NEA MONI DE CHIOS
dans les deux absidioles, des archanges Michel et Gabriel. Enfin, dans l'église et le narthex, se déroule le cycle des grandes fêtes. Huit d’entre elles, les plus importantes, occupent les quatre trompes et les quatre niches ménagées au-dessus des quatre extrémilés de la croix : elles se succèdent de gauche à droite, de l’Annonciation à la Descente aux limbes ; sept d’entre elles sont assez bien conservées : la Nativité est détruite. Dans le narthex, quatre autres fêtes, Lazare, Entrée à Jérusalem, Ascension, Pentecôte, remplissent deux panneaux du mur oriental et deux voûtes. Aux panneaux des extrémités, sont représentées deux scènes accessoires, le Lavement des pieds, comme à Saint-Luc, et une compo-
sition où Strzygowski veut reconnaître le Christ prèchant, mais où
il faut voir plutôt Jésus priant à Gethsémané.
Les figures isolées tiennent peu de place dans cette décoration : on ne les trouve que dans le narthex. Au-dessus de la porte d'entrée, on voit les restes d’un buste colossal du Christ; dans la petite :
- coupole qui couvre le carré en avant de cette porte, la Vierge orante, dans un médaillon, est entourée de huit saints guerriers, placés sous des arcades. Sur le mur occidental enfin, les prophètes Daniel
et Isaïe et quatre saints stylites occupent les côtés de la porte et des deux fenêtres.
Les mosaïques de la Nea Moni font apparaître plus nettement encore que les précédentes le style nouveau dont nous avons signalé déjà les innovations caractéristiques ; par le caractère plus élégant du dessin, la recherche de l'effet pittoresque, la richesse plus écla-
tante du coloris, elles annoncent le chef-d'œuvre que réaliseront
les mosaïstes de Daphni à la fin du xr° siècle. Mais, avant d'analyser ce dernier ensemble, le plus remarquable assurément par l’originalité de l'invention et la réelle beauté de l'exécution qu’ait produit le moyen âge byzantin, il faut passer brièvement en revue quelques décorations du même temps, conçues dans le même esprit, mais dont il ne subsiste que des fragments.
Grotta-Ferrata !. — L'abbaye basilienne de Grotta-Ferrata, près de Rome, conserve deux morceaux décoratifs qui datent du xr° siècle. Sur l'arc triomphal de l’église, consacrée en 1025, est représentée la Pentecôte, où déjà les draperies blanches des apôtres se colorent de quelques notes plus foncées. Au tympan de la porte
1. Frothingham, Les mosaïques de Grottaferrata (Gaz. archéol., 1883) ; Ber-
taux, L'art dans l'Italie méridionale, Paris, 1904, p. 304 suiv.; Baumstark, 1} musaico degli apostoli nella chiesa di Grottaferrata (OCh. IV, 1904).
d'entrée, d'autre part, une autré mosaïque figure la Déisis, où un higoumène du monastère apparaît aux pieds des PROS divins; ce panneau date probablement de la fin du xr° siècle, comme semblent l'indiquer la variété et la recherche du coloris. Les deux
Fig. 248. — Madone orante. Mosaïque de Nicée (Phot. Wulff).
œuvres, en tout cas, quoique perdues dans une région assez incomplètement soumise, on le verra, à l'influence byzantine, sont, comme il est naturel au reste dans ce couvent tout oriental, de style purement grec.
Nicée *. — A Nicée, la petite église de la Dormition possède
1. Dich]l, Mosaïques byzantines de Nicée (BZ., I, 1892); Wulff, Die Koimesiskirche in Nicäa und ihre Mosaiken, Strasbourg, 1903 ; Diehl, Études byzanlines ; Grégoire, Le vérilable nom de l'église de la Koïunots à Nicée (Revue de l'Instruclion publique en Belgique, t. 51 (1908), et le travail de Schmidt dans les Izv. de l'Institut russe de CP, t. XVII. Cf. Strzygowski, Maria orans (RQ., 1893).