‹ Manuel d'art byzantinChapitre 21 sur 309 · NICÉE · texte numérisé non relu

NICÉE

également une double série de mosaïques. A l’abside, sur un fond d'or, la madone est debout, enveloppée toute entière d'un grand manteau bleu sombre et serrant à deux mains, sur sa poitrine, le Christ enfant en tunique dorée. A la courbe du grand arc qui précède l’abside, le trône de l'Hétimasie figure au sommet de la voûte, et de chaque côté, sur les retombées de l’arcade, deux anges aux grandes ailes blanches, tout resplendissants de pourpre et d'or, tiennent le globe d’une main et de l'autre élèvent une haste d'or, au haut de laquelle une tablette porte l'acclamation du Trisagion. Des inscriptions les désignent comme quatre des puissances célestes, que la liturgie met en étroit rapport avec le mystère de l’'Eucharistie. Ainsi, comme toujours, cette décoration a son intention symbolique et sa forte unité. La date malheureusement en reste assez incertaine, La construction de l’église semble remonter à la fin du vin° ou au commencement du 1x° siècle, et il se peut bien que les mosaïques soient contemporaines de la construction ‘. Une inscription assez obscure paraît désigner comme l'auteur de cette décoration un certain Naucratios, d’ailleurs inconnu : en tout cas, malgré l'allongement déjà caractéristique des figures, l'œuvre est belle et produit une assez forte impression.

Les mosaïques qui décorent le narthex appartiennent au coutraire certainement au milieu du xr° siècle, et le grand hélériarque Nicéphore, qui les fitexécuter, vivait sans doute sous Constantin X (1059-1067). A la coupole surbaissée qui précède la porte d'entrée, autour d'une croix d'or à huit branches, les quatre évangélistes sont assis dansles pendéntifs, séparés par quatre médaillons représentant le Christ, la Viergé” et deux saints. Au tympan de la porte, la Vierge orante est figurée à mi-corps, harmonieusement drapée d’un manteau violet liséré d’or ; le morceau, d’un beau style simple et grave, d'une exécution sobre et ferme, rappelle de façon frappante la Madone de Torcello et la Panagia qui décore la pierre gravée de Nicéphore Botaniate (fig. 248).

Sainte-Sophie de Salonique. — C’est de la même époque environ (milieu du x1° siècle) que date la belle décoration de la coupole de Sainte-Sophie de Salonique, où est représentée l’Ascension ?

1. I1 semble qu'à l'abside la Madone recouvre un décor plus ancien, formé par une grande croix dressée sur un tabouret, c'est-à-dire le motif que l’on trouve à Sainte-Irène et à Sainte-Sophie de Salonique,

2, Sur ce monument, dont la date a été fort discutée en ces dernières années, cf. Diehl et Le Tourneau, Les mosaïques de Sainte-Sophie de Salonique

(fig. 249). Au centre, le Pantocrator, assis sur l’arc-en-ciel, trône dans un médaillon circulaire soutenu par deux anges. Dans la

o , \ n 7° k bande circulaire s’enlève, sur un fond d’or, la Vierge orante, flan

Fig. 219. — Salonique. Sainte-Sophie. Mosaïques de la coupole (Phot. Le Tourneau).

quée de deux anges et accompagnée des douze apôtres ; des arbres séparent ces divers personnages. La gamme des couleurs n’est point fort variée ; seule, la Madone, en robe violette, tranche en vigueur sur les draperies d’un blanc grisâtre, dont les apôtres sont uni-

(Monuments Piot, t. XVI, 1909). On y trouvera l'indication bibliographique des articles de Kurth, Rjedin, Smirnotf, Strzygowski et Wulff relatifs à la question. Cf. Diehl, Le Tourneau et Saladin, Les monuments chrétiens de Salonique, p. 141-147.

formément vêtus. Mais l'exécution est d'un art très savant. Les figures sont construites avec une habileté remarquable pour que, vues du sol, elles aient les proportions exactes de la vie ; l'étude des formes atteste de réelles connaissances anatomiques ; le modelé, obtenu au moyen d’ombres vertes, est d’une délicatesse, le dessin d’une rectitude, les mouvements d'une hardiesse et d’une variété, les visages d'une expression tout à fait remarquables.

Fig. 250. — La Déisis. Mosaïque de Vatopédi (Coll. Hautes Études, C. 168):

Sans doute, quelques attitudes sont d'un art un peu tourmenté et maniéré : mais le travail est partout d'une finesse étonnante et l'ensemble extrêmement harmonieux. Seul le Pantocrator est d'un art tout différent, et si visiblement inférieur qu'il ne saurait être du ‘même temps que le reste de l'œuvre. Tout porte à croire qu'il faisait partie de la décoration la plus ancienne de la coupole, à laquelle se rapporte aussi l'inscription fragmentaire et tant discutée où se lit le nom de l’archevêque Paul ‘. Comme elle, il date pro-

1. Cf. sur cette question de date mon mémoire cité plus haut, où j'ai signaléles constatationsfaitessur place qui justifientmon opinion. Je dois noter toutefois que, contrairement à ce que j'ai affirmé, le visage du Pantocrator, comme celui des autres personnages, est modelé au moyen d'ombres vertes. Il y a là quelque chose de troublant, qui ne saurait valoir pourtant contre la

bablement du vu siècle, tandis que la Madone, les anges et les apôtres, fort étroitement apparentés du reste aux figures qu'on trouve, dans la même scène de l'Ascension, à l'une des coupoles de Saint-Marc de Venise, appartiennent sans doute à la première moitié du xr° siècle.

