CARACTÈRE DE CES KRESQUES OA
dociennes sont l’œuvre d'un art tout populaire, épris de pittoresque, de réalité, de dramatique — on a noté la place faite aux épisodes de la Passion — et qui ne doit rien à la tradition savante de l’hellénisme. Si l'on excepte le peintre de Toqale, qui semble avoir été capable d'originalité et d'invention — sa Crucifixion est à cet égard digne d'attention, — les artistes qui ont exécuté ces fresques étaient
Fig. 274. — L’Ascension. Fresque de Gueurémé (Phot. de Jerphanion).
le plus souvent médiocres, sans grand talent, sans originalité, sans invention. Ils se sont bornés en général à copier des modèles invariables, avec une certaine tendance même à reproduire les traits archaïques de l’iconographie et quelque hésitation à entrer dans les voies de l’art nouveau. Leur technique est très simple; les figures sont esquissées, le modelé assez rudimentaire. La gamme des couleurs est assez pauvre, réduite à quatre ou cinq tons dominants, généralement de teintes claires, et c’est par larges touches que cette couleur est appliquée. Il y a souvent dans ces peintures une inexpérience extrême. Mais ceux qui les ont exécutées ont, comme les artistes de leur temps, le goût du portrait et quelque sentiment de la réalité ; surtout ils travaillent sur des modèles d’une incontes- Manuel d'Art byzantin. T. II. 37
table beauté, et par là, si médiocres qu’elles soient, leurs œuvres sont intéressantes, « comme témoins presque uniques de la pein-
ture byzantine à l'époque macédonienne et comme des reflets
lointains, affaiblis, de ee qui fut un grand art! ».
Ge n’est point le seul intérêt des fresques cappadociennes. Œuvre d'une école monastique et populaire, fort différente de l'art officiel et aristocratique, elles continuent, au moins dans le groupe le plus ancien, la pure tradition syrienne, et l’ample développement qu'elles donnent au cycle évangélique a pour l'étude de l'iconographie un puissant intérêt. Mais il faut, ici aussi, se garder soigneusement de faire à l'Orient une place trop exclusive. Dès le milieu du x° siècle, la Cappadoce subit profondément l'influence de Byzance, et cette influence y domine jusqu'au xu° et xm° siècle ?. Sans doute les motifs orientaux ne disparaissent pas complètement ; mais la tradition hellénistique se substitue à eux de plus en plus. Ici encore, il faut donc faire très largement la part de Byzance, et ne point mettre trop exclusivement les fresques cappadociennes au compte de l'Orient et de la tradition syrienne ÿ,.
Le même mélange des anciennes traditions orientales et de l'influence byzantine grandissante peut être observé dans les peintures qui décorent les églises rupestres de la montagne monastique du Latmos, près de Milet #. Tandis que, dans la grotte du Pantocrator, qui date peut-être du viu* siècle, le Christ trônant, entre les symboles des évangélistes, dans une gloire soutenue par deux anges s'inspire de la tradition comme de la théologie syrienne, les fresques de date postérieure relèvent nettement de l'influence de Byzance. Dans la grotte de Saint-Paul au couvent de Stylos, à
côté de la peinture montrant le pieux moine s’inclinant devant la
Vierge assise sur son trône et d'une curieuse fresque représentant