‹ Manuel d'art byzantinChapitre 149 sur 309 · Bertaux, loc. cit · texte numérisé non relu

Bertaux, loc. cit

l'époque de Didier. Mais des qualités nouvelles apparaissent d'observation et de mouvement. Le contraste est plus frappant encore dans la grande composition du Jugement dernier qui couvre toute la paroi occidentale de l'église. Si on la compare aux représentations de la même scène qui décorent la basilique de Torcello et l'église de Reichenau, on voit que, par l’iconographie, la fresque bénédictine rappelle bien davantage le modèle germanique que le modèle byzantin. L'artiste qui, au commencement du xn° siècle, a peint cette fresque colossale, a traduit en style byzantin un programme tout latin.

Ainsi, du chef-d'œuvre exécuté par le maître grec qui décora le narthex, on passe vite à d’autres ouvrages, où seules subsistent les formules apprises à l'école des Grecs. Pour le dessin, le modelé, le coloris, pour tout ce qui est la technique, la décoration tout entière de San Angelo in Formis s'inspire de l’art savant révélé à l'atelier du Mont-Cassin par les mosaïques de Constantinople. Mais l'ordonnance de cette décoration est toute latine ; l’iconographie, en partie byzantine, est en partie occidentale aussi. On sent la rapide transformation de l'école qui, formée par les maîtres byzantins, appliqua vite à d'autres traditions les enseignements précieux qu'elle avait recueillis.

Les mêmes remarques s'appliquent aux autres peintures murales qui subsistent de l'école bénédictine. Les plus anciennes, celles par exemple qui décorent un petit oratoire au pied du Mont-Cassin, sont, comme les fresques du narthex de San Angelo, purement grecques. Celles qui décorent l’abside de la basilique de Foro Claudio (fin x1° siècle) sont une copie évidente, exécutée par des artistes bénédictins, de quelque mosaïque byzantine, ouvrage des maîtres grecs : celles de la crypte d'Ausonia mêlent à une technique qui rappelle les miniatures bénédictines du xr° siècle les traditions d'une. iconographie occidentale !. Ainsi se confirme ce qui a été dit précédemment des ouvrages et du rôle de l’école bénédictine. Elle a: dû infiniment, pour son éducation technique, aux maîtres étrangers appelés par Didier : et, de ce point de vue, on ne fera jamais trop large la part de l'influence byzantine dans le développement de l’art italien. Un abîme sépare les rudes fresques campaniennes du x° siècle, antérieures à la venue des Grecs, des œuvres savantes

1. Les mêmes remarques s'appliquent aux peintures murales de la cathédrale d'Anagni. Cf. Toesca, Gli affreschi della catledrale di Anagni, Rome,

De EST VE Ti

Page 1