‹ Manuel d'art musulmanChapitre 125 sur 193 · MONUM · texte numérisé non relu

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NTS D'ISPAHAN 387

de cinq à six pouces, fait en demi-rond !. C’est la plus belle entrée

Fig. 290. — Plan de la mosquée impériale à [spahan {sous Chah-Abbas, . + 1628), par Pascal/Coste,

du palais, au-dessus de laquelle est un magnifique pavillon qui est si élevé, qu’en regardant de là dans la place, on ne reconnaît pas

Of. Coste: 0p;: cp 108,

les gens qui passent, el il; ne paraissent pas grands de deux pieds. Ce beau pavillon est soutenu sur trois rangs de hautes colonnes, et est orné au milieu d'un bassin de jaspe à trois jets d’eau... on n’est pas peu surpris de voirdes jets d’eau dan; un lieu si hautélevé. Au nord de la place se trouve l'entrée du bazar des tailleurs, qui a la forme d’une demi-lune enfoncée. Le portail est un grand demi-dôme, fait de carreaux de porcelaine (faïence) peints de moresques de diverses couleur, où aboutissent deux grands parapets aux rebords qui règnent tout autour de l'édifice... lesquels sont revêtus de table de jaspe et de porphyre.» En face et par conséquent dans le prolongement du grand axe de la place, se trouve la mosquée royale ou impériale, la Mesdjid-1-chah.

Mosquée impériale d'Ispahan ou Mesdyid-i-Chah. — Cette mosquée est un véritable chef-d'œuvre comme plan et comme exécution. Elle est rattachée d’une façon magistrale et ingénieuse à la grande place royale, malgré l'obliquité de son orientation relativement à la direction du grand axe de la place (fig. 290) à l'aide d’un artifice extrêmement simple : la brisure de cet axe sur l'entrée de la mosquée. L'entrée elle-même se présente sous la forme d'un demi-octogone dont les faces sont creusées de niches profondes, dont la plus grande est la voussure de la porte de la mosquée. Elle s'ouvre sur un passage rectangulaire débouchant immédiatement sur un des pans coupés d’un des quatre grands porches qui décorent les quatre faces de la cour de la mosquée proprement dite. Noustrouvons 1c1 encore, comme à la mosquée Djouma, les quatre grands Hwans au centre des quatre faces de la cour, liwans qui semblent, comme je lai déjà dit, une réminiscence du Tag-i-Kesra, et qui semblent aussi comme un épanouissement et un agrandissement notablement plus majestueux du plan de la mosquée du sultan Hassan au Caire.

Le sanctuaire proprement dit se trouve dans le grand hwän situé face à la porte d'entrée. C’est une salle carrée voûtée en coupole, au fond de laquelle paraît le mihrab. De chaque côté, deux grandes salles longues composées de quatre travées doubles ont chacune deux autres mihrabs, et forment des mosquées distinctes. Les deux autres liwâns, à droite et à gauche, ont aussi leur sanctuaire carré couvert en coupole et orné d'un mihrab,d’autres salles entre le liwân d'entrée et les autres servent aussi de salle de prières, 1l y a donc ainsi sept mosquées réunies en une seule. Près de l'entrée, en retraite, et sur la cour de droite, se trouve la

Fig. 291. — Porte de la mosquée impériale d'Ispahan. Cliché Gervais-Courtellemont.

cour des latrines isolée du reste des bâtiments. Aux angles extrêmes, de chaque côté du groupe formé parle grand liwän et les deux salles

Fig. 202. — Entrée du sanctuaire de la mosquée impériale d'Ispahan. Cliché Gervais-Courtellemont.

de prières adjacentes s'ouvrent de grandes cours dallées avec des bassins. et des fontaines pour les ablutions. — La pondération des masses, l'ingéniosité des dégagements, la bonne disposition des détails et la clarté de la conception d'ensemble font de cet

édifice un véritable chef-d'œuvre sur le mérite duquel on n'a pas encore insisté suffisamment. C'est pourquoi nous en donnons une description aussi étendue. On retrouvera, dans les figures 290-291-292-293-294-295-296-297 et 298, tous les détails dont Chardin! a illustré sa description ? : « La mosquée royale est située au midi,ayant au-devant un parvis en polygone, avec un bassin aussi au milieu en polygone. La face de l'édifice est pentagone etnous y voyons des deux côtés un balustre (balustrade) de pierre polie, à hauteur d'appui, qui s'étend jusque vis-à-vis de l'entrée. Les deux premières faces (dudit pentagone) sont ouvertes en arcades qui donnent sous les bazars, et elles sont traversées d’une chaîne pour empêcher les chevaux d'y passer. Les deux autres au-dessus sont de grandes boutiques d’apothicaires et de médecins... Les étages qui sont à quelque vingt pieds du bas ont des galeries qui ressemblent à des balcons. La face intérieure qui forme le portail est une demi-lune enfoncée de treize pieds environ, fort élevée et toute revêtue de jaspe du rez-de-chaussée à dix pieds de haut, avec des perrons de même ouvrage (fig. 290). L'ornement en est merveilleux et inconnu dans notre architecture européenne. Ce sont des niches ? de mille figures. où l'or et l’azur se trouvent en abondance, avec de la parqueterie (marqueterie) faite de carreaux d'émail et une frise plate autour, de même matière, qui porte des passages de l'Alcoran, en lettres proportionnées à la hauteur de l'édifice. Ce portail est orné d'une galerie comme celle des côtés. Les linteaux sont de jaspe. La porte est de quelque douze pieds de large, formée de deux valves ou battants revêtus de lames d'argent massif, couverts de pièces de rapport à jour, ciselé et doré, fort massives *. Joignant le portail au dedans il y a de hautes aiguilles * ou tourelles avec des loges ou galeries couvertes au-dessus de chapiteaux, le tout