Serrès !. — Dansla métropole de Serrès en Macédoine, à la courbe de l’abside, la Communion des Apôtres est représentée de la même manière qu'à Sainte-Sophie de Kief. Malgré l'incendie de 1849, qui a fort endommagé cette décoration, on voit que l'artiste s'était cfforcé, pour éviter la monotonie inévitable de la composition, de donner aux apôtres des attitudes variées, et qu'il avait su, par le traitement des vêtements comme par la vérité des poses, introduire dans son œuvre un profond sentiment de vie. Les traits caractéristiques des visages, le goût du coloris brillant, la ferme élégance du dessin rapprochent ces mosaïques de celles de Daphni et permettent de les attribuer à la fin du xr° siècle (fig. 234).

Vatopédi ?. — C'est de la même époque que datent les mosaïques du catholicon de Vatopédi. Les deux personnages de l'Annonciation y figurent, comme à Kief, se faisant face aux deux piliers du sanctuaire, et une seconde fois aux côtés de la porte royale. Au tympan de cette porte, comme à Grotta-Ferrata, est représentée la Déisis, symbole du Jugement dernier (fig. 250). Enfin, à Kief, dans l'église de Saint-Michel, qui date de 1108, la Communion des Apôtres décore, comme à Sainte-Sophie et à Serrès, l'hémicycle de l'abside. Toutes ces œuvres, auxquelles on pourrait joindre les mosaïques de Saint-Marc et de Trieste, dont il sera question plus loin, sont étroitement apparentées au grand ensemble décoratif dont il reste à parler maintenant, aux mosaïques de Daphni près d'Athènes.

Daphni 3. — Le long de l'antique voie sacrée qui menait d’Athènes à Éleusis, à l'endroit où la route franchit par un étroit défilé les derniers contreforts du Parnès, s'élève, dans un site ombreux et char-

différence éclatante du siyle et du dessin. Aïnalof (Viz. Vrem. 1908, p. 535 et suiv.), pense, à tort selon moi, que les mosaïques de la coupole sont, comme celles de l’abside, du 1x° siècle.

1. Perdrizet et Chesnay, La métropole de Serrès (Mon. Piot, X, 1904).

2. Bayet, Mémoire sur une mission au Mont-Athos (Arch. des Missions, 1876) ; Brockhaus, Die Kunst in den Athos-Klôstern, Leipzig, 1891 ; Kondakof, Monuments de l'art chrétien à l'Athos, Pétersbourg, 1902 (russe), p. 100 suiv., les attribue au xiri° ou xrv° siècle,

3 Millet, Le Monastère de Daphni, Paris, 1899. Cf. Lampakis, Xetstiavtzn apyaohoyia ts uovñs Aagviov, Athènes, 1889, et ‘H uovn Aaœviou uetx tàc ériozxevdc, Athènes, 1899.

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mant, la petite église monastique de Daphni. L'édifice actuel date du milieu du xr° siècle ; longtemps laissé à l'abandon, il a, en outre, fort

Fig. 251. — L'entrée du Christ à Jérusalem. Mosaïque de Daphni (Coll. Hautes Études, B. 333).

souffertdes tremblementsdeterre, qui ont assez sérieusement endommagéles belles mosaïques quidécorent le monument. Restauréesentre

4 être av zÈ cessif qui les fit briller d’une 1889 et 1894, peut-être avec un zèle excessif qui les fit b

trop fraîche nouveauté, ces mosaïques, qui datent de la fin du x1° siècle, peuvent compter parmi ce que l'art byzantin nous a laissé de plus parfait. « Des mosaïques contemporaines, écrit M. Millet, Daphni se distingue parune supériorité très prononcée, par la variété, la souplesse, l'élégance du dessin, la finesse du modelé, la richesse du coloris, enfin, dans les compositions, par une véritable invention aussi bien pour les gestes que pour l'interprétation des thèmes et la disposition des lignes et des masses. La réelle beauté de ces mosaïques est un phénomène surprenant *. »

L'ordonnance de cette décoration ressemble fort à celle de Saint- Luc, que Daphni rappelle au reste par son plan et sa structure. À lacoupole, dans un large champ d'or, un buste colossal du Pantocrator occupe tout le sommet de la voûte ; autour de lui, debout entre les fenêtres du tambour, seize prophètes, tenant en main des cartels déroulés où se lisent des textes sacrés, proclament la gloire du Dieu créateur ou annoncent la venue de son règne. A la conque de l'abside, la Vierge est assise (presque complètement détruite aujourd'hui)et, dansles hémicycles latéraux, les archanges Michel et Gabriel lui font cortège. A la voûte d’arête du sanctuaire apparaît le thème de l'Hétimasie et, dans les absides latérales, sont rangés les personnages qui se rattachent au cycle eucharistique, prêtres de l’ancienne alliance tels qu'Aaron et Zacharie, docteurs de l'Église comme Grégoire le Thaumaturge ou Grégoire d’Agrigente, évêques et diacres. Le Prodrome, prédécesseur immédiat du Christ, est également rattaché au mystère : il occupe la niche de l'absidiole de gauche.

Dans l’église, les martyrs, représentés soit dans des médaillons, soit en buste, soit en pied, se répartissent au haut des chœurs et sous les bas-côtés occidentaux. Mais l'essentiel de la décoration est formé par les grandes compositions représentant le cycle des fêtes du Christ et de la Vierge (fig. 251). Elles occupent treize panneaux, et se déroulent, en faisant le tour de l'église, de gauche à droite, et de haut en bas. Comme à Saint-Luc, une place spéciale, bien en vue, a été réservée à la Crucifixion (fig. 237) et à l’Anastasis (fig. 238), qui s'opposent symétriquement dans les deux panneaux latéraux des chœurs ; autour de ces points fixes se yroupent les autres compositions, quatre aux trompes d'angle comme à Saint-Luc, les autres dans les chœurs, la Dormition

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