‹ Manuel d'art musulmanChapitre 171 sur 193 · XL: D · texte numérisé non relu

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pour que toute la partie décorative de cette mosquée soit due à l'architecte Djewheri-Ibrahim. Un minaret et un medressé y sont Joints et à côté dans un turbé sont les tombeaux de la fondatrice et ceux des sultans Mohammed IV, Moustafa II, Ahmed III, Mahmoud It et Osman III. Les colonnes de la cour proviennent d'Alexandra Troas, les astragales sont en bronze, les bases ont des bagues de

Fig. 391. — Fontaine dans la cour de la mosquée de Yéni-Validé à Constantinople.

bronze relevées d'ornements gravés. La porte d'entrée est en bois incrusté de nacre, d'écaille et d'ivoire, ses pentures sont en cuivre découpé et ciselé. Le plafond qui est au-dessus est en marbre gravé pi peint.

A l'intérieur de la mosquée, les piliers (fig. 339) sont revêtus de faiences bleues et vertes sur fond blanc, d'une très belle harmonie ; le mihrab ! est fort simple, mais le minbar en marbre blanc repercé à Jour relevé de dorures etde tons verts est d'une grande beauté.

Les façades latérales de la mosquée sont décorées de grands

1. Au-dessus du mihrab sont encore trois merveilleux vitraux appartenant à la première construction de la mosquée.

portails et de galeries superposées d’une admirable proportion où l’architecte à imité l'ordonnance de la Suleïmanié en superposant deux portiques inégaux à entre-colonnements différents. Abrités par d'énormes auvents, ces portiques ont une fermeté de tracé et d’exé-

Fig. 392. — Fontaine du sultan Ahmed III à Constantinople (1121 H,1798 J.-C).

cution toute florentine !. C'est assurément un des plus beaux morceaux d'architecture qu'on puisse voir ; enfin la façade postérieure se compose d’une façon remarquable.

Mais ce qui est particulier à cette mosquée, ce sont les appartements privés qui y ont été aménagés pour recevoir les sul-:

1. Les porches qui s'ouvrent aux extrémités des galeries ont de longues colonnes prismatiques dont la proportion élancée rappelle un peu celle des colonnes des palais persans.

MONUMENTS DE CONSTANTINOPLE DD tans et leur suite (fig. 390). Ces appartements, situés au premier étage, et auxquels on accède par une longue rampe couverte, communiquent avec la tribune impériale. Ils ont encore gardé leur décoration intérieure de faïences; les portes, les armoires, les vantaux des fenêtres sont en bois incrustés de nacres et d'ivoire, avec des ferrures en cuivre doré. De beaux vitraux !, dont quelques-uns

Fig. 393. — Détail de la fontaine du sultan Ahmed II.

possèdent encore toutes leurs découpures (ce sont les plus anciens), complètent cette décoration qui a conservé toute «a splendeur. Une fort belle cheminée en faïence ? fig. 390) décore une de ces salles,

1. Ces vitraux sont très fins de dessin, d’une harmonie générale ton jaune avec des fleurs bleues, blanches, rouges et quelques notes turquoise se détachant sur le réseau de plâtre percé d’une quantité de petits trous ronds vitrés en verre blanc qui forment à la vue un pointillé blanc et brillant excessivement fin.

2, Ces faïences à fond blanc et à dessins bleus et verts, pour la plupart, ont une couverte assez délicate que le temps a irisée légèrement de reflets métalliques que l'on voit très bien quand on les regarde sous un certain angle.

aucun des anciens plafonds n'existe plus. La tribune du sultan a des balustrades de marbre repercées à jour, sculptées et dorées en partie ainsi que le pelit mihrab qui est placé dans cet oratoire sur le prolongement du mur même du mihrab de la mosquée.

Pour être complètement renseignés sur l’évolution de l’architec-

Fig. 391. — Fontaine de Top-Hané à Constantinople sous Ahmed TITI vers 1141 H.-1728 J.-C., d'après Melling.

ture ottomane, nous devrions étudier aussi les petites mosquées, les medressés, les caravansérails, etc... Mais une telle étude nous entraînerait trop loin ; je donnerai cependant plus loin un type de petite mosquée, celle de Nour--Osmanié, assez intéressante par sa simplicité (fig. 395).

