‹ Manuel d'art byzantinChapitre 58 sur 309 · REMARQUES GÉNÉRALES SUR LA MINIATURE BYZANTINE · texte numérisé non relu

REMARQUES GÉNÉRALES SUR LA MINIATURE BYZANTINE

Importance des manuscrits illustrés. — Si importantes que soient les œuvres de l’art monumental, mosaïques et cycles de fresques, qui nous sont parvenues, elles ne suffiraient point à nous donner une idée complète de ce que fut la peinture byzantine, si nous n'avions, en outre, conservé une série abondante de manuscrits illustrés de ce temps. Dans la décoration des édifices religieux, la surveillance de l'Église, s’exerçant avec plus de rigueur, imposait à l’art une plus grande sévérité ; et d’ailleurs, le caractère même et le but de cette décoration écartaient les éléments pittoresques au profit de la simplicité monumentale. La miniature pouvait montrer plus d'indépendance sans inquiéter aussi promptement l’orthodoxie. « Le mosaïste, écrit Kondakof, non sans une pointe d’exagération, n'invente ni de nouveaux types, ni de nouvelles attitudes, ni de nouveaux motifs de draperies ; les formes qu'il traite sont pour ainsi dire immuables. Les miniatures, au contraire, sont empreintes d'un

1. Pour l’ensemble du chapitre, Kondakof, Histoire de l'art byzantin considéré principalement dans les miniatures, Paris, 1886-1891 ; Venturi, Sforia dell’ arte ilaliana,t. II, Milan, 1902. Cf. Ouvarof, Album byzantin, Moscou, 1890 ; Beissel, Vaticanische Miniaturen, Fribourg, 1893.

caractère individuel, et sous ce rapport elles éclipsent complètement les peintures murales etles mosaïques contemporaines !. » C’est dans la miniature, on l'a vu, qu’à l'époque des iconoclastes se réfugia l’orthodoxie persécutée. C'est là, lorsque, au 1x° et au x° siècle, se produisit une renaissance du goût unie à l'admiration des œuvres antiques, que se conserva la tradition pittoresque alexandrine et

Fig. 280. — La tribu de Juda devant Jérusalem. Miniature de l'Octateuque 746 (Bibl. Vaticane).

que l’art apparut plus libre, plus naturel, plus vivant, tout pénétré d’influences classiques, tout plein de noblesse et d'élégance. Par là, l'illustration des manuscrits nous fournit des œuvres infiniment plus variées que celles du grand art, et dont l'étude est singulièrement instructive pour nous faire connaître les tendances diverses de l’époque.

Originalité de leur illustration. — On sait l’objection qui semble restreindre le champ de cette étude et diminuer l'importance de ces monuments. D'après une théorie fort à la mode aujourd'hui, les artistes du 1x° et du x° siècle se seraient bornés à copier des manuscrits antiques, datant du 1v°, du v°, du vi siècle, et n’auraient absolument rien créé d’original, n’ajoutant aux modèles que les incorrections et les faiblesses de l'exécution. Et il est certain en effet que, quand on compare les différents manuscrits que cette période nous à laissés d'un même ouvrage, les homélies de Grégoire de Nazianze par exemple, telles que nous les conservent Paris,

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