L'ORFÈVRERIE
archanges Michel et Gabriel qu’on conserve au monastère de Djoumali en (xéorgie (xiv' siècle), et ceux de l’image de la Madone de Smolensk, au couvent de la Trinité près de Moscou, où sont figurés au repoussé les donateurs Constantin Acropolite et Marie Comnène (fin xm° s.). Enfin, à Vatopédi, un nimbe d'icone du xv° siècle (fig. 448) montre un travail d'ornement assez délicat. On trouverait aisément à citer d’autres monuments de l'orfèvrerie pour cette période. Ceux qui ont été signalés suffisent à montrer quelle habileté technique, quelle virtuosité conservaient encore, surtout dans l’ornementation, les artistes qui travaillaient le métal. Dans l’ensemble pourtant, et si l’on met à part un petit nombre d'œuvres vraiment remarquables, il y a ici décadence évidente par rapport à la brillante floraison du xr° et du xnr° siècle. C'est qu'au développement de ces arts de luxe la misère des temps était singulièrement funeste. C’est pourquoi, tandis que la fresque, l'icone et la broderie ont occupé de vrais artistes, le travail des matières riches, les techniques difficiles ou patientes, ivoires, émaux, orfèvrerie, ont été peu à peu abandonnés. Dans le grand mouvement de renaissance qui marque la dernière évolution de l’art byzantin, c’est dans ces arts mineurs qu'il y a assurément le moins d'originalité créatrice.
Au terme de ces longues études sur l’art byzantin, il faut résumer brièvement les traits essentiels et caractéristiques de son histoire.
IL naquit au moment où le christianisme triomphant réclamait des formes d'art nouvelles, au moment aussi où le réveil des vieilles civilisations indigènes contenait et refoulait dans tout l'Orient l'essor longtemps victorieux de l'hellénisme. En conséquence, et bien qu'il demeurât essentiellement l'héritier et le continuateur de la tradition grecque classique, le nouvel art chrétien dut énormément aussi aux influences orientales. C'est la combinaison de ces éléments divers qui fit son originalité propre ; c'est ce mélange de deux esprits différents, de deux traditions rivales, qui introduisit dans l’art byzantin ce mélange de libre fantaisie et d'immobilité solennelle qui fut, aussi longtemps qu'il dura, un de ses caractères les plus remarquables. |
Les découvertes de ces dernières années nous ont révélé la merveilleuse floraison d’art qui, entre le 1v°et le vi° siècle, s'épanouit en Syrie, en Mésopotamie, en Égypte, en Asie Mineure, en Arménie, et dans les grandes villes hellénistiques pénétrées par l'esprit du vieil Orient. On ne saurait assez dire tout ce que Byzance dut à ce puissant mouvement artistique ; mais ce qu'il faut dire aussi — et on n’y saurait insister trop fortement — c'est que le point où ces influences diverses se rencontrèrent, se coordonnèrent, se combi- nèrent, ce fut Constantinople. Et voilà pourquoi le nouvel art chrétien d'Orient peut légitimement s'appeler l’art byzantin.
Au vr siècle, cet art créa un chef-d'œuvre d'architecture : Sainte- Sophie, merveille de science et d'audace, œuvre incomparable, où se réalisa avec une prodigieuse ampleur la forme caractéristique de la construction byzantine, la coupole. Dans ce monument {ype, l’art byzantin manifesta en même temps ce goût et ce sens de la décoration, qui demeurera toujours désormais une de ses préoccupations essentielles : et ici encore, pour satisfaire ces aspirations, cet art sut être créateur. Rome avait surtout employé la mosaïque
pour couvrir le sol de pavements multicolores ; Byzance la redressa le long des murailles et en fit le plus somptueux des revêtements. La mosaïque fut un des moyens d'expression les plus caractéristiques de l’art byzantin ; et les monuments de cette période, Saint-Démétrius de Salonique, Saint-Apollinaire-Neuf ou Saint-Vital de Ravenne, attestent magnifiquement le puissant effet décoratif qu’elle sut produire par un petit nombre de tons simples et éclatants.
Dès ce moment aussi l'art byzantin, dans les manifestations de l’art
religieux comme dans celles de l’art profane, se révélait tout …
ensemble comme un art de luxe et comme un art officiel. Le style historique et monumental y remplaçait chaque jour davantage le style pittoresque ; l'influence de l'Église qui l'employait y introduisait une croissante uniformité. Pourtant cet art n’oubliait point — les miniatures et les ivoires de ce temps le montrent — les traditions charmantes de l’art hellénistique ; 1l ne perdait point surtout ce contact avec la nature et la vie, qui permet à un art de se renouveler.