Je reprends donc, en gardant l’ordre chronologique, la suite des derniers monuments turcs que nous avons à examiner. Ce sont deux charmantes fontaines dues au sultan Ahmed III et qui existent | encore, l’une à Stamboul, près de Bab-Houmaïoun et du sérail,

l’autre à Top-Hané, dans un faubourg de Galata, près de l’arsenal. | | Fontaine d'Ahmed II, près de Bab-Houmaïoun. — Celle-ci (fig. 392-393) à conservé ses toitures à auvent et à pinacles et sa décoration peinte et dorée. Elle se compose d'un réservoir central qui dessert quatre fontaines à vasques et à robinets occupant les milieux des faces du monument. Les niches qui sont au-dessus des vasques sont ornées d'arabesques sculptées de la plus grande délicatesse, il en est de même de leurs encadrements. Cette ornementation florale possède un caractère oriental très accentué qui se retrouve plus encore dans les deux vases à fleurs en bas-relief (fig. 393) situés de chaque côté du panneau de la fontaine où est scellé le robinet. Ce caractère oriental est aussi très accusé dans les détails de la fontaine de Top-Hané (fig. 394). L'arabesque géométrique a complètement disparu et est remplacée complètement par l'arabesque florale. Mais celle-ci n’a plus le caractère abstrait de l'arabesque égyptienne, syrienne ou persane, la recherche, maladroite peut-être, de l’imitation de la nature paraît analogue à celle qu'on trouve dans certains 1voires indous ou même chinois !, et cette constatation est assez intéressante à faire dans ces monuments élevés à un moment où l'influence de certains éléments européens, qualité malheureusement médiocre, commençait à dénaturer l'esprit de l'architecture ottomane. :

Outre les trois fontaines des faces, quatre sébils, ou fontaines auxquelles on peut boire directement à l’aide de tasses accrochées aux grilles, sont disposées dans les quatre tourelles d’angle (fig. 392). Celles-ci sont soutenues par de légères colonnettes engagées à chapiteaux à stalactites, entre lesquelles sont placées de merveilleuses grilles en bronze doré d'une étonnante délicatesse de dessin. Ces colonnettes reposent sur un gracieux soubassement sculpté, décoré de feuillages et de rinceaux.

Toute cette décoration peinte, sculptée ou dorée a acquis une

1. Cette influence orientale se retrouve dans la façon dont sont bordés certains ornements turcs et qui rappelle l'indication des images dans les œuvres chinoises ou japonaises ; elle se retrouve aussi dans beaucoup d'ornementations de manuscrits turcs, c'est par la Perse que cette influence a gagné l'art turc et il n’est pas douteux que le goût des sultans pour les porcelaines de Chine (ce que prouvent abondamment leurs belles collections exposées au Trésor ou au kiosque de Bagdad) ait influé d'une certaine façon sur le goût des architectes qu'ils employaient (Cf. Migeon, Arts décoratifs, pour l'emploi du tchi chinois dans les faïences persanes et turques).

patine d'une douceur charmante qu harmonise encore mieux le demi-jour que projette sur elle l'ombre de l'énorme auvent saillant qui la couronne.

Fontaine d'Ahmed III à Top-Hané.— La fontaine de Top-Hané

Fig. 395. — Mosquée Nour-i-Osmanié à Constantinople (fondée en 1160 H.- 1748 J.-C. terminée en 1170 H.-1755 J.-C.). |

(fig. 394 était, au commencement du xix° siècle, couronnée, comme la précédente, par un auvent très sallant dont Melling nous a laissé un dessin exact. Cet auvent, couronné par un dôme cantonné d’une masse de petits pinacles, devait être très pittoresque et complétait admirablement la silhouette de cette jolie fontaine dont les sculptures sont au moins aussi bien traitées que celles de la fontaine de Bab-Houmaïoun. Malheureusement, cet

CONCLUSION sp

auvent tombait en ruines, on l’a démoli mais on ne l'a pas remplacé. | |

Une autre fontaine, celle d'Azab-Kapou, contemporaine des précédentes, est tout aussi intéressante. Elle réunit, comme celle de Bab-Houmaïoun, la tchechmé, ou fontaine à robinet et à puisage intermittents, et la sébil, ou fontaine permanente où l'on va se désaltérer seulement. Il y a enfin une quantité d'autres fontaines intéressantes dans tous les quartiers de Stamboul, et ce serait une étude assez longue à faire que d'en comparer les dispositions et les décorations, étude qui compléterait fort bien tout ce qu'on a écrit sur les citernes et les réservoirs de la Constantinople byzantine.