même ouvrage que le contour du portail.

doGnrout, FE :p 9542:

9, Cf. d’autres détails sur la description de Coste (Notes el souvenirs de voyage, t. I, p. 206). | 2. Ce sont les voussures à stalactites. Remarquer, fig. 291, le grand panneau

de faïence à droite de la porte, véritable tapis comme composition.

4. On les voit sur la fig 291. Mais dans le tome IT de cet ouvrage, p. 233. M. Migeon en a publié un grand détail d'après un cliché de M. Gervais-Courtellemont (fig. 193).

5. Les minarets sont appelés par les Persans Gul desteh (bouquets de roses) ; les muezzins n'y montent pas (de peur qu'ils ne voient les femmes sur les terrasses des maisons). On a dressé sur les dômes de petites huttes en bois (ou loges ouvertes de tous côtés): c'est là d'où ils appellent à la prière. Chardin, V, p. 11 (voir une de ces loges, fig. 294, au-dessus du grand liwan).

« En entrant dans ce beau portail, on détourne tant soit peu vers l'occident et ayant fait quinze pas, on trouve, au milieu, un beau bassin de jaspe à godrons, de six pieds de diamètre, soutenu sur un piédestal de même matière de huit pieds de haut avec des marches. C’est pour donner à boire aux passants. En tirant de ce

Fig. 293. — Détail de la coupole de la mosquée impériale d'Ispahan. Cliché Gervais-Courtellemont.

bassin vers le corps de la mosquée par une allée découverte qui va en s'élargissant, et qui est formée de quatre grands portiques de chaque côtés en arcades, on entre dans une spacieuse cour... Le portique du milieu est profond de soixante pas; son dôme surmonté d'un croissant doré est un des beaux morceaux de l'architecture moderne des Persans... Il est si haut qu'on le voit de quatre grandes lieues en venant de Kachan. Le vaste portique qui est comme le chœur du temple est séparé en deux parties inégales... par un mur de dix pieds de haut, qui cependant ne paraît pas plus haut qu'un balustre (balustrade) à cause de la haueur du portique. [l y a au milieu de ce mur une large porte qui

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mène dans l’intérieur du portique. La partie antérieure est élevée de deux marches au-dessus de l’autre et revêtue de marbre aux côtés. Le fond du portique est marqué par un entablement en Jaspe en forme de porte incrustée dans le mur de dix pieds de haut et de trois de large, s'appelle le mihrab (fig. 295) !. Contre le pilastre

Fig. 295. — Mihrab d'un des liwâns latéraux de la mosquée impériale d'Ispahan. — Cliché Gervais-Courtellemont.

gauche du portique, 1l y a une chaire de porphyre... C'est où l'on prêche en hiver ou dans les mauvais temps, car il y a une autre chaire à l’entrée du portique où l’on prêche quand l'air ou le soleil le permettent (on voit deux de ces chaires en plein air, fig. 294). Au-dessus du mihrab il y a une armoire faite dans le mur, de bois d’aloës, ornée de lames d’or et garni d'or massif jusqu'aux pentures,

1. C’est un des mihrabs des liwâns latéraux, car on n’y trouve ni la chaire de porphyre mentionnée par Chardin, ni l'armoire pour renfermer le Coran ; 1l est surmonté d’une fenêtre décorée d’une dalle d’albâtre ajourée et toutes les parois des murs sont ornées de faïences.

fermées d’un cadenas d’or... Les côtés de la cour consistent chacun en neuf portiques (arcades), celui du milieu plus haut queles autres. Les cours et tout le fond de la mosquée est construit de grandes et massives pierres, et tout l'ouvrage est revêtu de briques vernissées d'un émail merveilleusement vif et d'ouvrage mosaïque... on voit des heux souterrains pavés et lambrissés... à côté du grand dôme il y a deux tourelles comme au grand portail et qu'enfin entre Îa grande entrée 1l y en a deux autres. l’une au derrière, l'autre au côté de la mosquéé (fig, 298)... “Le marbre ‘qui ä servi à la cons-

