‹ Manuel d'art musulmanChapitre 122 sur 193 · I[. PÉRIODE MODERNE · texte numérisé non relu

I[. PÉRIODE MODERNE

Cette période comprend les édifices de style persan élevés depuis le xvi® siècle jusqu'à nos jours. On ne peut, en effet, refuser de recon-

naître, dès l'avènement de la dynastie des Séfévides en Perse, unesorte de renaissance, et avec la prospérité dont ce pays jouitsous le règnede Chah-Abbas l'essor remarquable que prit l'architecture. Malgré les guerres, les défaites, les révolutions, cet art un peu mièvie, mais. si élégant, exprimant si délicatement un luxe raffiné, s'est perpétué en Perse Jusqu'au commencement du xix° siècle. Actuellement, depuis que les architectes ont presque partout remplacé l'arc ogival persan si él:gant, par le banal plein cintre, les édifices de la Perse moderne, notamment à Téhéran, ont perdu tout caractère.

Ardébil. Tombeau de Cheikh-Séfi(1642).— Ardébil, le berceau de la dynastie des Séfévides, conserve encore dans le tombeau de Cheikh-Séfi, et ses annexes, commencé au xvr° siècle et terminé sous Chah-Abbas [1% {1642-1667) un des plus beaux monuments dont la Perse puisse. s’enorgueillir (fig. 285).

Autour d'une grande cour ! se trouvent répartis de grands portails, des salles diverses et l’on pénètre ensuite dans la cour de l'oratoire au fond duquel se trouve, dans une salle octogonale intérieurement, mais enfermée dans une sorte de tour cylindrique surmontée d'un dôme, le tombeau de ,Cheikh-Séfi. L'édifice qui se rattache un peu maladroitement dans le haut du plan et à gauche, est une salle carrée de vastes dimensions compliquée de quatre absides polygonales percées de niches profondes. qui contient les trésors. C’est là que sont conservés, entre autres objets précieux, d'innombrables vases de porcelaines, plats, coupes, vases décoratifs, etc. Les façades intérieures de la cour de l'oratoire ou deuxième cour sont décorées d’arcades aux tympans merveilleuse ment ornés. La façade de la première cour (fig. 286) est toute en briques, couronnée par une puissante corniche à stalactites en terre cuite émaillée et percée de fenêtres dont les chambranles sont composés de bordures en faïence d’une variété charmante et couronnés d’attiques à grandes inscriptions. Quelques-unes de ces fenêtres possèdent encore des clôtures ajourées composées de motifs de faïence s'assemblant les uns aux autres et formant une sorte de treillage ajouré qui tamise la Jumière. La ressemblance de ces clôtures du xvi° siècle, avec celles de la Koubbet-es-Sakhra à Jérusalem, contemporaines de la restauration faite par les ordres de Soliman, induisent à croire que ces dernières sont dues à des

1. Cf. Sarre, op. cit. : excellents ensembles en photographie et planches en: couleur donnant des détails des faïences avecune remarquable exactitude.

MONUMENTS DU XVII®. SIÈCLE Sir

artistes persans, et peut-être à ceux mêmes qui firent celles d'Ardébil, tant les motifs sont identiques. | La porte de la mosquée (fig. 287) est aussi un chef-d'œuvre de

lie, 987. — Porte de la mosquée d'Ardébil. D'après Sarre, Op.. Cut:

céramique, mais son état de ruine fait voir combien élait précaire l'artifice par lequel on avait fixé à la voussure la carcasse qui sOUtenait les stalactites creuses de terre cuite émaillée. C'est

encore à nos vieux voyageurs quil faut avoir recours ! pour savoir ce qu'était, au temps de sa splendeur, le tombeau de Séfi-ed-din Abou- Ishak, fondateur dela dynastie des Séfévides ?. « La mosquée funéraire est accompagnée de plusieurs bâtiments dont l'entrée donne sur le Meïdan qu'elle vient joindre au midi par un grand portail. La porte est croisée de chaînes de fer attachées à de grosses boucles et quand un criminel peut les toucher et entrer dans la première cour, il est en sûreté et l’on ne saurait le prendre. C’est une grande cour plus longue que large et au dehors, du côté qui regarde le, Meïdan, on a bâtile long du mur des boutiques pour les marchands et Les artisans. De cette cour, on passe à une seconde de moindre étendue et pavée de pierres platesavec un ruisseau qui est au milieu,on y entre parune grande porte croisée de chaînes de fercomme la première et qui est à main gauche au coin dela grande cour. Elle conduit d’abord sous un portique où il y ade grandsbalcons élevés à la façon du pays, sur lesquels on voit plusieurs personnes, pèlerins ou autres gens que de mauvaises affaires obligent à rechercher cet asile. C'est en ce lieu là qu'il faut quitter l'épée et le bâton et donner quelque chose à un mollah qui est toujours là avec des livres.

