LES PROPHÈTES
dance des détails ethnographiques, l'influence du milieu contemporain. J'ai déjà indiqué tout ce qu'apprend à cet égard la comparaison des deux Octateuques du Vatican. Sans nul doute les deux peintres s'inspirent du même prototype, qu'ils reproduisent indépendamment l’un de l’autre. Mais tandis que l’auteur du 747,
artiste médiocre, ne s’écarte guère du modèle !, le peintre du 746
Fig. 295. — Ptolémée et Démétrius de Phalère. Miniature de l'Octateuque du Vatican 747 (d'après Ouspenski).
s'efforce d'innover dans le détail par les costumes dont il habille les personnages, par les types très caractérisés qu'il leur prête, par le tour d'observation, souvent réaliste, dont il anime ses compo-
1. Il faut faire exception toutefois pour les miniatures du début, qui illustrent la lettre d'Aristéas, et qui ne se trouvent point au reste dans l'Octateuque 746. Elles sont d’un style nettement distinct du reste du manuscrit et offrent ces mêmestraits de typeset de costumes, empruntés au monde oriental, qui sont si caractéristiques dans le n° 746 (fig. 295). Cette illustration, qui se rencontre également dans le manuscrit du Sérail, procède évidemment d'une autre source que le prototype commun, et a subi fortement l'influence du milieu contemporain.
sitions (fig. 197, 280, 281); et ainsi, tout en changeant peu de chose à l'ordonnance générale des tableaux, il trouve moyen de donner à ses miniatures un aspect tout nouveau {fig. 294). Dans l'iconographie pareillement, bien des motifs récents se sont fait place à côté des thèmes anciens. C’est qu'en effet, comme le Psautier, l'Octateuque a été un livre populaire qui a gardé « à travers les
Fig. 296. — Deux prophètes. Miniature du manuscrit de Turin (Coll. Hautes Études, C. 345).
siècles le contact des hommes ». Il a subi au xi° siècle l'influence des tendances de l'époque, soit qu'il ait cherché des inspirations dans l’étude de la société du temps, soit qu’au contraire, sous l'action de l'Église, il ait rejeté certains traits antiques. C'est là précisément ce qui le distingue d'autres groupes de manuscris
et lui donne un intérêt particulier, parce que, même au xi° et au
xn® siècle, l’art byzantin s'y révèle parfois créateur.
Les Prophètes. — Parmi les autres livres de la Bible, deux encore ont occupé les artistes de la Renaissance macédonienne : le livre de Job et les Prophètes. On a vu précédemment déjà comment, dans l'illustration du premier de ces textes, s'opposent les deux tendances et les deux manières entre lesquelles se partage l'art byzantin, la tradition pittoresque antique étant représentée par le manuscrit du Sinaï, le style monumental par la rédaction de