Gerspach, La verrerie, Paris
LA VERRERIE 711
Le trésor de Saint-Marc est, je pense, le seul endroit qui nous laisse entrevoir ce que fut-la verrerie byzantine !. On y trouve un certain nombre de calices, montés en argent doré, et où la coupe, de verre incolore, est décorée extérieurement, tantôt d’ornements en relief, rangs de perles, disques, rangs de feuillages, tantôt de figures de quadrupèdes. On y trouve aussi des patènes, de verre incolore ou vert clair, richement montées en orfèvrerie, L'une, qui est munie d’un long manche gemmé, sur lequel se dresse un petit oiseau d'argent, est fort curieuse. De dimensions assez grandes, elle servait sans doute à placer le pain bénit que l’on distribuaitaux fidèles à l'issue de la messe. On y rencontre enfin des lampes, en verre incolore, montées en argent doré et décorées extérieurement de disques en relief ou de poissons. Elles affectent tantôt la forme d’un grand plat creux,tantôt celle d’un seau posé sur un pied. Beaucoup de ces verres sont taillés à facettes.
« Au point de vue de l’art du verrier, dit E. Molinier, la perle du trésor est une belle coupe émaillée et dorée ? », un des objets les plus curieux de la collection. Élégamment monté en argent doré et orné de deux anses en volutes, ce verre, de teintelie de vin, est décoré sur la panse au moyen d’émaux et d’or. Sept médaillons circulaires représentent des figures antiques, homme nu tenant un thyrse, homme nu entre deux colonnes, vieillard appuyé sur un bâton, homme casqué et dansant, femme demi-nue tenant une faucille, etc. Une ornementation d’or et de marguerites polychromes entoure les médaillons et le bord. Entre les grands médaillons, des têtes de profil, diadémées d'or, ressemblent à des monnaies. Au bas de la panse, enfin, courent des inscriptions, d’ailleurs inintelligibles et servant uniquement d'ornement, en caractères coufiques. Molinier a justement signalé les ressemblances qu'offre cette décoration avec celle des coffrets à sujets profanes, et il en a conclu que ce vase est sûrement byzantin. Est-il nécessaire pour cela de le faire, comme lui, remonter au vin® ou 1x° siècle ? Il pourrait aussi bien, comme beaucoup de coffrets, dater du x° ou xr° siècle.
4. Pasini, Tesoro ; Molinier. Le trésor de Saint-Marc. 2. Molinier, Le Trésor de Saint-Marc, 58.
I. Les influences byzantines en Occident. Les causes d'influence. L'Italie. Le Mont-Cassin. Rome. La France. Les origines de l'art roman. Les églises à coupole du Périgord. L'école germanique. L'ornementation romane. L'Allemagne. Les miniatures de la Renaissance ottonienne. Les miniatures du x siècle. — II. Les limites de l'influence byzantine. La peinture bénédictine. San Angelo in Formis. Les portes de bronze italiennes. Persistance des influences byzantines.
On a vu précédemment comment, au v° et au vie siècle, des influences orientales, qui venaient d'Égypte, de Syrie ou de Byzance, agirent puissammentsur l’art chrétien d'Occident! ; comment, entre le vi° et le 1x° siècles, ces influences s’exercèrent de façon plus décisive encore?, et cela non seulement en Italie, mais au delà des monts, en Gaule et jusque dans la vallée du Rhin. Une troisième fois la question se pose aux xr° et x siècles : quel rôle joua Byzance dans le développement des arts de l'Occident ? C’est le problème, bien des fois discuté, que l'on nomme « la question byzantine ». On a tour à tour exagéré et réduit outre mesure la part qu'eut alors l'Orient chrétien dans la formation artistique de l'Occident. Des amours-propres chatouilleux se sont froissés, par une étrange forme du patriotisme, à la seule pensée que l'art national des peuples occidentaux pût devoir si peu que ce fût à ane inffuence étrangère ; et inversement, mais avec la même absence d'esprit critique, d'autres érudits ont voulu retrouver partout l'action de Byzance. Il faut, pour résoudre ce délicat problème, aborder la question avec une précision plus scientifique, sérier les réponses non seulement
1% Cf. livre I, chap. V.