Dans cette seconde cour où coule un ruisseau, d’un côté sont les bains, de l’autre les greniers à riz jet à blé et à main gauche et au bout de la même cour il y a une petite porte qui conduit au lieu où tous les jours, soir et matin, on distribue aux pauvres les aumônes royales, ce qui se fait vis-à-vis des cuisines. Cette porte est couverte de lames d'argent etil ya, dans ces cuisines, vingt-cinq ou trente fourneaux pratiqués dans l'épaisseur du muravecautant de chaudières où l'on apprête quantité de viandes ou de pilau, tant pour les pauvres que pour les officiers de la mosquée. Pendant qu'on fait cette distribution, le maître cuisinier est assis dans une chaise couverte de lames d'argent... Au bout du portique qui suit la première cour, 1l y a deux portes l’une après l’autre, de moyenne grandeur, couvertes toutes deux de lames d'argent et qui donnent passage à un corridor *. Entre ces deux portes, on voit à main droite une petite mosquée où 1l y a des tombeaux de seigneurs persans. Quand on a passé le corridor on entre dans une petite cour et à main gauche

1. Voir aussi la description qu'en donnent Pietro della Valle (t. V, p. 113) et Adam Olearius { Voyages faits en Moscovie, Tartarie et Perse, p. 6%5 et 642), cités ainsi p. J. de Morgan (op. cüt., I, p.342) et par Chardin, Voyages, éd. Langlès, IT, p. 368.

2; Tavernier. 0). Gt. 1::chap, V:p003.

3. Sarre, 0p. cut., a donné la photographie d'une de ces portes.

est la porte de la mosquée où sont les tombeaux des princes de la maison royale de Perse. Il se faut bien garder de marcher sur le seuil des portes qui, d'ordinaire, est couvert de lames d'argent ; c'estun crime à ne pouvoir être expié que par un châtiment très sévère. On passe d’abord par une petite allée qui mène à la nef fort richement tapissée, autour de laquelle 1l y à des pupitres chargés de gros livres et où lisent continuellement les mollahs ou les docteurs de la loi gagés pour le service dela mosquée ; au bout de la nef qui n’est pas grande, il y a un petit dôme en octogone comme une manière de chœur d'église ! au milieu duquel est le sépulcre de Chah- Séfi, I n’est que de bois,mais bien travaillé, et c'est un bel ouvrage de marqueterie. Il n'excède pas la hauteur d'un homme de taille ordinaire et paraît comme un grand coffre dont les quatre coins d’en haut portent quatre grosses pommes d’or. Onletientcouvert d'un brocart rouge et les autres tombeaux qui l'accompagnent sont couverts de même de riches étoffes. Tantau chœur qu'en la nef, 1ly a quantité de lampes, les unes d'or, les autres d'argent, et la plus grande est d'argent vermeil doré d’une belle ciselure. Il y a aussi six grands chandeliers d’un bois exquis couvert delames d'argent, et ils portent de gros cierges qu’on allume à leurs grandes fêtes. Du dôme où est le tombeau de Chah-Séfi, on passe sous une petite voûte qui enferme la sépulture d’un roi de Perse dont je n'ai pu savoir le nom ?. C’est comme un autre grand coffre de bois d’un assez beau travail et couvert aussi d’un brocart de soie. La voûte de la mosquée est ornée au dedans d’une peinture à la moresque d’or et d'azur, et au dehors d'un beau vernis de diverses couleurs, comme à la superbe mosquée de Tauris. » Ce petit dôme est aussi posé sur une corniche en faïence émaillé : dominant un tambour cylindrique construit en briques émaillées dont la disposition assez simple affecte des losanges réguliers. La cour qui précède la mosquée de Cheikh- Séfi, c'est-à-dire la première cour (V. plan fig. 285) est, en effet, bordée d’arcades dont les tympans, les douelles et les fonds sont