Fig. 296. — Fenêtre à l'intérieur de la mosquée impériale d’'Ispahan. Cliché Gervais-Courtellemont.

truction est blanc et rouge ; Séfi [°", successeur de Chah-Abbas, en fit recouvrir les portes de plaques d'argent. » L'extérieur de cette mosquée est donc entièrement revêtu de matériaux émaillés : briques, comme dans les fûts et Îles bases des minarets, ailleurs mosaïques de faïence, ou carreaux émaillés. Le grand dôme est couvert de faïence dont le dessin se Lt admirablenient sur la fig. 293. Malheureusement ce mode de décoration par carreaux est moins solide que la mosaïque de faïence, et 1l est facile de voir qu en bien des endroits les carreaux se descellent et tombent, ceux qui sont employés à l'intérieur ne présentent pas cet inconvénient, et l'on voit par les fig. 295 et 296 quelle richesse d'aspect donne l’emploi de ces malériaux.

— Liwân latéral intérieur de la mosquée impériale Clicheé Gervais-Courtellemont.

d'Ispahan.

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On y ajointles marbres et l'albâtre (colonnes torses engagées, lam-

bris, dallages, clôtures ajourées). Le marbre s harmonise admirable-

ment avec la faïence, car son poli rivalise avec le miroitement des

parois émaillées. Nous verrons à propos des édifices de Constantinople que les architectes des sultans ont su tirer tout le parti possible de cette association de

matériaux. Mais en Perse, le mar-

bre est rarement usité et la faïence prédomine, aussi les marbres, les onyx ou les albâtres employés sont-ils d'une coloration soutenue. Les Turcs au contraire construisant à Constantinople des édifices revêtus de marbre blanc, ont rapidement abandonné les faïences àtonalités soutenues, comme celles qu'ils avaient employées à Brousse, par exemple, et ont découvert cet accord merveilleux des faïences à fond blancs et à arabesques légères qui fait si bien valoir l'architecture de marbre qui les encadre.

Palais d'Achref.— Chah-Abbas ne se contenta pas d'orner sa capitale, il fit élever des palais . en maints endroits. L'un des plus considérables étaient était celui d'Achref (Mazendéran) dont nous donnons le plan fig. 301 et une vue de détail (fig. 302). — Ce pavil-

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Fig. 298. — Minaret de la mosquée impériale à Ispahan.— Cliché Gervais-Courtellemont.

lon n'a pas, comme le palais principal?, des dispositions à arcades

1. Cf. Un exemple d'emploi de faïence d'une allure plus calme et plus classique, si l’on peut s'exprimer ainsi, se voit au portail du tombeau de Chah

Ismaïl ou mosquée Sandijerieh (fig. 299) :

la fig. 300 donne un détail du lam-

bris intérieur de ce monument, lambris tout revêtu de faïence affectant les

dispositions d'une tenture murale.

2, On y remarque les grands bassins, les arcades décorées de peintures À, les tympans B, décorés de faïences et ces arcs à clef formée par un linteau

comme au palais du Tchar-bag (fig. 288). Ce sont des portiques à

Fig. 299. — Mosquée Sandijerieh (tombeau de Chah-Ismaïl, + 1523)! à Ispahan. — Cliché Gervais-Courtellemont.

Jour, à colonnes longues, avec des toitures saillantes comme nous

que nous retrouverons dans l'architecture turque et qui paraissent dérivée d’une forme empruntée à la construction en bois (v. fig. 351, maison turque à Kadikeuï).

1. Je ne suis pas sûr de l'identification de ce monument, je donne la pre-

mière indication d’après M. Gervais-Courtellemont et la seconde d'après Chardin.

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en verrons dans le palais de Tehehel-soutoun et d'Aïneh-khané Ispahan ". Le plan de ce château d'Achref est fort curieux, car 1l reproduit à peu près (fig. 301) une disposition analogue à celle des

Fig. 300. — Détail du tombeau du Chah-Ismaïl à Ispahan. Cliché Gervais-Courtellemont.

palais sassanides de Kasr-i-Chirin (fig. 11), même disposition des pavillons avec de grands jardins, même disposition de longs bassins d'eau formant miroirs. On y retrouve le palais principal, le palais du souverain entouré de dépendances et disposé pour les

1. J'ai figuré en A (fig. 302) deux mosquées funéraires de Demavend avec leurs coupoles coniques et une tour à vent en C,ou Bala khané ; ce sont ces tours qui servent, pendant la saison chaude, à faire circuler l’air frais (fig. 302) dans les maisons.

réceptions pompeuses, l’'Amarat-i-Khosrou, et le petit palais particulier Kala-1-Tchouar-Kapou réservé au harem et à la vie privée, Ce domaine se divise en deux grandes parties séparées par un petit jardin, le Bagh-1i-Tépé ; « à droite de la porte et dans la première enceinte de murailles sont des bains encore en bon état ; on se trouve

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