‹ Manuel d'art musulmanChapitre 170 sur 193 · DéHammer. op. tit, VIL · texte numérisé non relu

DéHammer. op. tit, VIL

3. Jusqu'à la reconstruction de cette mosquée, la mosquée de la Mecque était la seule qui possédât six minarets: lorsque le chérif de la Mecque eut appris que le sultan osait construire six minarets à sa mosquée éponyme, il réclama vivement. Pour tourner la difficulté, le sultan décida de construire un septième minaret à la mosquée de la Kaaba, et c’est aussi très probablement pour apaiser ces récriminations des Mecquois qu'Ahmed fit refaire la toiture de la Kaaba en plaques d’or massif, lui fit faire des ceintures d’étoffes d'or et des gouttières d’or pur (de Hammer, op. cit., t. VIII, 153) et cercla les colonnes du Haram de cercles d’or en même temps qu'il en restauraïit les 360 coupoles.

aux bases puissantes, encadrent d’une facon très harmonieuse la

Fig. 385. — Vue intérieure de la mosquée du sultan Ahmed Te" à Constantinople (une des grandes demi-coupoles).

silhouette un peu trapue de la mosquée, et vraiment on ne saurait trop insister sur l’heureux contraste existant entre la gracilité des minarets turcs et l'imposante silhouette des dômes de leurs

mosquées. Pris isolément ces deux éléments offrent une disproportion frappante, le minaret paraît trop mince et la mosquée trop lourde: mais associés, 1ls se font valoir l’un par l’autre, quand ils se détachent sur le ciel d'un bleu si tendre de Constantinople, ou sur la verdure des platanes et des cyprès. |

Le plan de la mosquée proprement dite est très simple (fig. 383).

Fig. 386. — Cour et fontaine de la mosquée du sultan Ahmed ler à Constantinople.

Une grande coupole est soutenue par quatre énormes piliers cylindriques que des cannelures saillantes décorent jusqu’à la naissance des arcs de soutènement. Elle est épaulée par quatre grandes .demi-coupoles elles-mêmes soutenues chacune par trois demicoupoles (fig. 385);1l est facile de voir, d'après cette dernière figure, à quelle expression de légèreté l'architecte est arrivé en adoptant ‘ce parti si hardi. Quoique pour assurer la rigidité et la solidité des différentes parties de l'édifice en vue des tremblements de terre, on ait dû chaïîner la base des coupoles secondaires au moyen de tirants en fer, ainsi que la plupart des

arcs de la mosquée, ces tirants ne frappent guère la vue et dispa-

raissent dans l’ensemble. On ne voit plus que la légèreté des coupoles ajourées à leur base, comme celle de Sainte-Sophie, soutenues par d’autres coupoles ajourées aussi qui reposent ou sur des arcs à jour, ou sur des pendentifs à stalactites (fig. 385) auxquels le jeu des ombres portées ‘par tous ces petits éléments géométriques enlève la lourdeur qu'auraient présentée de simples pendentifs sphériques.

On voit donc que l’architecte de la mosquée du sultan Ahmed a pris à Sainte-Sophie l'élément que lui donne sa hardiesse, c’est-à-dire la superposition des coupoles; mais au lieu de se borner à une simple imitation comme l'architecte de la Bayézidié, ou à un arrangement ingénieusement majestueux comme le fit Sinan à la Suleïmanié, il a eula merveilleuse intuition d’évider les faces latérales en yrépétant les demi-coupoles de l’abside et du pronaos et en étageant ces coupoles ajourées les unes au-dessus des autres. [la obtenu ainsi un effet de légèreté intérieure extraordinaire. Cet effet est encore augmenté par les décorations peintes d’assez bon goût dont on a parsemé les piliers et les voûtes pour répondre aux lambris intérieurs en faïence de la mosquée. Mais il faudrait que cette décoration fût complétée par des vitraux en plâtre ajouré qui auraient à la fois l'avantage de rendre la lumière plus discrète, et aussi celui de donner de l’écheile à ces innombrables fenêtres dont les divisions par trop simples sont très monotones.

Le point faible de la composition est, comme je l'ai dit plus haut, le mur du mihrab, trop froid, trop plat, trop monotone, et l’on se demande pourquoi l’habile architecte de cette mosquée ne s'en est pas rendu compte. Rien qu’à l'aspect du plan (fig. 383) on s'aperçoit de ce défaut qui saute à l'œil de l'observateur le moins exercé. Si seulement ce plan était rigoureusement symétrique par rapport à son axe transversal, ce défaut serait atténué par la formation de grandes niches répondant aux saillies intérieures des gros contreforts de l'entrée, mais il n'en est pas ainsi.

