Cf. Millet, Recherches
la Bibliothèque nationale de Vienne, et qui semble bien avoir servi
à des offices du rite grec. Elle se manifeste, au moins par le caractère de l'iconographie, dans les miniatures des manuscrits qui,
entre 977 et 993, furent exécutés pour l'archevêque Egbert de
Trèves (Évangéliaire de Trèves, Psautier de Cividale), et surtout
dans d'assez nombreuses pièces d'ivoire (par exemple les deux
plaques du Vatican et du South-Kensington, provenant de l’abbaye
de Lorsch), qui sont des copies évidentes d’originaux byzantins !.
L'activité artistique des écoles de Reichenau et de Trèves, où
furent enluminés quelques-uns des beaux manuscrits de la fin du
x° siècle, les goûts d'art que manifestait un Bernward d’Hildes-
heim, établissant des ateliers dans son palais épiscopal et se fai-
sant lui-même orfèvre et sculpteur, procèdent clairement de la
connaissance que prit alors l'Allemagne de la technique, de l'icono-
graphie et du style palestiniens. El ce ne fut point là une influence
passagère, qui disparut avec Théophano et Otton III. Sous les successeurs de ce prince, en particulier sous Henri II, dont le
musée de Cluny conserve le splendide autel d'or offert à l’église
de Bâle, bien des monuments portent la marque évidente de l’art
chrétien d'Orient. C'est à ce moment que l’école de Ratisbonne, … celle de toutes les écoles allemandes qui fut le plus pénétrée
d'Orient, introduit dans l’art « un flot en quelque sorte débordant
d'éléments byzantins ? ». Le Sacramentaire exécuté pour Henri II,
que conserve la bibliothèque de Munich, témoigne « d'une étude
sérieusement approfondie de l’art byzantin à son apogée 3 » ; sauf l'iconographie, qui reste occidentale, tout y est grec, les types, les
plis des draperies, le coloris, la technique. Et pareillement la sculpture (reliefs du dôme de Bamberg ‘) puise aux mêmes sources
orientales dont s’inspirait l’école du Languedoc. On a vu déjà
comment, dans l'architecture, on observe bien des traces d'imita-
tion byzantine, et ce n'est point sans raison qu'Otton III pouvait
écrire à Gerbert : « S'il se rencontre quelqu'un pour en aider le
développement, on retrouvera chez nous comme une étincelle de
l’habileté des Grecs. » (Apud nos invenietur Graecorum industrie ae
aliqua scintilla.)
1. Graeven, Die Madonna zwischén Zacharias und Johannes (BZY x 1901).