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LES FRESQUES DE L'ITALIE DU SUD

pour plusieurs siècles, de cette région une nouvelle Grande-Grèce. Sous le gouvernement des empereurs, tout le midi de la péninsule redevint grec de langue, de mœurs, de religion : etalors même que ce gouvernement eut disparu, l’hellénisme, sous les rois normands et angevins même, continua jusqu'au xiv® siècle à exercer une influence toute puissante. L'Église, en particulier, contribua à ce grand mouvement d’hellénisation. Les moines basiliens couvrirent de leurs établissements la Calabre, la Basilicate, la Terre d'Otrante, Ja Pouille ; ils poussèrent même jusqu'au mont Vulture, jusqu'aux environs de Trani et d'Andria, jusqu'à la vallée de l'Ofanto ; et partout, dans les gravine de la plaine de Tarente, sur la côte rocheuse de l’Adriatique, dans les solitudes montagneuses de la Calabre et de la Basilicate, ils transportèrent avec eux les traditions des anachorètes d'Égypte, de Syrie et d'Asie Mineure. A côté des grands monastères, s’établirent des laures érémitiques, où des cellules, creusées au flanc des rochers, abritèrent de petites communautés de solitaires. Le centre religieux de ces établissements était une chapelle souterraine, qui fut généralement décorée de peintures. Ailleurs, dans ce pays où le rite grec dominait, des églises s’élevèrent pour des paroisses grecques, et furent également embellies de fresques. Et ainsi, du 1x° au xiv* siècle, le voisinage des pays grecs, la longue domination de Byzance, les fréquentes relations avec l'Orient, la persistance des monastères basiliens et des colonies grecques produisirent une curieuse floraison artistique, dont le caractère byzantin est incontestable.

Aujourd'hui encore, malgré les ravages du temps et des hommes, on rencontre, dans la solitude des gravine, un grand nombre de ces oratoires décorés de peintures. Sans doute, l’art en est tout populaire, l'exécution rustique et grossière. L'intérêt n’en est pas moins grand. Par les inscriptions, grecques pour la plupart, qui les accompagnent, par le style, par l’iconographie, ces fresques se rattachent étroitement aux traditions de l’art oriental ; par leur date, que des inscriptions précises attestent en bien des cas, beaucoup d’entre elles sont de la période qui va du x° au xn° siècle ; et celles-là même qui sont d'époque postérieure sont instructives encore pour histoire de l’art byzantin.

Les sujets. — Comme en Cappadoce, les sujets représentés sont, tantôt des scènes évangéliques, tantôt et surtout des saints, au pied desquels des fidèles agenouillés rappellent, dans une inscription, leur nom et leur prière. Comme en Cappadoce, mais plus rare-

ment, il semble que l'artiste s'efforce de condenser sur l'étroite surface de la chapelle qu'il décore les éléments essentiels de la décoration d'une grande église. C'est ainsi que, dans la crypte de Saint- Blaise, près de Brindisi, qui fut ornée de peintures en 1197, autour du médaillon de l’« Ancien des jours » (fig. 275), flanqué des symboles des évangélistes, qui occupe le centre du plafond, quatre compositions représentent des scènes évangéliques, Annonciation (fig. 276), Présentation, Fuite en Égypte, Entrée à Jérusalem, tandis que d’autres compositions du même cycle, Nativité, Adoration des Mages, couvraient, avec des figures de saints, les parois latérales. Toutefois un ensemble de cette sorte est plus rare en Italie qu'en Orient. La plupart du temps, les moines ou les fidèles ont fait peindre, à d'assez longs intervalles de temps, l’image des saints qu'ils honoraient d'une dévotion particulière ; ils se sont fait concéder un ou plusieurs panneaux de la muraille pour y inscrire leur hommage ou leur prière ; et, tant qu'il s’est trouvé un espace vide, de nouveaux donateurs sont venus accroître le nombre de ces pieuses représentations. Souvent même, sur une peinture ancienne, on a sans scrupule appliqué un enduit frais destiné à recevoir une nouvelle image. Dans bien des oratoires on trouve donc plusieurs couches de peintures superposées et des fresques d'époque fort différente. Dans la grotte des Santi Stefani à Vaste, près d'Otrante, aujourd’hui fort abimée, à côté d'un Christ, debout entre deux anges, et de trois docteurs de l'Église, Nicolas, Basile, Grégoire de Nazianze, tous datant du xn° siècle, la Madone de l'abside centrale avait été, comme l’atteste une inscription, peinte en 1376, et les saints des piliers, saint Étienne, sainte Catherine, étaient vêtus à la mode élégante des cours angevines de Tarente et de Naples. L'étude de ces peintures byzantines d'Italie ne va donc point sans quelques difficultés. Mais ce qu’il est essentiel de noter, c’est que, si du x° au xiv° siècle on peut constater dans ces fresques des différences de technique et de style, on n’y constatera nulle différence d'inspiration. Même lorsque des légendes latines accompagnent ces figures, elles demeurent purement byzantines, exécutées en pays grec, pour des populations grecques, par des artistes profondément pénétrés des traditions de l’art byzantin. | Classement chronologique des monuments. — C’est ce qui apparait dans les plus anciennes de ces fresques, les deux Christs de Carpignano, datés avec précision, l’un de 959 et l'autre de 1020. L'exécution assurément en est maladroite et grossière ; la technique

pourtant, comme on l’a remarqué, « n’est qu'une simplification rustique du procédé ‘savant par lequel un miniaturiste de Byzance modelait ses délicates figures ! », et le type offre des indices d'origine quine trompent point. Les platunes dola crypte deSaint-Blaise,datées de 1197, et qui sont assurément les plus dignes d'intérêt qui existent en Apulie, ne sont pas moins caractéristiques par leur ordonnance

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Fig. 2756. — L’Annonciation. Fresque de la chapelle Saint-Blaise, près Brindisi.

et par l’exacte conformité qu'offrent les différentes compositions avec les modèles canoniques de l’art byzantin (fig. 275-276). J'ai signalé déjà la crypte de Vaste, avecses figures quirappellent celles du Ménologe basilien. On en pourrait citer bien d’autres : à San-Lorenzo, près de Fasano, par exemple, une Déisis décorant l’abside, tandis qu’à droite et à gauche du groupe deux beaux anges, en somptueux cos-

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