‹ Manuel d'art byzantinChapitre 14 sur 309 · Cf. les ouvrages mentionnés p · texte numérisé non relu

Cf. les ouvrages mentionnés p

4. Cf. le livre de Ficker mentionné p. 325, et pour l'iconographie des anges outre le travail de Stuhlfauth mentionné p. 325, Wiegand, Der Erzengel

Michael, Stuttgart, 1886, et Wulf, Cherubim, Throne und Seraphim, Altenburg, 1894. !

* 5. Cf. sur tout cela Millet, Daphni, p. 142-147.

ment iconographique accompagne la renaissance du 1x° siècle : en même temps qu'un choix se fait entre les épisodes sacrés, les traits essentiels de chacune des compositions choisies se fixent à peu près définilivement, et des types traditionnels se constituent pour ces scènes vénérées et pour ces figures sacrées. Sans doute, dans cette œuvre de création et de coordination, tout n'est point original : bien des thèmes primitifs survivent, empruntés à l’iconographie ancienne ; beaucoup d'innovations introduites

Fig. 240. — Saints. Mosaïque de Sainte-Sophie de Kief (d'après Kondakof, Rousskiia Drevnosti).

dans les gestes et les attitudes ne sont que des imitations de l'art antique; au total pourtant, entre le 1x° et le x siècle, l’art byzantin s'est presque entièrement renouvelé, avec une ingéniosité, une habileté dans le groupement des figures, un souci de l'équilibre et de l'unité, un sens naturaliste tout à fait remarquables. De grands artistes anonymes ont créé des compositions originales et élaboré des types nouveaux quidésormais resteront immuables. Assurément, après eux, le mouvement iconographique ne s’est point arrêté; des variantes en élargiront les cadres, des innovations les transformeront. À côté de compositions, qui demeureront en quelque sorte « inextensibles », d'autres thèmes se développeront ou se restreindront par l'addition ou la suppression de personnages, de motifs ou d'accessoires ; des épisodes se dissocieront et se multiplieront; dans

les attitudes et les gestes même, des changements s'introduiront, qui marquent une date !, et où l’on sent une évolution lente vers. un style pittoresque, qui caractérisera au xiv° siècle la dernière renaissance de l’art byzantin. Tout cela est incontestable, et doit être retenu. Mais si, dans cet art qu'on dit traditionnel, on ne trouve rien de tout à fait absolu, de tout à fait immuable, ilest vrai cependant qu'à partir du 1x° siècle un système décoratif nouveau s'établit qui, dans ses grandes lignes, dominera désormais. Il triomphe, dès la fin du 1ix° siècle, à la Nouvelle-Église et aux Saints-Apôtres ; et depuis ce moment, il impose partout sa loi, à Saint-Luc et à Sainte-Sophie de Kief, à la Nea Moni de Chios et à Daphni, dans les mosaïques vénitiennes comme dans les mosaïques siciliennes. Il inspire encore, bien des siècles plus tard, les églises de l’Athos, et ce n’est pas une médiocre preuve de la supériorité de cette école que les modèles qu’elle a fixés ou créés soient devenus désormais des types sacrés.

1. Cf. Millet, Daphni, p. 152-164, et Recherches sur l'iconographie de l'Évangile.

1. Classement des monuments. Mosaïques de Sainte-Sophie, Liste des mosaïques du x1* et du xu° siècle. — Il. Les mosaïques orientales du xr° siècle. Saint-Luc en Phocide, Sainte-Sophie de Kief. Nea Moni de Chios. Grotta- Ferrata. Nicée. Sainte-Sophie de Salonique. Serrès. Vatopédi. Daphni. —III. Lestyle des mosaïques du xr° siècle. Les figures isolées. Diversité des types. Diversité des influences. Les compositions. L'ordonnance. La facture. Le coloris. Évolution du style. — 1V. Les mosaïques occidentales du xr° et du xrr° siècle. Mosaïques vénitiennes. Saint-Marc. Chronologie des mosaïques. Les mosaïques de la fin du xr° siècle. Les mosaïques de la Genèse. Lebaptistère. Torcello. Mosaïques siciliennes. Chronologie des monuments. Cefalùu. Martorana. Chapelle palatine. Monreale. Mosaïques de Bethléem. — V. -Les mosaïques portatives.

Mosaïques de Sainte-Sophie!. — De la grande œuvre de restauration de l'art religieux qui marque le règne de Basile I, un seul monument subsiste, assez incomplètement connu. Ce sont les mosaïques de Sainte-Sophie de Constantinople, que Salzenberg, vers 1850, a partiellement relevées et publiées. La grande église de Justinien avait, vers la fin du 1x° siècle, un besoin assez pressant de restauration; le grand arc occidental surtout menaçait ruine. Basile I le consolida et le décora de mosaïques, où l’image de la Vierge portant l'enfant prit place dans un médaillon entre les deux apôtres Pierre et Paul (fig. 241). Dans le narthex, d'autre part, au tympan de la porte d’entrée, une autre mosaïque du même temps montre l’empereur, vêtu d'une riche chlamyde de soie et la tête couronnée d’un diadème de perles, se prosternant devant le Christ ; aux côtés du Sauveur, dans le champ de la mosaïque, deux médaillons d’un fort beau style représentent deux-figures symbo-

1. Salzenberg, Altchristliche Baudenkmäler von Constanlinopel; Lethaby et Swainson, The church of Sancta Sophia, Londres, 1894, et l’ouvrage cité précédemment d'Antoniadis. Cf. les renseignements que donnent sur ces mosaïques les voyageurs du xvr° et du xvir° siècle (Ebersolt, Constantinople byzantine et les voyageurs du Levant, Paris, 1919, p. 71-71, 104, 152-153).

liques, la Lumière sous les traits de l’archange Michel et la Paix sous ceux de la Vierge (fig. 242).

