LE SANCTUAIRE
la terre, qu'il en médite l'ordonnance et le gouvernement. Ainsi le peintre a voulu exprimer par des formes et des couleurs la sollicitude du Démiurge. » Et, en effet, ce n’est plus ici le Christ évangélique, le Sauveur doux et tendre; c’est le créateur, le maître du monde, le Pantocrator, image du Dieu invisible, avec lequel il se confond. C'est ce que montrent clairement les inscriptions qui accompagnent sa figure. Il est « l’ancien des jours » (6 tahauds rov huepôv), et « le ciel est son trône » ; ilest à la fois le Père et le Fils, et l'image qui le représente proclame avec éclat le dogme dela consubstantialité.
Le sanctuaire. — Derrière l’iconostase, c'est le sanctuaire où, à l'abri des portes closes, le prêtre célèbre le saint sacrifice. Ici encore, une idée liturgique inspire la décoration. A la conque de l'abside, la Vierge est placée, tantôt orante et symbolisant l'Église en prière, plus souvent assise et Lenant l'Enfant sur ses genoux, représentantalors l’Église, «trôneanimé du Tout-Puissant » (fig.232). Les deux archanges Michel et Gabriel, en grand costume d’apparat, lui font d'ordinaire cortège. Depuis que le Christ est allé bénir au sommet des coupoles, la Madone règne en maîtresse à la place jadis réservée au Sauveur dans le fond des absides, et elle y restera désormais. Aussi bien cette place d'honneur lui revient naturellement, puisqu'elle est, après le Christ, la première personne dans la hiérarchie céleste, « supérieure à toutes les puissances du ciel », comme le proclament les conciles, « plus haute que les cieux », comme le déclare la liturgie. Elle aussi, comme son divin fils, doit donc avoir un trône dans le ciel. Et c’est le ciel pareillement et la gloire du Christ qu'évoque la voûte en avant de l’abside, lorsque, par un symbole significatif, elle montre le trône du Christ préparé pour le Jugement dernier. C’est la représentation qu'on nomme l'Hétimasie, et ce trône vide où le Christ viendra s'asseoir parmi les apôtres rappelle à la fois, par les instruments de la passion qui l'environnent, sa première résurrection et annonce sa « seconde venue ».
Les autres figures de la décoration du sanctuaire nous ramènent du ciel sur la terre : elles se rattachent toutes au mystère de l'Eucharistie (fig. 233). Autour de la sainte table où officie le prêtre, se rangent les grands prêtres, prédécesseurs et figures du Christ (Abraham, Aaron, Melchisédech), les évêques ses représentants, parmi lesquels les grands docteurs du 1v° et du v° siècle occupent une place prééminente, les diacres associés aux évêques, tous ser-
vant de modèle et d'exemple au pontife qui célèbre à l’autel. Enfin des scènes empruntées à l'Ancien Testament (Daniel entre les
Fig. 233. — Monreale. Mosaïques de l'abside du dôme (Phot. Incorpora!.
lions, les trois jeunes Hébreux dans la fournaise) rappellent les grandes vérités que traduit la célébration du divin mystère et prennent place parfois dans les petites absides latérales. Le même esprit, la même intention ont donné naissance à d’autres sujets fré-
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