‹ Manuel d'art byzantinChapitre 82 sur 309 · Bayet, Art byz · texte numérisé non relu

Bayet, Art byz

2. Trenef, Miniatures du Ménologe grec du XI° siècle n° 183 de la Bibliothèque synodale à Moscou, Moscou, 1911.

Les Évangiles !. — On a signalé déjà les deux traditions contraires, l'hellénistique et la syrienne, dont s’inspira de bonne heure l'illustration de l'Évangile. Cette double influence persiste dans les manuscrits du second âge d'or : tandis que le Laur. VI. 23 par exemple (xr° s.) ou le Copte 13 de la Bibliothèque Nationale procèdent de la rédaction d'Alexandrie, le Paris, 74 (x1° s.) se rattache au contraire à la rédaction d’'Antioche. Mais, dans le large développement qu'a pris au xi° et au xu° siècle l'illustration des Évangiles, d'autres différences encore apparaissent. Les manuscrits très nombreux de ce temps se ramènent à deux types bien distincts. Tantôt, en frontispice, figurent les portraits des évangélistes, assis devant leur pupitre sous d'élégantes arcades (p. ex. Bibl. Nat., Gr. 70, de 964) ; à ces représentations, le xr° et le xn° siècle ajoutent souvent, en tête de chaque évangile, l'image d’une grande fête chrétienne, Nativité, Baptème, Présentation, Descente aux limbes, etc., innovation qui correspond bien à la place que prennent alors les grandes fêtes dans la décoration des églises. Un bel exemple de ce type nouveau se trouve dans l'Évangéliaire n° 1 d’Iviron (fig. 235, 236) ?. Tantôt, au contraire, les illustrations prennent place à la marge (Paris, 115, x° siècle) ou bien — c’est le cas le plus fréquent — elles s’introduisent dans le texte et représentent les principaux épisodes du récit. De ce second groupe, le représentant le plus intéressant est le manuscrit 74 de la Bibliothèque Nationale {xi° siècle), qui, bien qu'inspiré d'un modèle oriental, paraît avoir été copié dans un monastère de Constantinople sur un original appartenant à la cour 3. L'illustration, extrêmement abondante, ne comprend pas moins de 361 sujets, dont la disposition sur toute la largeur du texte, sans cadre ni fond, semble bien indiquer un prototype en forme de rouleau. Mais « la magnificence de l'ornementation, l'éclat des tons et des couleurs, la splendeur des costumes byzantins sont impuissants, dit Kondakof, à dissimuler dans ce manuscrit la décadence véritable de l'art * ». On y sent « la tendance à subordonner l’art à la piété, à en faire un simple instrument d'édification pour les fidèles Ÿ ». Il ne s’agit plus ici de la

1. Millet, Recherches sur l’iconographie de l'Évangile, Paris, 1916.

2. Cf. Omont, Peintures d'un évangéliaire syriaque du XII° au XIIF siècle (Mon. Piot, XIX, 1912).

3. Omont, Évangiles avec peintures byzantines du XI° siècle, Paris, 1909 ; Millet, loc. cit., 590-92.

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