L HYPOTHÈSE OCCIDENTALE
de luxe de ses souverains. Aucun phénomène de cette sorte ne s'observe au x et au xiv° siècle. D'où peut donc venir ce renouveau inattendu de l’art ?
L'hypothèse occidentale. — Une explication s'offre d’abord à l’esprit. Quiconque considère ces ouvrages byzantins involontairement les rapproche des fresques ilaliennes du Trecento, des peintures de l'Arena de Padoue et de l’église d'Assise, et songe que Giotlo vivait précisément au moment où apparaissent les premières œuvres et les plus remarquables de cette renaissance orientale !. On se souvient alors de toutes les influences occidentales qui pénétraient profondément la Constantinople des Paléologues, de tant de barons latins devenus princes en Orient à la suile de la quatrième croisade, de tant d’Italiens, Génois, Vénitiens ou Pisans, établis dans la capitale byzantine ou régnant sur les îles de l'Archipel, des mariages qui plus d’une fois unirent les Paléologues aux grandes familles d’Italie, Malatesta, Savoie, Montferrat, des voyages qui plus d'une fois conduisirent les basileis à Venise, à Florence, à Avignon, jusqu’à Paris ou à Londres. On se rappelle qu'à ce contact incessant de l'Occident la littérature populaire de Byzance dut une foule de motifs empruntés à nos romans de chevalerie et d'aventures. Et comme, dans le domaine de l’art même, les influences latines se sont fait sentir alors en Orient, comme des cathédrales gothiques et des châteaux français se sont élevés au xm° et au xiv° siècle pour les princes latins qui régnaient à Chypre et en Morée, comme la trace visible de l’art français se rencontre jusque dans certains monuments byzantins d’Arla, de Mistra ou de Serbie, tout naturellement on en vient à se demander s'il n’y a point eu au xiv° siècle, après la longue influence exercée par Byzance sur les arts d'Occident, comme un choc en retour qui façonna l’art byzantin sur des modèles latins, et si en un mot les maîtres admirables qui exécutèrent les mosaïques et les fresques orientales de ce temps ne doivent pas aux enseignements artistiques recus d'Italie le plus clair de leur talent.
On l’a affirmé. On a cru établir « ce fait décisif », que, « entre les Balkans et l'Italie, au xiv° siècle, il y a une étroite parenté. » On a parlé de la « collaboration intime » qui aurait, au xmr° siècle, existé entre l'Orient et l'Italie, et où l’art chrétien d'Orient aurait puisé de nouvelles forces ?. Si quelque chose cependant semble
1. Cf. Richter, Abendländische Malerei und Plastik im Orient (Zt. f. bild.
Kunst, XIII, 1878) ; Diehl, Études byzantines, Paris, 1905. 2, Millet, Recherches, 652, 684, 685-686.
aujourd'hui hors de doute, c'est bien plutôt l’action profonde, « l'influence prépondérante ! » qu'exerçait encore Byzance sur l'Italie du xm° siècle. À ce moment, on l’a vu, les peintures de
Fig. 362. — Monastère de Saint-Paul au Mont-Athos.
l'Italie méridionale sont toutes grecques, et elles le demeureront jusqu'à la fin du xiv° siècle. A ce moment, en Toscane même, les maîtres comme Giunta de Pise, Margaritone d'Arezzo, Guido de Sienne, sont des byzantinisants. Le mosaïste de la tribune du baptistère de Florence est un élève des Grecs, comme le peintre des fresques du baptistère de Parme. Jusqu'à la fin du xme siècle, l’art byzantin a incessamment transmis à l'Italie tout un trésor lentement accumulé de formes, de procédés, de conceptions du paysage,