Le x° siècle continua à Sainte-Sophie l'œuvre du fondateur de la dynastie. En 989, à la suite d'un tremblement de terre, il fallut reconstruire la grande coupole, et à cette occasion, on la décora à nouveau. Au sommet, on représenta le Christ Pantocrator, assis sur l'arc-en-ciel, se détachant sur un fond d’or; aux pendentifs, on plaça quatre chérubins de proportions colossales, qu’on entrevoit encore aujourd’hui sous le badigeon qui les couvre ; sur les murs inscrits dans les grands arcs latéraux, prirent place, entre les fenêtres, des prophètes, et plus bas, sous des arcades, les grands docteurs de l'Église. A l’abside, enfin, trôna la Madone tenant l'enfant entre ses bras.

C'était, autant qu’on peut

Fig. 241. — La Madone. Mosaïque de l’entrevoir, l'ordonnance Sainte-Sophie de Constantinople s (d'après Salzenberg). conforme à la nouvelle formule iconographique et l'habituelle hiérarchie des puissances du monde intelligible. Les scènes du cycle évangélique se déroulaient peut-être aux voûtes du gynécée, où Salzenberg a retrouvé des restes de la Pentecôte !. Le x1° siècle, à son tour, travailla à la Grande Église. En 1098, sur l'arc oriental, Romain Argyre fit représenter le thème de l'Hétimasie, entre la Vierge et le Prodrome. D’autres empereurs encore mirent la main à cette grande œuvre de décoration. Les frères Fossati, dans des dessins malheureusement introuvables, avaient relevé les images d'Alexandre, frère de Léon VI, de Constantin Monomaque et de Zoé, de plusieurs des Comnènes, et enfin de Jean Paléologue. Mais ce vaste

1. Les voyageurs du xvi° siècle rapportent que des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament étaient représentés en mosaïques sur les murs (Ebersolt, Constantinople byzantine et les voyageurs du Levant (p. 71-72, 104.)

Joquozçes saide,

ensemble, qui ne nous est parvenu que d'une façon très fragmentaire, ne donne qu'une idée assez insuffisante de l'ordonnance décorative et de l’art de la période macédonienne ; etles autres édifices sacrés, que les empereurs du x°, du x1° et du xn° siècle élevèrent dans la capitale et parèrent de mosaïques, l’église que Léon VI édifia au Palais-Sacré en l'honneur de saint Démétrius, la Peribleptos que hâtit Romain Argyre, Saint-Georges des Manganes que construisit Constantin Monomaque,ne nous sont plus connus que par le témoignage des historiens !.

C'est donc en dehors de Constantinople, dans quelques églises de province, et en dehors même des limites de l'ancien empire byzantin qu'il faut chercher aujourd'hui les monuments de l'art qui se manifesta entre le x° et le xn° siècle. En effet, dans les contrées que des liens religieux rattachaient au patriarchat de Constantinople, dans celles qui se trouvaient placéessous la vassalité politique de l'empire ou qui subissaient l'influence intellectuelle de sa brillante civilisation, l’art byzantin fleurit comme en pleine terre. La Russie du xr° siècle, la Venise du x et du xn°, la Sicile normande du xu° s'inspirèrent dans la décoration de leurs édifices sacrés des modèles que leur fournissait l'Orient grec, et leurs monuments, admirablement conservés, nous donnent, comme on l’a remarqué, pour la période qui nous occupe, « l'impression la plus riche et la plus pleine, sinon la plus forte et la plus profonde, du génie artistique de Byzance ? ».

Liste des mosaïques du XI° etdu XIE siècle. — Pour le xr siècle, l'Orient proprement dit nous a conservé quatre grands ensembles, d’une importance considérable et d'un très vif intérêt. Ce sont les mosaïques de Saint-Luc en Phocide (commencement du x1° siècle), de Sainte-Sophie de Kief (vers 1040), de la Nea Monide Chios (milieu du xr° siècle), et de l’église de Daphni près d'Athènes (fin du xr° siècle). A ces grands ensembles il faut joindre un certain nombre de décorations fragmentaires. Ce sont, dans l'ordre chronologique, les mosaïques de l'arc triomphal de Grottaferrata, près de Rome (vers 1095), celles de l’église de la Dormition à Nicée

1. Au baptistère de Sainte-Sophie, des mosaïques, antérieures à l'an 1200, représentaient le baptême du Christ:elles étaient l'œuvre d’un certain Paul(Ebersolt, Constantinople byzantine, p. 35-36, 107); on les voyait encore à la fin du XV1° siècle. Sur les peintures de la Peribleptos (scènes évangéliques, vie dela Vierge, saints, portraits impériaux), 1bid., 116, 123, 140. Sur les mosaïques du Pantocrator (cycle évangélique), ibid., 133, 184.

Page 1