1. C’est le petit dôme marqué À sur le plan. Le tambour qui porte la coupole et la coupole elle-même sont en briques émaillées, la coupole pose sur une large frise en faïence ornte d’une b Ile inscription ; au-dessous, les murs du tambour cylindrique présentent des briques émaillées de deux couleurs par les dispositions desquelles se trouve formé, en caractères coufiques, le mot Allah, retourné dans tous les sens (A comparer avec les pavages à inscriptions analogues dessinés au Caire par Bourgoin et Prisse d’Avennes).

2, C’est le tombeau de Cheick-Ismail.

décorés de faïences de toute beauté !; on n'y trouve pas les motifs d'émail sertis dans des briques roses comme à Tauris, mais les rinceaux variés qui tapissent les fonds semés eux-mêmes de fleureltes ou de rinceaux clairs présentent en effet un ensemble fleuri qui n'est pas sans avoir une certaine analogie avec laspect général de. la décoration de la mosquée bleue. Sous ces arcades s'ouvrent des baies qui ont encore conservé une partie de leurs clôtures en faïence émaillée et à Jour. FRE | Toute cette décoration, on le voit, est encore exécutée, non pas au moyen de carreaux de faïence émaillée et ornés de dessins se raccordant, mais bien au moyen de pièces découpées formant une sorte de marqueterie; comme nous en avons vu des exemples aux portes des mosquées de Tlemcen ou de certaines mosquées du Maroc, à Chella, par exemple dans une mosquée funéraire. Ce procédé très long et très dispendieux présente par sa. nature même un avantage inappréciable sur la peinture qu’on applique aux carreaux séparés : ceux-ci en effet portent des ornements colorés qui par la fusion des émaux ou de la couverte qui les protège tendent à se confondre à leurs points de contact ou de croisement. De là une certaine confusion où un manque de netteté que seuls deux procédés permettent de corriger, soit sertir les ornements d'un trait foncé au violet de manganèse par exemple, cest ce qu'ont fait les potiers.de Tunis au xvu* siècle et au xvir° siècle, soit tracer les ornements au moyen d'émaux épais, c’est ce qu'ont fait les céramistes du turbé vert et de la mosquée verle à Brousse ?. Cependant, l'effet est toujours un peu plat. La marqueterie de faïence au contraire permet de distinguer les ornements les uns des autres par le joint souvent presque imperceptible qui les sépare, et surtout par la différence de reflet que toutes ces pièces présentent entre elles. Quel que soit, en effet, le soin apporté à l’ajustage, même sur une table absolument plate, la surface extérieure des fragments de faïence offre toujours une certaine irrégularité. Ces irrégularités, même peu sensibles sur des pièces isolées, donnent aux pièces réunies un aspect chatoyant rappelant celui de la mosaïque d’émail. L'emploi des carreaux émaillés est certes plus économique, et donne des

1. Voir dans Sarre, op. cil., des photographies à grande échelle de ces arcades.

2. Ou encore par des cloisons en relief produites par le moulage comme dans les carrelages espagnels de style mudejar.(V.t. Il, p. 311 et seq.).

résultats plus réguliers, mais cette grande régularité enlève à l'œuvre d'art ce sentiment de vie que possèdent à un si haut point celles où l'on sent à chique détail la main même de l'artiste qui les a faites. | |

Malgré cette excellence de l'exécution, nous voyons déjà, à Ardébil, se manifester dans la décoration un certain excès de richesse, de finesse dans les détails qui lui donne une sorte de mièvrerie et de recherche inutile. Les inscriptionsse font trop fines, les lettres s'allongent démesurément ; ce sont malheureusement les conséquences inévitables du perfectionnement des tracés et de l'affinement du goût.

Monuments d'Ispahan. Constructions de Chah-Abbas. — Cependant avant d'arriver à la décadence fatale, l'art persan devait avoir une floraison magnifique. [spahan devait renaître par la volonté dun des plus grands souverains qu'ait jamais eu la Perse : Chah-Abbas. Il devait en faire une des plus belles villes d'Orient au xvu* siècle, et sous son impulsion vigoureuse, la vouvelle capitale se couvrit en peu d'années d'un nombre considérable d'édifices d’une architecture somptueuse et d’une élégance remarquable.

