‹ Manuel d'art byzantinChapitre 3 sur 309 · LES MOSAÏQUES DES SAINTS-APÔTRES · texte numérisé non relu

LES MOSAÏQUES DES SAINTS-APÔTRES

Transfiguration au sommet de la coupole; à l'est, c'était la Passion, où la Crucifixion tenait la place principale ; au sud, c'étaient les épisodes évangéliques consécutifs à la résurrection, parmi lesquels l’Ascension sans doute occupait la coupole; dans le bras occidental enfin, les apôtres évangélisant les peuples étaient figurés sur les murailles, dominés à la coupole par l’imposante représentation de la Pentecôte. Tous ces sujets se déroulaient à partir du bras nord de la croix, de gauche à droite et de bas en haut !. Malheureusement il est assez malaisé de déterminer si cette décoration datait du siècle de Justinien ou de celui de Basile I. Heisenberg donne des raisons assez fortes pour l’attribuer au vr° siècle ?. C’est en particulier un fait très remarquable que la Descente du Christ aux limbes, sujet constamment représenté à partir du1x° siècle, manquait certainement dans les mosaïques des Saint-Apôtres, et que la Résurrection était figurée par l'épisode des Saintes Femmes au tombeau, Et d'autre part, il n’est plus aujourd’hui possible de croire, comme le donnait à penser le texte mutilé de Constantin le Rhodien, que ce cycle de mosaïques représentait, groupées autour de l’image du Christ, les grandes fêtes de l’année liturgique. Cette décoration semble avoir eu pour objet bien plus de raconter les scènes de l'Évangile que d'exprimer des idées dogmatiques, et cette tendance historique correspond mieux à l'esprit du vi° siècle qu'à celui du 1x°. Et pourtant l’ensemble de cette ordonnance trahit, non seulement une recherche de l'effet pittoresque, mais une conception voulue et profonde, qui surprend un peu au temps de Justinien. La manière dont les coupoles expriment, autour du buste du Christ, les scènes qui mettent en relief la nature divine du Sauveur (Transfiguration, Ascension, Pentecôte), la place éminente faite à la Crucifixion dans le sanctuaire, s'accordent bien avecle système décoratif quise crée à partir du 1x° siècle. L'image du Pantocrator, telle que la décrit avec précision Nicolas Mésaritès, avec son vêtement bleu strié d'or, son air menaçant et sévère, son attitude de juge prêt à redescendre sur la terre, correspond au type habituel du x° et du xr° siècle, et la place qu’il occupe au sommet de la coupole principale est pareillement un trait caractéristique de la nouvelle ordonnance décorative. - La façon dont, autour dece motif central, les arcs de la grande coupole groupent lesscènes montrant le Christ parmi les Apôtres (Cène,

1. Cf. sur cette disposition, Heisenberg, loc. cit., 140-165. 2. Ibid., 168-171, Cf. les travaux de Heisenberg et de Bees cités p. 204. 3. Millet, Art byz., 190.

484 à LA DÉCORATION INTÉRIEURE DES ÉGLISES

Incrédulité de Thomas, Mission des apôtres) n’est pas moins digne d'attention: et la liste des apôtres représentés, qui, aux douze disciples historiques, substitue huit apôtres augmentés des quatre évangélistes, est celle qui apparait presque constamment dans les monuments du x° et du x: siècle. Il n’est pas jusqu'à ce détail pittoresque et réaliste de l'artiste se représentant dans la scène des Saintes Femmes, « dans le costume et sous l'aspect extérieur qu'il avait en son vivant », qui n’étonne un peu au vi° siècle. Et Heisenberg lui-même est obligé d'accorder que cette décoration, par certaines intentions théologiques qu'on y observe, « forme un acheminement vers l’art du moyen âge byzantin, dont l’objet essentiel est de servir les fins pratiques d'une dogmatique fixée en formules précises et immuables 1».

Quoi qu'il en soit, l'ordonnance des mosaïques des Saints-Apôtres apparaît comme quelque chose d’assez nouveau, où se trahit la main d'un grand artiste, et telle qu'elle est, elle achemine visiblement au système décoratif qui, à partir du 1x° siècle, mettra en relief, parmi les épisodes évangéliques, ceux qui se rapportent aux grandes fêtes du Christ ; et ainsi elle prépare, en somme, à côté de l'ordonnance de la Nea, « une autre formule précise, solide, qui complète la première, et par suite se combinera avec elle ? ». De cetle combinaison sortira l’iconographie nouvelle, qui dominera désormais l’art byzantin.

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