L'HYPOTHÈSE SYRIENNE
Plus récemment, dans ses Aecherches sur l'iconographie de l'Évangile, M. Millet a soutenu une doctrine assez analogue. Pour « renouveler les formules usées de la tradition byzantine », pour vivifier un art progressivement appauvri au cours des siècles, les peintres du xiv° siècle revinrent à ces anciennes miniatures, à ces vieux manuscrils oubliés, où l’art chrétien des premiers siècles avait montré tant de richesse et d'invention. En étudiant, en imitant ces chefs-d'œuvre du passé, ils retrempèrent leurs forces, ils retrou-
vèrent « la jeunesse et l'éclat du premier âge byzantin », et ce fut
« le principe d’une sorte de Renaissance ! ». Entre les monuments de ce lointain passé, les uns s’attachèrent davantage à ceux qui représentaient la tradition hellénistique, les autres à ceux qui procédaient de la tradition orientale. Le mosaïste de Kahrié-djami copia quelque évangéliaire illustré selon la tradition de Constantinople ? ; le peintre de la Métropole de Mistra interpréta un modèle antérieur au xr° siècle, et même au 1x° * ; les peintres serbes cherchèrent dans les églises ou les bibliothèques de la capitale les chefsd'œuvre anciens dont l’imitation devait vivifier leur art.
Assurément, entre la théorie de M. Millet et celle de Schmidt et de Strzygowski, il y a cette différence qu’à côté des modèles syriens, place est faite à ceux que fournit la tradition byzantine. Mais la conclusion qui s’en dégage semble à peu près identique : si les artistes du xiv° siècle n’ont fait qu'interpréter les œuvres du passé, il n’y a eu vraiment alors aucune renaissance de l’art byzantin. Les qualités que nous constalons dans les œuvres de ce temps tiennent uniquement à ce que de bons copistes ont exactement reproduit de bons modèles anciens. Toute originalité disparaît donc, toute invention créatrice s’anéantit. Et comme, ainsi qu'on l’a vu déjà, c'est par cette même théorie du prototype qu'on s'est efforcé d'expliquer la renaissance du x1° siècle, on voit la conclusion dernière où aboutit ce que Kondakof appelle sévèrement « ce jeu archéologique # ». Pendant mille ans l’art byzantin n'a fait que se répéter, et toute son histoire se réduit, en somme, à copier éternellement des originaux, d’ailleurs inconnus.
On a montré de divers côtés tout ce que ces hypothèses ont de forcé et d’arbitraire, el tout ce qu'au surplus elles enferment