Cette reconstruction d'Ispahan ne résulta pas du concours de plusieurs intelligences, ni de l'assemblage confus de monuments divers. C’est l'exécution d'un plan conçu d’un seul jet, et c'est la première fois que nous nous trouvons en présence d'une conception d'ensemble ayant pour but l'embellissement d'une ville entière, dans un état musulman.

Ces conceptions d'ensemble ont été rarement réalisées. Le fait a pu se produire pour certains quartiers d'Alexandrie, pour un grand nombre de villes d'Asie Mineure, pour Palmyre, pour Djerach, etc, dans l'antiquité classique ; de même aussi pour Delhi, Agra, etc... pour les palais ou les temples khmers, pour certaines parties de grandes villes de Chine, comme la ville tartare à Pékin; mais je crois que dans l'histoire de l'architecture musulmane, l'Inde exceptée, l’embellissement d'Ispahan par Chah-Abbas est un exemple unique de ce genre de conceptions.

Sans donner ici le plan d’Ispahan, nous tracerons en quelques lignes le programme que Chah-Abbas sut concevoir avec une netteté de vues absolument rem irquible, et réalisa en peu d'années.

1. C'est l'impression que donne la description d’Ispahan par Chardin ; à

chaque instant, en effet, il mentionne l'intervention de Chah-Abbas dans la conception des programmes et l'exécution des travaux.

Ispahan ! s'étend en forme de demi-cercle sur la rive nord du Zendéroud, tandis que Ferachabad et Djoulfa, deux de ses faubourgs, lui font face sur la rive sud., Le. palais roxal occupe à peu près le centre de la ville. Chah-Abbas le dégagea sur sa face orientale par cette belle place du Meïdan-i-Chah sur les côtés de laquelle s'ouvrent à l'est la mosquée Loutf-Oullah, à Jlouest la porte Aali-kapou, à elle seule véritable petit

Fig. 288. — Palais sur le Tchar-bag à Ispahan(xvn® siècle). — Dessin de H. Saladin, d'après J. Laurens.

À, B, décorations peintes imitées des étoffes peintes.

palais (fig. 289), au nord la porte d'un grand bazar, au sud la mosquée Mesdjid-1-Chah. De cette extrémité de: la place, des jardins et des parcs longent la façade méridionale du palais au milieu desquels se trouvent des pavillons ravissants comme le pavillon des quarante colonnes, Tchehel-Soutoun (construit par Chah- Abbas, brûlé puis reconstruit sous le règne de Chah-Sultan-Hussein). Le Hecht-behicht, le Ser-Pouch-1-Deh, etc., un des côtés du parc de Tchehel-Soutoun se trouve dans le prolongement de la façade ouest du palais, Ghah-Abbas fit prolonger cette ligne à travers la ville, au delà du Zendéroud jusqu'au jardin ou parc d'Hazar-djiérib. Il en

1. V. dans Coste, Monuments modernes de la Perse, le plan d'Ispahan.

fit l'un des côtés d'une avenue monumentale, appelée le Tchar-bag, bordée de palais, décorée de bassins, d'eaux Jaillissantes, de pavillons, ornée de platanes, et sur les côtés de laquelle s'élevèrent bientôt un grand nombre de palais charmants !. Cette avenue, dont la longueur dépasse plus de six fois celle de Meïdan-1i-Chah, traverse le Zendéroud sur un beau pont (le pont d'Allah-Verdi-Khan). Il semble qu'à un moment donné, cette conception d'ensemble ait été inter- rompue, car elle paraît incomplète. Mais si l'on examine avec plus d'attention le plan de Coste, on voit que le pont ? de Baba Rockned-din (fig. 304, 305, 306), qui se trouve à l'est du pont d’Allah-Verdi- Khan paraît symétrique à celui-ci par rapport à un axe nord-sud passant à peu de chose près dans l'axe du palais royal. Une avenue parallèle au Tchar-bag part de ce pont et longe le pare du Pavillon des miroirs ou Aïneh-khané (fig. 315, 316et 316 rs); elle ne se prolonge pasau nord bien profondément dans la ville, car elle y rejoint presque immédiatement une longue et large rue parallèle au Tcharbag aboutissant à peu près à l'angle sud-est du Meïdan-1-Chah.

