Fig. 371 et
cour à portiques au milieu de laquelle se trouve une fontaine ; cette fontaine sert aux ablutions, c'est le chadrivan, réservoir muni de robinets où chaque fidèle vient prendre l’eau nécessaire.
Dans certains cas, des fontaines à ablutions auxiliaires se trouvent sur les flancs de la mosquée (comme à Yéni-Validé-Djami de Constantnople et à la mosquée du sultan Ahmed). Des tribunes se trouvent
Fig. 344. — Medressé de Mostar (Herzégovine). — Cliché Gervais- Courtellemont.
fréquemment autour de la mosquée, à l'intérieur, afin d'augmenter la place disponible pour les fidèles (mosquées Ahmedié, Validé, Roustem Pacha, etc.) ; lemihrab a toujours la forme d’une arche ouverte sur une niche, mais l'arche finit par se réduire à une niche à stalactites, encadrée par un chambranle rectangulaire plus ou moins richement décoré. Les minbars sont fréquemment en marbre et même, dans les mosquées les plus riches de Constantinople, ils sont toujours plus simples que les minbars arabes du Caire. Ils ont souvent de très grandes dimensions, et sont très élevées.
Les minarets sont tout autres que les minarets égyptiens et mogrebins ; ce sont bien des fûts cylindriques comme en Perse, mais 1ct le minaret est continu comme grosseur au lieu d’être conique. Ils ne portent pas, comme en Perse, à leur sommet, un petit édicule cou-
vert par une coupole et où aboutit l'escalier avec une galerie terminale en encorbellement, couverte ou non couverte, où le muezzin se tient pour faire l'appel à la prière, mais une ou plusieurs galeries (cherifés) pour le muezzin et leur fût se termine par une toiture en forme de cône aigu !.
Les architectes ottomans se sont bien aperçus de l’inconvénient que présente souvent cette forme un peu simple des minarets. Leur fût constitue en effet une colonne 1solee se délachant sur le ciel; par conséquent.H se deélorme et la ligne des génératrices se creuse dans son milieu; aussi, pour remédier à cet inconvénient, a-t-on augmenté le nombre des balcons afin de rompre cette longue ligne droiteet d'éviter la déformation apparente, tandis que les architectes persans, pour une raison analogue, leur avaient donné une forme légerement conique.
Ces mosquées ont souvent
des annexes plus ou moins
1. On a souvent comparé les minarets turcs à de gigantesques chandeliers ; les Turcs eux-mêmes sont de cet avis, car ils en nomment la partie inférieure chandan ou chandelier et la partie supérieure kandil ou chandelle.
2, Les Grecs en avaient déjà fait la remarque pour les colonnes d'anele des portique des temples; voici d'ailleurs ‘ce, qu'en dit. Vitruve, | d'après eux (Lib. IIT, cap. [IT, $ 7) :« Les colonnes d'angle doivent être faites plus fortes d’1/15 du diamètre parce que, se délachant sur le ciel, elles paraissent plus grêles qu'elles ne sont réellement; c’est le renflement appelé par les Grecs HKvtao's qui est ajouté au milieu du fût de la colonne ».
Fig. 345. — Tombe turque à Constantinople.
étendues. Les unes sont simplement, comme la mosquée de Mehemet-Sokolli Pacha près de l’Atmeïdan, accompagnées de magasins ou locaux à louer qui donnent un revenu à la fondation, et de
chambres d'étudiants en petit nombre; telle est aussi la petite mos-
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Fig. 346. — Intérieur du tombeau de la sultane Roxelane près de la mosquée Suleïmanié. Constantinople (940 H.-1566 J.-C.). La décoration céramique en est encore toute persane de dessin.
quée de Mostar (fig. 343). D’autres, au contraire, sont entourées d’une véritable petite ville de bâtiments universitaires, de fondations pieuses, de nécropoles, telle que la grande mosquée Suleimanié, un des chefs-d'œuvre du fameux Sinan, où il y a à la fois des bains, des logements pour les prêtres, pour les étudiants, un hôpital, des imarets ou cuisines pour les pauvres, l’ancien palais de l’Agha des janissaires, des écoles, des medressés pour les quatre rites orthodoxes, une école de médecine, des bibliothèques, des caravansérails, une nécropole avec le tombeau de Soliman le Magnifique et celui de la sultane Roxelane, etc.
Les medressés sont le plus souvent des fondations particulièrement destinées à l’enseignement et alors 1ls se composent d'une cour entourée des logements des élèves avec, au fond, la mosquée qui est plus ou moins considérable (fig. 344). Des édifices assez par-
ticuliers sont les dervicheries: ou couvents de religieux qui s'y.
Fig. 347. — Décoration en style persan d'un palais turc sur le Bosphore.
adonnent à l'étude et aux exercices mystiques, ceux des derviches tourneurs sont les plus connus.
Les cimetières contiennent des sépultures très typiques, ce sont généralement de grandes stèles fichées en terre (fig. 345) sur lesquelles se lisent les titres du défunt ou de la défunte; elle est surmontée d’un turban ou d'un fez, si c’estla tombe d’un homme, d'une corbeille de fleurs, pour les femmes ; mais dans les villes de province, ces stèles se réduisent à leur plus simple expression, et en Macédoine, par exemple, ce sont fréquemment de longues pierres brutes à peine dégrossies; en somme, le dolmen dans son expression la plus fruste. Souvent des cippes remplacent les stèles.
Les tombes plus riches affectent la forme de sarcophages sur-
montés aussi de stèles ou de cippes ornés d'inscriptions, enfin des
édicules sur plan carré ou octogonal sont la forme la plus simple des chapelles funéraires.
D'autres sont très importantes pour former des édifices souvent
assez considérables, comme, par exemple, les chapelles funéraires
Fig. 348. — Plan du vieux sérail à Constantinople, d’après Melling.
des sultans, près de la Suléïmanié, près de Sainte-Sophie, etc. (fig. 346 et 380). |
Palais. — Les palais des sultans n'ont pris sous les souverains ottomans de véritable importance qu’à partir du moment où ils ont commencé à mettre le pied en Europe. Ce sont par conséquent les palais de Constantinople et d'Andrinople (ce dernier est le premier en date que nous aurons à étudier).
Sérail d'Andrinople. — Le sérail d’Andrinople, détruit en 1878, avait élé fondé par le sultan Mourad [° qui prit Andrinople en 1360 J.-C. Ce palais avait été embelli par différents sultans ; en 1676,
par exemple, le sultan Mohammed posait la première pierre d’un nouveau sérail et d’un kiosque auxquelstravaillaient 10.000 ouvriers : à Akbounar ou la fontaine blanche, à trois lieues de la ville,ilavaitfait élever un palais; en 1695 on y construisait le kiosque du paradis (comme à Constantinople); plus tard encore le sultan Moustafa y
Fig. 349. — Portique de la deuxième cour du vieux sérail à Constantinople.
faisait construire un palais pour ses trois filles. Voici la description qu'en donne M. A. Dumont !: « On y pénétrait d’abord par une cour immense entourée d'auvents soutenus par des colonnes en bois, où se tenait la garde du sultan. En face se trouve la porte de félicité Bab-Seadet, entrée proprement dite du Palais qui donne accès sur un passage voûüté. Les ambassadeurs, les grands de l'empire, les sujets tributaires ne pouvaient aller plus loin. Le souverain... écoutait là leurs requêtes, renfermé dans une petite chambre et