Et en effet il se renouvela. La révolution iconoclaste, tout en lui portant des coups sensibles, l’arracha à sa torpeur commençante et lui infusa une fraîcheur et une vie nouvelles. La période qui va du ix° au xi° siècle fut pour l'art byzantin un second âge d’or, où le goût renaissant de l’art antique et profane, se mêlant aux goûts de décoration et de luxe qu’entretenait l'influence de l'Orient, produisit d'exquises merveilles.
Sans essayer d'imiter l’incomparable modèle de Sainte-Sophie, les architectes, sur le thème de la coupole, brodèrent d’ingénieuses et charmantes fantaisies ; ils donnèrent à l'extérieur de leurs édifices la parure polychrome qui déjà en décorait l’intérieur. Les Saints-Apôtres et la Nouvelle-Église furent pour le ix° siècle ce que Sainte-Sophie avait été pour le vr° ; et Saint-Marc de Venise, qui reproduit le premier de ces monuments, nous montre, avec le magnifique revêtement de ses marbres et de ses mosaïques d'or, toute la splendeur de l’art byzantin à son apogée.
Dans tous les domaines de l’art, ce fut une semblable floraison. Des mosaïques comme celles de Daphni, des miniatures comme celles du Psautier de Paris ou du Grégoire de Nazianze peuvent compter parmi ce que Byzance nous a laissé de plus parfait ; et les solerles somplueuses aux nuances de pourpre et d’or, les ivoires délicatement ouvragés, les émaux où la technique la plus savante s’unit aux plus chatoyantes couleurs, donnent une impression inou-
bliable de luxe raffiné et d'élégance rare. Sans doute il arrive que, dans les plus belles œuvres de cet art, où subsiste presque intacte la pure tradition classique, l'influence de l'Orient mette parfois quelque raideur ; qu'à l'art impérial, plus libre, plus profane, se substitue assez vite un art religieux, plus attaché aux traditions du passé et aux enseignements de l'Église ; qu'enfin, comme dans tout art de luxe, la matière vaille souvent autant et plus que le travail, et que l'artiste ne soit qu’un artisan. Il n'importe. Cet art byzantin du second âge d'or n'a point perdu le sens de la vie ; s’il sacrifie beaucoup à la tenue, à la discipline, au respect de la tradition qui se fixe par l’iconographie, il n’a point renoncé à tout effort créateur. On y sent une évidente recherche du pittoresque, du mouvement, de l'expression, une observation aiguë, souvent réaliste, de la vie et du milieu contemporain, une incessante volonté de se renouveler ; on y trouve enfin un goût et un sentiment de la couleur qui sont une des nouveautés les plus caractéristiques de ce temps. Ainsi une évolution se dessine, qui transforme cet art et l’achemine vers des voies nouvelles : la Renaissance du xrv° siècle en sortira.
Sur l'empire décadent des Paléologues l’art mit en effet un dermer rayon de gloire. Dans les mosaïques de Kahrié-djami comme dans les fresques de Mistra, dans les peintures des églises serbes comme dans les monuments anciens de l’art russe, dans les chefsd'œuvre de la broderie comme dans les vastes cycles de fresques qui décorent les monastères de l’Athos, s'épanouissent toutes les grandes et charmantes qualités que faisait pressentir l'art du xi° siècle. C’est, dans la composition plus soupie, un tour plus pittoresque, une émotion plus pathétique ou plus tendre, un mouvement plus vivant et plus vrai, et comme un retour à l'antique tradition des scènes de genre hellénistiques ; c'est, dans l'exécution, un coloris savant, harmonieux, d’une technique tout « impressioniste ». Et ce n’est point un médiocre éloge pour les maîtres qui illustrèrent cette dernière évolution de l’art byzantin, que leurs æuvres aient semblé comparables aux meilleurs ouvrages des primitifs italiens.
