ORIGINALITÉ DE LEUR ILLUSTRATION
Florence, le Vatican, Moscou et le Sinaï, on constate sans peine que ces illustrations diverses procèdent d’un type commun. Ailleurs nous rencontrons plusieurs exemplaires pareils d'un même ouvrage, deux manuscrits des homélies du moine Jacques (Paris et Vatican), deux manuscrits de la Panoplie dogmatique d'Euthymios Zigabenos (Vatican et Moscou), six manuscrits de l'Octateuque (Vati-
ig. 281. — Joseph amené en Égypte. Miniature de l'Octateuque 746 (Bibl. Vaticane).
can 746 et 747, Vatopédi, Smyrne, Florence, Constantinople), qui sont évidemment des copies d’un même original. Mais si la théorie du « prototype » contient donc une part incontestable de vérité, on a vu aussi comment cette théorie, admise trop aveuglément, simplifie à l'excès et fausse l'aspect des choses. J'ai dit comment le copiste, par le seul fait qu'il choisit entre les tendances diverses dont s’inspiraient les modèles anciens, culture classique et profane ou inspiration théologique, tradition hellénistique ou tradition orientale, fait déjà preuve d’une sorte d'originalité. On a vu par surcroît qu'à ce travail de choix s’ajoute un travail de transformation inévitable accompli sur le modèle. Si l’on compare, par exemple, les deux Octateuques du Vatican, copies évidentes d’un même prototype, on constate de l’un à l’autre de curieuses différences. L'artiste qui a exécuté le n° 746 a eu bien plus que l’autre le souci de renouveler son modèle. Il a habillé les personnages, non plus à l'antique, mais à la mode de son temps ; il a trouvé dans la connaissance de l'Orient arabe des types caractéris-
tiques, des traits ethnographiques dont il a fait son profit ; bref, il a observé la réalité pour en tirer des détails vrais, souvent même réalistes, et ainsi, tout en conservant la composition générale des divers épisodes, il a donné à l'illustration un aspect tout nouveau (fig. 280, 281). L'auteur du n° 747, artiste d’ailleurs infiniment plus médiocre, s’est tenu au contraire beaucoup plus près du modèle commun, sans aucune recherche d’originalité. Les mêmes diversités, preuve d’un travail considérable sur le prototype, se rencontrent dans bien d’autres livres illustrés de cette époque. C'est le cas du Psaulier populaire, où l'on constate, dans les manuscrits du 1x° sièclé, une interprétation plus originale, plus indépendante, moins solennelle ; c'est le cas de l'Évangile, où les manuscrits montrent une grande variété dans l'interprétation du type. Et cela se conçoit sans peine. Ce sont là, en effet, des livres populaires, qui vivent et se transforment sous l’action du temps. Mais cette évolution, qui apparaît d’une rédaction à l’autre, n’en est pas moins une preuve d'originalité.
Ce n'est pas tout. Notre époque apparaît même capable de création. Le x° siècle est le siècle des grandes compilations hagiographiques, où un Syméon Métaphraste rassemblait les biographies de tous les saints de l'Orient. De ce grand effort sortirent les recueils abrégés du Ménologe, pour lesquels il fallut créer une illustration. Et, sans doute, il se peut que cette illustration ait partiellement reproduit des thèmes anciens, copié de vieilles icones locales : mais elle accommoda ces modèles au goût du temps. Pareillement, au xi° siècle, le développement du culte de la Vierge, la vogue des apocryphes, l'influence aussi peut-être du théâtre religieux donnèrent naissance à l'illustration des homélies et des hymnes en l'honneur de la Madone : ici encore, il fallut donc faire œuvre d'invention. Et à ces remarques, qui me semblent ébranler un peu là foi en des prototypes servilement copiés, on peut ajouter ceci : c'est qu'alors même que les conceptions sont anciennes, le style les renouvelle et les rajeunit. Les miniaturistes du 1x° et du x° siècle possèdent de rares qualités : ils ont des connaissances anatomiques, un modelé juste et fin, un dessin précis et souple, un coloris chaud et lumineux, le sens et le goût de l'observation et de la réalité ; les portraits abondent dans leurs œuvres, traités avec une vigueur et une vérité remarquables, Or tout cela, ce sont précisément les qualités que lon constate chez les mosaïstes, et cela prouve qu'il existe, dans l’ensemble de l’art de cette époque, des caractères communs,