‹ Manuel d'art byzantinChapitre 197 sur 309 · Schmidt (RA., 1912, II · texte numérisé non relu

Schmidt (RA., 1912, II

3. Ilse trouve également à Mistra, à la Peribleptos {Millet, pl. 126, 1). Manuel d'Art byzantin. T. II. 51

goût du pittoresque, manifeste dans le riche décor des paysages et des architectures, qui se substitue, avec une science assez avancée de la perspective, au fond presque monochrome des mosaïques anciennes. C'est, dans les attitudes et les types, la recherche du mouvement, de l'expression, du naturel, de l'émotion, l’observation précise, aiguë, parfois infiniment réaliste de la vie, qui se plaît

Fig. 397. — Le Christ. Mosaïques d2 la coupo!e de la Parigoritissa à Arta.

à transformer en sujets de genre les épisodes sacrés. C’est le coloris éclatant, harmonieux, succédant aux valeurs un peu ternes des ouvrages d'autrefois, et, par ses tons profonds et riches, par ses vives et lumineuses couleurs, par ses larges touches, produisant les

effets de la peinture « impressionniste ». Sans nier ces qualités,

Schmidt a essayé de les expliquer de façon assez singulière. Constatant, dans les mosaïques de Kahrié, le mélange de la perspective inverse, empruntée à la tradition orientale, et de la perspective directe, d'origine hellénistique, il trouve là tout le secret de l'originalité qu’on attribue aux artistes du xiv° siècle. C’est réduire à

bien peu de chose le grand mouvement d'art de cette époque, et il semble bien qu'il en faille chercher ailleurs les origines. Sous

KAHRIÉ-DJAMI £ 803

l'influence des humanistes du temps, l’art aussi revenait alors à la tradition hellénistique, et faisait de nouveau large place aux paysages, aux architectures, aux figures pittoresques qu'avait

Fig. 398, — Constantinople. Mosaïques de la coupole de Fetijé-djami (Phot. Ebersolt).

aimés jadis l’art alexandrin. L'école de Constantinople avait été en tout temps assez fidèle à cette tradition : et ceci suffit à expliquer les analogies que l’art du xiv° siècle peut offrir avec les modèles anciens et le caractère narratif qu'il donne à ses compositions. Mais il n'en demeure pas moins qu'il a magnifiquement développé et transformé les originaux dont il s’inspirait.

Aïnalof a essayé, de façon ingénieuse, d'expliquer les raisons de cette transformation de l’antique tradition byzantine. Frappé de l'étroite ressemblance qu'offrent les mosaïques de Kahrié avec celles

du narthex de Saint-Marc de Venise, de la manière nouvelle dont, dans les deux cycles, sont traités le paysage et le décor architectural, de la place qu'y tient la figure féminine, du changement qui apparaît dans la structure des corps, dans le dessin plus tourmenté des draperies, dans certaines attitudes et dans certains costumes, il attribue l'origine de ces innovations à l'influence de l’art roman ou gothique, à celle aussi de la peinture italienne de la fin du xinr° etdu début du xiv° siècle, et il conclut que l'aspect nouveau de l’art byzantin au x1v° siècle tient plus à ce mélange de styles différents — Trecento italien et tradition byzantine — qu’à une originalité vraiment créatrice. Sans nier l'intérêt de ces remarques, on observera toutefois que, de l’aveu d'Aïnalof lui-même, ces influences occidentales, très puissantes sur l'art byzantino-vénitien, sont en Orient vite absorbées par le milieu vivant et fort de la tradition ancienne. On doit donc, si ingénieuse que soit l'hypothèse du savant russe,

considérer les mosaïques de Kahrié-djami comme un des chefs- :

d'œuvre de l'école qui florissait à Constantinople au début du xiv® siècle et qui de là a rayonné sur l'Orient tout entier. Byzance, on l'a très bien dit, a eu dans cette renaissance « la part prépondérante. Elle a dirigé le mouvement qui portait alors les maîtres à renouveler les traditions appauvries !. »

Fetijé-djami. — Baptistère de Saint-Marc de Venise. — I reste de la même période quelques autres décorations en mosaïque.

A la coupole de l'église de la Parigoritissa, à Arta, le Christ est.

représenté en buste, de dimensions colossales, et au-dessous de lui, entre les fenêtres du tambour, des prophètes tenant en main des cartels sont debout? (fig. 397). L'œuvre, qui date du xm° siècle, est traitée encore dans le style ancien. Au contraire, dans les mosaïques de la coupole de la Fetijé djami à Constantinople, qui sont du commencement du xiv° siècle, apparaît l'art nouveau de la Renaissance ? (fig. 398). Le Christ qui occupe le médaillon central n'est plus le Pantocrator farouche et dur ; son visage est empreint, comme à Kahrié-djami, d’une bonté et d'une douceur infinies. Autour de lui, entre les nervures, douze prophètes sont représentés, et la variété de leurs attitudes, l'expression de leurs visages, les tonalités multicolores qui égaient leurs vêtements élégamment dra-

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