Aïnalof, loc. cit
sans qu'il en faille pourtant exagérer l'importance. Ce qui est plus essentiel, c'est le grand rôle qu'on doit, ici encore, attribuer à Constantinople dans la suprême évolution de l’art chrétien d'Orient. « Byzance, à ses derniers Jours, écrit M. Millet, a produit de vrais talents dans l’art comme dans la littérature !. » Et peut-être bien, au xiv* siècle, l’école de la capitale a-t-elle été la plus féconde, la plus vraiment créatrice, celle à qui les deux autres doivent beaucoup de leurs qualités maîtresses.
Quoi qu'il en soit, une chose demeure incontestable. Entre le xiv® et le xvi° siècle la peinture byzantine a brillé d'un merveilleux éclat et a connu une incontestable renaissance. On a dit — et je me suis déjà expliqué là-dessus — qu’elle s’est alors surtout renouvelée en remontant à des sources anciennes, en copiant les vieux manuscrits oubliés du premier âge byzantin. Que, pour retremper leurs forces, les artistes du xiv° et du xv° siècle aient étudié ces chefs-d'œuvre du passé, qu'ils aient puisé à la large tradition narrative ou pittoresque qu'avaient créée le v° et le vi° siècle, il se peut : et ce n’est point diminuer leur mérite que d’y consentir. Ce qui importe, c’est que « ces artistes aient alors innové, dans le même sens que les Italiens, sans les imiter ? » : et cela, rien n'interdit de l’admettre. Par la variété plus grande des sujets, par la complexité plus pittoresque des compositions, par la nouveauté plus pathétique ou plus tendre des gestes et des attitudes, par la richesse de l'iconographie comme par les qualités du style, une part d'invention et d’originalité se manifeste, qu'on ne saurait supprimer. Et par là ces écoles d'art ont été créatrices, et il y a eu vraiment une renaissance.
Un fait aussi bien doit être remarqué, qui semble assez significatif. Pour la première fois, ou à peu près, dans l’art byzantin, on voit apparaîtré à cetle époque des personnalités d'artistes bien distinctes. C'est le maître de Nagoritchino, Eutychios, qui, « par la pureté et la finesse de son style, la richesse et la hardiesse de son imagination ? », apparaît comme un véritable et grand artiste. C’est Caliergis de Verria (1315), que la dédicace appelle « le meilleur peintre de la Thessalie ». C'est le maître inconnu de la Peribleptos, qui atteint plus d’une fois la force expressive de Giotto. C'est Théophane le Grec et son élève Roublev à Novgorod et à Moscou : c’est Théophane le Crétois et Pansélinos, représentants au xvi° siècle des