu

TRIPTYQUES

sentent avec le diptyque de Romain une remarquable parenté de style et d'exécution: on semble donc autorisé à rapporter à la seconde moitié du x1° siècle l’origine de ce remarquable ensemble. Si cette date est admise, il faut observer combien, à cette époque,

Fig. 325. —. Triptyque d'ivoire (Cabinet des médailles). Phot. Giraudon.

tous ces ouvrages sont encore exempts de ce qu'on a appelé « le hiératisme byzantin ». On y sent, comme dans les coffrets civils, limitation visible des modèles antiques, mais une imitation qui garde toute sa liberté, et que mitige heureusement l'étude directe de la nature.

Les mêmes qualités d'art se rencontrent, peut-être plus accusées encore, dans une plaque d'ivoire qui peut être considérée comme un chef-d'œuvre de l’art byzantin. C’est la Vierge de l’ancienne collecüon Bastard, aujourd’hui dans la collection Stroganof (fig. 327). Le style en paraît supérieur encore à celui des monuments du groupe Harbaville. « Nul maniérisme, nulle recherche : l'attitude est noble

et simple, l'exécution pleine de largeur. Rarement le type de la Vierge a été rendu avec plus de bonheur : les traits, où la délicatesse s'unit à la force, accusent l'ovale régulier du visage ; et les yeux grands ouverts, le nez droit, la bouche petite et fine donnent à l’ensemble de la physionomie une expression de majesté et de grâce. Les draperies sont traitées avec la même ampleur : l'artiste n’en fouille pas minutieusement les plis, mais il les groupe en une élégance harmonieuse. Cette figure est digne de l’école qui exécutait les miniatures du Psautier de la Bibliothèque Nationale! », et elle semble bien, en effet, devoir être attribuée au x° siècle. On en peut rapprocher, tout en lui assignant plutôt pour date le xr° siècle, l'ivoire de la Bodléienne d'Oxford, où le Christ, élégamment drapé, est représenté assis sur un trône, la main levée dans un geste de bénédiction (fig. 328).

Il serait vain de vouloir classer avec Fig. 326.— La Vierge etl'En- certitude les nombreux triptyques que fant. Partie d’un triptyque nous possédons à côté de ceux qui

en ivoire (Musée archiépis- ë = A La 2 copal d'Utrecht). viennent d'être mentionnés ?. On obser-

vera seulement que, tandis que les uns représentent au panneau central des figures isolées, Christ, Vierge ou saints, le plus grand nombre de ces monuments montrent à celte place une composition monumentale souvent surmontée d'un baldaquin ajouré semblable à celui du triptyque Spitzer-Hartmann. On y voit tour à tour la Cruxifixion (collection Bonnaffé, maintenant collection Oppenheim à Cologne), la Descente de croix (collection Chalandon#), la Mort de la Vierge (Bibliothèque royale à Munich), la Descente aux limbes (musée de Berlin), les Saintes femmes au tombeau (Musée National de Florence). Parfois, sur les

A A r] EX E volets mêmes, des scènes évangéliques remplacent les figures ou les

2. On en trouvera une liste assez complète dans Molinier, Loc. cit., 199 suiv.

3. Schlumberger, lvoire byzantin de l’ancienne collection Bonnaffe (M Piot, VI, 1899). ESS

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