Au total, pourtant, dans tout cet art byzantin, on rencontre peu d'œuvres de maîtrise véritable ; et, en dehors de quelques rares monuments d’une qualité tout à fait supérieure, cet art, pour parler franc, intéresse plus qu’il n'émeut. Il y aurait pourtant quelque injustice à juger l'art byzantin d’après cette simple constatation. D'abord, beaucoup des œuvres qu'il a produites ont péri, monuments
de l'architecture, de la peinture, de l'orfèvrerie, et parmi elles il en était certainement de remarquables. On a justement remarqué que, si Mahomet Il avait détruit Sainte-Sophie comme il détruisitles Saints- Apôtres, nous soupçonnerions à peine le génie créateur des architectes byzantins. De semblables accidents nous ont à coup sûr fait perdre plus d'une œuvre éminente. Il ne nous reste presque aucune des mosaïques qui décoraient les innombrables églises de Constantinople ; il ne nous reste aucune des œuvres de cet art profane qui remplissait les palais de la capitale. Nombre d'ouvrages fameux, que mentionnent les documents, ont disparu dans les tourmentes où sombra l'empire byzantin. Au vrai, nous ne connaissons cet art que par ses débris.
Il faut avouer cependant, d'autre part, que cet art byzautin est demeuré trop attaché au passé, qu'il a été trop comprimé par l'Église pour s'affranchir jamais pleinement de cette double sujétion, et qu'il aen conséquence trop souvent borné son effort à répéter et à copier au lieu de créer, qu'il a bien vite fixé en formules ses trouvailles les plus fécondes. Il est certain que, par le contact qu'il gardait avec le monde hellénique, par les modèles admirables que lui offrait l'antiquité, l'art byzantin a eu, moins que d’autres arts, le souci d'inventer. Encore ne faut-il point, on l'a vu, exagérer ce manque prétendu d'originalité et d'invention. Et en tout cas, tel qu'il fut, — et c'est ce qui fait son importance dans l'histoire, — cet art a exercé une action considérable sur tout l’art du moyen âge, en Orient aussi bien qu'en Occident. Certes il reste actuellement bien des points obscurs pour qui prétend l’étudier ; bien des questions sont posées, qui seront résolues plus tard... ou jamais. Mais un fait domine tout. Dans tout le monde chrétien, des coupoles de Kief aux églises d'Italie, Byzance apparaît, durant tout le moyen âge, commeda grande initiatrice ; elle a, par la prodigieuse expansion de l'art qu'elle créa, tenu une place éminente dans l'histoire de la civilisation et par là, quelle que soit sa valeur propre, cet art mérite à coup sûr l'attention et l'estime de l'historien.
Page x1v, 1. 3. —— Ajouter l'important ouvrage de Dalton, East christian art, Oxford, 1925, et H. Glück, Die christliche Kunst des Ostens, Berlin, 1923.
Page 27, note 1. — Ajouter à la bibliographie : Beyer, Der syrische Kirchenbau, Berlin, 1995.
Page 63, 1. 23. — Au lieu de : vers la fin du 1v° siècle, Lire : vers 440.
Page 64. — Sur le Couvent Blanc et le Couvent Rouge, cf.
Monneret de Villard, Les couvents près de Sohag, t. I, Milan, 1995. On y trouvera (p. 48-58) une intéressante étude sur le plan tréflé, que l’auteur croit d’origine syrienne plutôt que constantinopolitaine. Quant aux coupoles des deux églises égyptiennes, elles ne faisaient point partie de la construction primitive, qui était couverte en bois. (p. 43.)
Page 92, 1. 29. — Sur la vogue qu'aurait eu ce plan aux iv° et v®° siècles, cf. Sotiriou, Über die Ausgrabungen der antiken christ. Denkmäler in Griechenland, dans Bull. de la section hist. de l'Académie roumaine, t. XI, Bucarest, 1924, qui peut-être en exagère un peu la diffusion.
Page 99, note 1. — Une basilique à coupole du v° siècle se rencontre peut-être aussi à Athènes dans la basilique de l’Ilissus (Sotiriou, Ilaata yotsriavixn Brsthixn ‘Tatood, dans ’Ascy.'epnueoic, 1919).
Page 131,1. 2. — Sotiriou, Über die Ausgrabungen der antiken christlichen Denkmäler in Griechenland, dans Bull. de la section historique de l’Académie roumaine, t. XI, Bucarest, 1924, pense au contraire que l’église avait primitivement la forme d'une croix, et qu'une coupole couronnait peut-être la croisée. L'incendie du vir siècle amena la disposition actuelle.
Page 146, note 1. — Ajouter : Weigand, Neue Untersuchungen über das Goldene Tor in Konstantinopel (Ath. Mitt.,t. 39 (1914), p. 1-64), qui pense, contrairement à Strzygowski, que le monument entier date de la première moitié du v° siècie, la grande porte intérieure ayant été construite entre 425 et 430, l’extérieure en 447.
Page 205, note 1. — Ajouter à la bibliographie Benesevic, Monumenta Sinaitica, fasc. 1, Leningrad, 1925 (russe), où il y a (pl. 2-7) d'excellentes reproductions des mosaïques.