Quant aux dispositions extérieures, nous retrouvons les portiques latéraux comme à la Suleïmanié, mais ici, le parti des arcades inégales est appliqué aussi bien au portique haut qu’au portique bas, ce qui ne produit plus du tout l'heureux effet d’opposition qu'on admire dans les portiques de la’ Suleïmanié. Nous retrouvons aussi la cour intérieure qui est vaste et d'un effet imposant (386). Cinq colonnes en granit rose, douze en granit gris, neuf en marbre blanc en soutiennent les arcades élevées, couronnées de

coupoles. Les chapiteaux à stalactites sont d'une bonne proportion, ils ontleurs astragales en bronze comme sont d’ailleurs aussi les bagues des bases des colonnes. La porte de la mosquée est en bois d'olivier, de noyer et d’ébène, incrustée d'ivoire et de nacre, avec un gros cabochon au milieu des panneaux, des ferrures et ornements en bronze. Au milieu de la cour est une ravissante fontaine octogonale en marbre blanc dont les arcades couvertes d’arabesques sculptées avec le plus grand art sont soutenues par de belles colonnes aux bases et aux astragales de bronze. Des grilles de bronze repercées suivant un lacis géométrique d’hexagones recoupés de Hieneie équilatéraux sont disposées entre les colonnes pour empêcher qu'on ne puisse polluer l’eau de la fontaine.

En bronze fondu et gravé sont aussi les portes d'entrée latérales de la cour et la porte principale. Celle-c1 (fig. 387) est abritée par un grand porche à stalactites, avec niches latérales; deux grandes frises, l'une au-dessus de la porte, l’autre au-dessus du porche, ont de grandes inscriptions dorées sur fond vert. Les voussoirs sont alternativement en marbre blanc et en marbre brun foncé. La porte proprement dite est en bronze. Elle est fort belle, chacun de ses deux vantaux massifs est composé de trois panneaux à arabesques ou inscriptions, avec dorures sur les filets de ces dernières; de gros clous en sallie ornaient autrefois ces vantaux : il en reste encore quelques-uns, le grand panneau central est orné d’un beau cabochon en saillie gravé et doré

Mosquée Yéni-Validé. — La mosquée Yéni-Validé, qui se trouve à Stamboul à l'extrémité du pont de Galata, est peutêtre plus classique encore comme aspect que l’Ahmédié. Sa silhouette puissante (fig. 388) et ses beaux minarets à trois galeries font l’admiration de tous les voyageurs. C'est assurément une des plus belles mosquées de Constantinople, autant pour la beauté de ses proportions extérieures ; que pour la richesse de sa décoration intérieure ; son plan est en principe celui de l'Ahmedié, quatre demi-coupoles contournant une coupole centrale et déterminant ainsi un plan cruciforme dont les angles sont couverts de petites coupoles. Mais la coupole centrale n'est pas soutenue par de gros piliers cannelés comme ceux de la Sélimié d’Andrinople ou de l’'Ahmedié; ce sont des piles cruciformes qui remplissent ici cet office, et il faut avouer que la franchise de ce parti ne nuit pas du tout à l'impression d'ensemble. En réunissant par une galerie le mur du mihrab à chacune de ces grosses piles qui lui corres-

pondent, Khodja-Kassim, le premier architecte d'Yéni-Validé, a réussi à corriger cette impression de froideur du mur du mihrab

Fig. 387. — Mosquée du sultan Ahmed l'" à Constantinople, porche d'entrée.

qui nous a frappé dans l'Ahmedié, en isolant ainsi un peu le sanctuaire., Ces tribunes ne sont d’ailleurs pas inutiles, puisque d’un côté elles sont destinées aux femmes du sultan et de l’autre à celuici lui-même qui y a une sorte de petit oratoire.

Les minarets sont placés aux angles inférieurs du plan et déterminent les extrémités d’une sorte de narthex intérieur, doublant le portique de la cour; celle-ci est carrée et en son milieu s'élève une

Fig. 388. — Vue générale de la mosquée Yéni-Validé à Constantinople, commencée en 1074 H.-1651 J.-C., terminée 1091 H.-1680 J.-C.

très belle fontaine octogone en marbre blanc et à grilles de bronze analogue à celle de l’Ahmedié, mais d’une décoration bien plus riche encore (fig. 391): | | | Cette belle mosquée a été commencée en 1615 par la mère du sultan Ahmed, la sultane Validé-Kæsen, ce fut l'architecte Khodja-Kassim qui fut chargé d'en dresser les plans et d'en diriger

l'exécution. Elle [ut complètement terminée plus tard par la sultane Validé-Tarkhane, mère du sultan Mohammed IV, vers 1091 H.-

Fig. 389, — Vue intérieure d'Yéni-Djami à Constantinople

1680 J.-C. sous la direction de l'architecte Djewheri Ibrahim: ce fut alors en quelque sorte une reconstruction, car le grand incendie

ManuEz D'ART MUSULMAN. — I. à:

de 1660 l'avait en partie détruite !. Il y a donc bien des probabilités

Fig. 390. — Appartements du sultan à Yéni-Djmai à Constantinople. Cheminée en faïence.

1. Cet incendie commença à Ayasma-Kapou et détruisit le premier jour le palais de l’aga des janissaires, et le quartier entre les mosquées Bayézidié et Méhémmedié ; le second jour il s’étendit jusqu'au Besestin de Mahmoud Pacha et de Tahtoul-Kala. et le troisième jour vers Koum-Kapou et Psamatia. Rien ne donne mieux l'impression de cette terrible catastrophe que l'énumération des ruines qu'elle laissa après elle : 200.000 maisons, 300 palais, 100 khans et caravansérails disparurent dans cet immense désastre (de Hammer, op. cul.

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