‹ Manuel d'art byzantinChapitre 222 sur 309 · LE MONT-ATHOS · texte numérisé non relu

LE MONT-ATHOS

presque aucune décoralion n’est plus ancienne que de xvi° siècle. « La décoration de chaque église, écrit Bayet, se renouvelle en entier environ tous les trois ou quatre siècles. »

Il ne faudrait donc point croire, comme on l’a fait longtemps, que dans les peintures de l'Athos se manifeste l'effort principal de l’art byzantin. Est-ce à dire pourtant qu’elles soient sans intérêt ? Nullement. D'abord, même dans les œuvres de date assez récente, on retrouve quelque chose encore de l'inspiration originale, et comme un reflet lointain de la grande école de décoration qui fleurit à l'époque des Paléologues : et par là ces vastes cycles de peintures, qui se distribuent en zones parallèles du bas des murs au sommet de la coupole, ces milliers de figures qui tapissent les parois des églises, se détachant en vigueur sur le fond bleu des fonds, produisent une impression grandiose et puissante, à laquelle n'échappe aucun de ceux qui visitent la Sainte-Montagne. Et d'autre part, sans parler même des mosaïques précédemment signalées, restes de décorations plus complètes, qui appartiennent, les unes au xiv°, les autres au x1° siècle, il existe à l’Athos quelques groupes de fresques que l’on peut, malgré les restaurations, faire remonter avec certitude jusqu'au xiv° et au xv* siècle ; et dans ces vieilles peintures, naïves et savantes tout ensemble, apparaît à son apogée l’art nouveau que créa Byzance à son déclin.

Le peintre Manuel Pansélinos. — S'il en faut croire le livre connu sous le nom de Guide de la peinture, dont on parlera en détail un peu plus loin, un artiste illustre aurait été à l'Athos l'ouvrier de cette grande Renaissance, et, coordonnant le travail de formation iconographique qui s’élaborait depuis des siècles, il l’aurait fixé en des œuvres merveilleuses. Ce maître, originaire de Thessalonique, s'appelait Manuel Pansélinos. « Après avoir travaillé, est-il dit de lui, dans les églises admirables qu'il a ornées de peintures magnifiques dans la Sainte-Montagne de l'Athos, ce peintre jeta autrefois un éclat si brillant par ses connaissances dans son art, qu'il était comparé à la lune dans toute sa splendeur. Il s'est élevé au-dessus de tous les peintres anciens et modernes, comme le prouvent encore évidemment ses peintures sur mur et sur bois !. » Ailleurs, il est question des « originaux du célèbre Manuel Pansélinos », que l’auteur du Guide recommande à l'étude des jeunes peintres, en les engageant à imiter les proportions que le maître a

1. Didron et Durand, Manuel d'iconographie chrétienne, Paris, 1845, p. 7-8.

données à ses, personnages et « le caractère de ses figures ». Il est fait mention enfin de certains procédés techniques qui lui sont attribués. à

On a fort discuté, depuis que ces passages sont connus, sur l’époque où vivait celui qu'on a nommé tour à tour « le Raphaël » ou

Fig. 417. — Saints guerriers. Fresques de Saint-Paul à l'Athos (Coll. Hautes-Études, B. 92).

« le Giotto de la peinture byzantine ». On l’a fait vivre successivement au x1° et au xin° siècle, aux premières années du xiv°, et plus vraisemblablement enfin dans la première moitié du xvi !. Il n'est

guère plus aisé de savoir s'il subsiste quelque œuvre de ce maître

1. Cf. Bayet, Noles sur le peintre byzantin Manuel Pansélinos (RA., 1884, I); Nikolskij, loc. cil,, 22-36 et Millet, Recherches, 656-657.

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