LA PEINTURE BÉNÉDICTINE. SAN ANGELO IN FORMIS
qui marquent l'époque de Didier : et c'est une chose essentielle que cette complète transformation. Par les leçons et les modèles qu'ils fournirent, les cartons qu’ils donnèrent, les carnets d’esquisses et les livres à miniatures que sans doute ils apportèrent avec eux, les maîtres grecs formèrent en peu d'années des élèves, dont plusieurs semblent avoir été remarquablement doués. Mais, pour cette raison même, ces disciples aspirèrent à se libérer. Ils gardèrent ou retrouvèrent, « dans l’amas séculaire des traditions artistiques de l'Occident », bien des motifs que l’art byzantin n'avait Jamais connus ! ; et si, pendant plus d’un siècle, l'influence byzantine se conserva dans l’école, pourtant les artistes d'Italie, par bien des côtés, s’affranchirent. « Ils mêlèrent en particulier aux imitations des figures byzantines de véritables études d'après nature ; ils surent donner aux visages la douceur féminine ou l'énergie virile, aux attitudes et aux gestes l'accent de la vie ?. »
Les portes de bronze italiennes %. — La même imitalion des modèles grecs, aboutissant à des ouvrages d'un art plus original et plus libre, se manifeste dans une autre série d'œuvres. On sait la faveur qu'eurent en Italie, au xr° siècle, les portes de bronze damasquinées d'argent qu'on fabriquait à Constantinople. Dès le début du xu° siècle, à Venise et dans l'Italie méridionale, des artistes locaux imitèrent ces modèles et tentèrent de rivaliser avec les Grecs. A Canosa, à la porte du mausolée de Bohémond, prince d’Antioche, Roger d'Amalfi reproduisit les images gravées et damasquinées des portes byzantines (fig. 357), en y mêlant un prestigieux décor de rosaces et d'ornements sarrasins (1111); Oderisius de Bénévent fit de même aux deux portes de la cathédrale de Troja (1119 et 1127). L'un et l’autre maître travaillaient selon la technique byzantine, où les contours, dessinés en creux, sont avivés par des fils d'argent ou soulignés au moyen d'émaux, technique de graveur et d’émailleur plutôt que de fondeur et de sculpteur. Les artistes de la seconde moitié du xn° siècle tentèrent au contraire d'innover en substituant aux silhouettes gravées de véritables bas-reliefs en métal. C’est ce que fit Barisanus de Trani aux portes qu’il fondit pour Trani (vers 1175), pour Ravello (1179) et pour Monreale (vers 1186). C’est ce que fit Bonannus de Pise pour les portes qu'il exécuta pour le dôme de