Mosquée Nour-1-Osmanié. — Je termine ici, à la mosquée Nour- 1-05 manié, mon étude sur l'architecture turque ; je l’arrête intentionnellement à ce petit monument {élevé de 1160 H.-1748 J.-C. à 1170 H.-1755 J.-C.) parce que s'il possède encore une partie des qualités de style des monuments tures, il montre déjà par l'emploi de certains éléments empruntés à l'architecture européenne du xvirr siècle, le commencement de cette décadence rapide de l'art ottoman, qui fut, il faut bien le dire, accentuée par la médiocrité et l'ignorance des artistes européens auxquels les sultans et les grands seigneurs tures s’adressèrent. Cet engouement pour les styles européens aurait peut-être été moins néfaste pour l’art, si des artistes de talent avaient été appelés alors à Constantinople, mais ce ne fut pas le cas; aussi, à partir du milieu du xvun siècle, la décadence s’accentuat-elle d’une façon déplorable.

La mosquée Nour-i-Osmanié mesure vingt-quatre mètres dans œuvre. C’est une seule coupole soutenue par quatre ares énormes qui reposent sur des piles carrées surmontées de lanternes ajourées. Une petite abside de près de huit mètres de diamètre forme le sanctuaire au fond duquel se trouve le mihrab. Une grande cour demicirculaire, bordée de portiques, précède la mosquée dont la silhouette générale est assez élégante et se compose très bien dans sa

simplicité.

Conclusion. — Nous avons vu que les monuments élevés par les Ottomans depuis les origines de leur existence politique sont, par une évolution régulière, arrivés à l'expression d’un art complet, très intéressant à étudier dans toutes ses mamifestations. Cet art a été, pendant trop longtemps, Imjustement confondu avec les productions assurément inférieures de l’art bâtard du xvure siècle. Je voudrais avoir réussi à en faire comprendre la grandeur, et à en faire étudier

plus consciencieusement les nombreux monuments encore existants. Au point de vue de l'architecture et de la composition générale, ils sont souvent plus complets et mieux traités que ceux des écoles syrienneetégyptienne, et les HROPPRReS qui ont été imposés à leurs auteurs ont souvent eu une ampleur qu'on neretrouve ni en Syrie, ni en Égypte, ni au Mogreb. Ils méritent donc pleinement l'admiration que nous avons cherché à faire partager à nos lecteurs et ne sont nullement imdignes de devenir l'objet de travaux jusqu'ici réservés à d'autres arts et à d’autres civilisations. Ceux qui les entreprendraient entreraient en contact avec un autre idéal que l'idéal classique, mais ils s'apercevraient bientôt que leur peine n'était pas perdue, et qu'ils s'ouvriraient un domaine de recherches encore à peine exploré et fécond!. Nul doute, d’ailleurs, que l'intérêt | en soit dès à présent compris par les classes élevées et instruites de la Turquie musulmane qui ne sont inférieures, ni comme finesse de perception, n1 comme intelligence, aux plus cultivés des Européens. J'en vois un témoignage indéniable dans la création d’une section d'artmulsuman au Musée Impérial de Constantinople, et nous devons en augurer l'espoir d'une renaissance des études historiques dans la société musulmane.

1. Des études pleines d'intérêt seraient aussi celle des collections de S. M. I. le sultan et celle des bibliothèques. Chefket Effendi (Arch. Ott., p. 73) prétend qu'à la Bibliothèque Impériale, on conserve d'assez nombreuses collections d'anciens dessins, il doit y en avoir parmi eux qui proviennent des grands architectes du xvi° siècle, enfin, commeje l’ai dit à propos du tombeau du sultan Sélim Il, l'étude de l'ornementation même des manuscrits peut être précieuse pour l histoire de l’art, puisqu'on y retrouve des motifs de décoration employés dans les édifices.

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