On voit donc que la conception d'ensemble consistait à rattacher au Palais un ensemble de parcs, de jardins et d’avenues, qui devaient peu à peu meubler pour ainsi dire l’espace laissé entre les deux ponts et les avenues en en formant comme le prolongement. Ce plan n’a pas été complètement abandonné par les successeurs de Chah-Abbas, car un certain nombre de grands édifices, comme par exemple le medressé et le caravansérail Madéré-1-Chah- Sultan-Hussein, construits en 1710, montrent bien par leur disposition qu'on cherchait à les raccorder à ce plan d’ensemble. Ce qui sem ble le prouver aussi, c’est la vue d'Ispahan que donne Coste prise de l’intérieur du pavillon des miroirs. [la fait ce dessin en se plaçant au fond de la grandesalle et en regardant, à travers les colonnes du portique, le panorama d'Ispahan qui se déroule de l’autre côté du Zendéroud. Il montre ainsi toutes les plus belles silhouettes des monuments d’Ispahan depuis celle de la mosquée impériale, à droite, avec ses dômes et ses minarets, Jusqu à gauche, celle du medressé de Chah-sultan-Hussein; et ce merveilleux ensemble se compose trop bien pour n'être dû qu’au hasard.

Il faudrait lire toutes les descriptions enthousiastes que Chardin

1. Sur le plan de Coste on en compte encore plus de vingt-deux.

2, Ce pont ne date que du règne de Chah-Abbas IT(1666 J.-C.), mais son alisnement était donné par les jardins d’Aineh-khané et la grande rue, et son emplacement n’est pas dû au hasard.

donne de ces beaux Jardins, quelques passages permettront néanmoins de se rendre suffisamment compte de la disposition régulière du Tchar-bag. On se reportera à la figure 307. On y verra la disposition des canaux, des trottoirs et des plantations d'arbres qui faisaient de cette avenue une promenade unique au monde au commencement du xvu° siècle. :

Promenade et canaux du Tehar-bag.—- « Cette avenue est large

de soixaute-quatre pas et longue de seize cent vingt au deçà du pont et de deux mille deux cents au. delà qui, joints aux quatre cent quatre-vingt-dix du pont, donnent une longueur de quatre mille trois cent dix pas. Elle fut plantée et embellie d'un grand nombre d'édifices somptueux par les ordres et l'inspection immédiate de Chah-Abbas [°", la onzième année de son règne {1006 H. ou 1597 J.-C.). Cette grande allée, qu'on peut appeler le cours d'Ispahan et qui est la plus belle que j'aie vue et dont j'aie Jamais entendu parler, estarrosée par un canal qui coule au milieu, d’un bout à l’autre ; ses rebords, qui sont faits de pierre de taille, sont élevés de neuf pouces et si larges que deux hommes à cheval peuvent se promener de chaque côté... Les ailes de cette charmante allée sont de beaux et spacieux Jardins dont chacun a deux pavillons, l’un fort grand situé au milieu du jardin, consistant en une salle ouverte de tous côtés, et en des chambres et cabinets aux angles ; l’autre, élevé sur le portail du jardin, ouvert au devant et aux côtés... Ces pavillons sont de diverse construction et figure, mais ils sont presque tous d’égale grandeur, et tous peints et dorés fort matériellement (fig. 288)... les bassins d'eau sont différents aussi, et en grandeur et en figure, avec des jets d'eau et des chutes d'eau... Les rues qui la traversent aussi en plusieurs endroits sont de larges canaux: d'eau, plantés de hauts platanes à double rang, l’un près des maisons, l’autre sur le bord du canal. L’allée finit à une maison de plaisance du roi qui en occupe la largeur et dont les jardins sont si grands quon la nomme mille arpents... On voit d'abord {en sortant du palais sur le Tchar-bag) en entrant dans cette admirable allée, un pavillon carré qui fait pendant à ce palais des mille arpents (Hazar djérib) qui est au bout. Il est à trois étages... avec jalousies au lieu des vitres. faites de plâtre, peintes et dorées d’une façon fort agréable... à la suite viennent sept bassins, entre la rivière et la ville, avec des cascades et des jets d'eau... Le pont ! est au delà

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