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LES MONUMENTS DU LUXE BYZANTIN

Le luxe byzantin est célèbre dans l’histoire. Les descriptions que les écrivains grecs du x° siècle ont laissées du Palais Sacré et des cérémonies de la cour impériale montrent un déploiement de magnificence prodigieux ‘. Les récits des Occidentaux qui, entre le x° et le xim° siècle, visitèrent Constantinople, témoignent d’une admiration éblouie en face des richesses et des splendeurs de la capitale des basileis. Pièces d'orfèvrerie faites des matières les plus précieuses et toutes constellées d’émaux et de pierreries ; tapisseries de soie et de pourpre aux couleurs éclatantes, aux chatoyantes broderies ; costumes resplendissants d'or et de gemmes, d’une variété et d’une somptuosité inouïes : ce sont les éléments coutumiers du décor magnifique où se déploie la majesté impériale, et par lequel elle rehaussait son prestige aux yeux des barbares. L’or ruisselle dans ces descriptions ; le palais, la ville entière apparaissent comme dans un miroitement d’or. Peu de civilisations, à en juger par ces témoignages, ont été plus splendides et plus pittoresques à la fois. Mais de ce luxe évanoui, nous reste-t-il autre chose que le souvenir ?

Ce qui en subsiste. Assez peu de chose, il faut le dire, en a survécu. Trop de conquêtes successives ont dévasté l'empire byzantin pour que des objets faits de matières si précieuses aient échappé

1. Pour l'ensemble de ce chapitre : Molinier, Hist. générale des arts appliqués à l'industrie, t. IV : l’Orfèvrerie, Paris, 1900. Cf. Ebersolt, Les arts sompluaires de Byzance, Paris, 1923.

en grand nombre à la cupidité des vainqueurs. Plus d’une fois — comme il advint par exemple en 1204 pour le grand autel de Sainte-Sophie — des soldats brutaux et barbares mirent en pièces des chefs-d'œuvre pour jeter au creuset l'orou l’argent qui les décoraient. Quelques-uns, heureusement pour nous, firent preuve d’une rapacité plus intelligente. Lors du grand pillage qui accompagna la prise de Constantinople par les croisés, plus d’un baron, avec les reliques précieuses qu’il envoyait en Occident, expédia aussi les reliquaires : c'est à cette sollicitude que nous devons la conservation de certains monuments particulièrement remarquables, comme les staurothèques de Limbourg et de Gran. D’autres, les Vénitiens, furent plus avisés encore. Dans cette capitale qu'ils connaissaient de longue date, ils savaient les bons endroits et les trésors célèbres ; ils lisaient le grec etils avaient du goût. Ils n'eurent point de peine à faire dans le butin des choix nombreux et excellents, et c'est pourquoi le trésor de Saint-Marc à Venise est aujourd'hui le lieu où l’on peut le mieux étudier l'orfèvrerie byzantine ‘.

Au total pourtant, le compte est bientôt fait de ce qui subsiste en Occident de ces fragiles merveilles. Et dans l'Orient même, siriche autrefois, si l'on met à part les trésors de quelques monastères tels que ceux de l’Athos, la plupart de ces richesses ont disparu, emportées dans la tourmente où sombra l'empire grec. Heureusement, en ces dernières années, des découvertes assez importantes ont compensé en partie ces pertes. Dans les églises et les couvents dela Russie caucasienne, dans ces pays de Géorgie, d'Ibérie, d’Alanie, de Mingrélie, jadis étroitement soumis à l'influence de Byzance, on a retrouvé de nombreux monuments de l'orfèvrerie byzantine, dont plusieurs sont d'époque ancienne et datés avec certitude. Et sans doute certains d’entre eux sont, selon une juste remarque, « de style byzantin plutôt que réellement byzantins ? », et l’art en est parfois un peu provincial. D'autre part, à plusieurs d’entre eux, les savants qui les ont étudiés ont attribué avec complaisance des dates visiblement trop reculées. Il n'importe. Il est impossible désormais de faire l'histoire de l'émaillerie byzantine sans tenir compte de beaucoup de ces monuments, dont l'origine est connue avec précision et dont l’art est souvent remarquable.

Quelle en est la valeur. — Une observation préalable s'impose

1. Cf. Riant, Des dépouilles religieuses enlevées à Constantinople, Paris, 2. Molinier, loc. cit., 64.

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