Page 298, note 2. — Ajouter à la bibliographie : Wulif et Alpatof, Denkmäler der Ikonenmalerei, Hellerau, 1925, chap. I, p. 3-36.
Page 247,1. 14. — Aprés: telles que..., ajouter : la visite d’Isaac chez Abimelech (fig. 118).
Page 247, 1. 17.— Supprimer : fig. 118.
Page 262, dernière ligne. — Au lieu de : Autriche, lire : Antioche.
Page 277, 1. 6. — Au lieu de: figurent, lire : figures.
Page 339, L. 10, et p. 389, L. 25. — Lire : Germigny-des-Prés.
Page 352, 1. 2. — Au lieu de : la Vierge... debout, lire : la Vierge. assise sur un trône.
Page 406, note, 1. 2-3. — Au lieu de : Jean Tzimitzik, lire : Jean Tzimitzès.
Page 435, note 2. — Ajouter : Sur les origines et le développement de ce plan, ef. Sotiriou dans Bull. de la section hist. de l’Académie roumaine, t. XI, Bucarest, 1924. Un exemple intéressant de ce type se rencontre dans la basilique de Salone.
Page 518, note 1. — Ajouter : Wulff, Die Mosaiken der Nea Moni von Chios (B. Z., t. XXV, 1995, p. 115-143). Le mémoire de Schmidt a été imprimé, mais le t. XVII des Zzveslia n'a point paru.
Page 520, note 1. — L'étude de Th. Schmidt, indiquée dans cette note, a été imprimée, mais le volume des /zveslia n'a point paru. Toutefois les conclusions en sont résumées dans une note de la B.Z.,t. XXV, p. 260. Schmidt fait remonter au vrr° siècle, et peutêtre au vi, les deux belles figures d’anges qui décorent la courbe du grand arc précédant l’abside. La madone de l'abside, sous laquelle apparaît une décoration plus ancienne représentant la croix, serait postérieure à 787. Les mosaïques du narthex enfin sont du xI° siècle. Ainsi l'église de Nicée montrerait, par trois séries d'œuvres importantes, l’évolution de style qui s’accomplit dans l'école de Constantinople. L'exploration faite à Nicée en 1911 par Schmidt avait en outre fait découvrir sous l’enduit qui les cachait deux belles icones en mosaïque, celles du Christ AVTISOVNT AE et de la Vierge £Aeoëoa. De toute cette magnifique décoration, fort endommagée déjà en 1921 par les Tures, il ne reste plus rien aujourd'hui (Cf. B.Z., XXV, 267-269) ; l'église est complètement ruinée, et c'est une perte irréparable.
Page 567, note 2. — Ajouter : Le tome I de cet ouvrage paraît
au moment où s'achève l'impression de mon livre. Je le signale, * sans avoir pu l'utiliser.
Page 586, 1. 29. — Ajouter : Dans l’église de Saint-Dimitri à Vladimir, on a découvert en 1919 de remarquables fragments d’un Jugement dernier, datant de la fin du xn° siècle : elles sont certainement l’œuvre d’un maître grec et semblent bien l’œuvre la plus remarquable que l’art byzantin ait produite en Russie au xu° siècle (EL. Grabar, Les fresques de Saint-Dimitri à Vladimir, dans l'Art russe, n° 2-3, 1923) (russe).
Page 588, note 1. — Ajouter : On consultera l'ouvrage cité de Waulff et Alpatof, chap. II, p. 39-79.
Page 589, I. 20. — Ajouter : Une belle icone du Christ, que Benesevic fait remonter au vin® ou 1x° siècle, se trouve au monastère du Sinaï (Benesevic, Monumenta Sinailica, fase. 1, Leningrad, 1925, pl. 17 et p. 18-27).
Page 594, 1. 7 — Ajouter : On signale, dans le même musée, deux remarquables icones du xu° siècle, représentant l’Anastasis et la Descente du Saint-Esprit, et qui procèdent de la tradition orientale.
Page 836, note 1. — Ajouter à la bibliographie : Mouratof, L'ancienne peinture russe, Rome, 1925.
Page 864, note 1. — Ajouter : Wulff et Alpatof, ouvrage cité, chap. IV, pour les icones byzantines de l’époque des Paléologues; chap. III et V pour les icones russes du xim° au xvi° siècle.
Page 870, note 1. — Cette mosaïque se trouve actuellement au Victoria and Albert Museum à Londres (Dalton, East christian art, pl. XLVI).