‹ Manuel d'art byzantinChapitre 32 sur 309 · Millet, Daphni · texte numérisé non relu

Millet, Daphni

soie brodées d'argent et d'or, habits de luxe, ivoires, émaux et bijoux précieux. Mais ces négociants avisés ne rapportaient pas que des marchandises : avec les objets matériels, les idées, les costumes, les mœurs de Byzance pénétraient dans la cité des lagunes; avec les chefs-d’œuvre de l’art s’introduisaient les formes d'art; et tout naturellement la ville se modelait sur l'Orient. Aussi, quand Venise voulut construire, elle ne trouva point, pour ses édifices religieux, de meilleurs modèles que ceux de Byzance; et dans le sanctuaire qu'elle consacrait à saint Marc, elle imita le plan des Saints-Apôtres. Quand elle eut à décorer ses églises, elle n’imagina rien de mieux que le système décoratif qu'avait créé l'Orient : dès le commencement du xr° siècle, l'abside de Torcello fut décorée par des mosaïstes grecs; un peu plus tard, à Saint-Marc, les revêtements de marbres précieux, l'éclat des mosaïques innombrables, le chatoiement des émaux polychromes donnèrent à la basilique vénitienne une parure merveilleuse, qui fait d'elle l'exemple le plus complet de la splendeur byzantine au temps du second âge d'or.

Saint-Marc !. — L'église actuelle de Saint-Marc date de la fin du xI siècle : commencée vers 1063, sous le doge Domenico Contarini, fort avancée déjà en 1071, sous Domenico Selvo, elle fut solennellement consacrée en 1095. Elle ne présentait guère alors l'aspect qu'elle offre aujourd'hui (fig. 209). La façade, fort modeste, était en briques, sans revêtement de marbre ni décor de mosaïques ; l'intérieur avait déjà le luxe de ses marbres sculptés, provenant pour la plupart du Saint-Marc du x° siècle, et une partie de ses mosaïques, exécutées par les artistes que Selvo avait, d'après une tradition qui paraît vraisemblable, appelés de Constantinople. Mais beaucoup restait à faire, et il fallut près de qnatre siècles pour terminer : le monument. L'établissement d’un vaste empire vénitien en Orient, à la suite de la quatrième croisade, donna aux travaux un magnifique élan durant tout le xme et le xiv° siècle. La décoration intérieure fut achevée, la façade transformée : il semblait qu'il n’y eût plus qu'à entretenir le magnifique édifice. La Renaissance en jugea autrement. Chargés de réparer les mosaïques anciennes, les Zuccati (1524-1608) demandèrent des cartonsaux grands peintresde l'école vénitienne, et

1. La basilica di San Marco a Venezia, publication de l'éditeur Ongania, Venise, 1878-1893; C. Neumann, Die Marcuskirche in Venedig (Preuss. Jahr-

bücher, 1892) ; Saccardo, Les mosaïques de Saint-Marc à Venise, Venise, 1897. Cf. Diehl, Venise, Paris, 1915. |

Page 1