Fergusson, op. cit
de Bijapour, en effet l'influence des arts persans, puis celle des architectes turcs, pénétrait dans l’Inde du nord-ouest !.
Monuments du Sindh. — Les monuments de la province nommée Sindh, révion qui sépare l’Inde de l’Afganistan, sont relativement peu connus. Ceux qui ont été superficiellement et imparfaitement décrits par les voyageurs sont en briques avec applications de briques émaillées et de faïences avec des dômes bulbeux, des arcs aigus, et paraissent appartenir d'une façon presque complète au style persan, comme le sont d’ailleurs les monuments voisins de Hérat et de Candahar. C'est ce que confirme Fergusson lorsqu'il parle des monuments de Tatta et du tombeau de Nawab-Emir-Khan, élevé sous le règne de Chah-Jehan ou dans les années qui suivirent, c'est-à-dire de 1632 à 1640.
On peut dire qu'au xvi® siècle, la Perse a joué, relativement à l’art ottoman et à l’art indou, le même rôle que l'Italie du quattrocento et de la Renaissance vis-à-vis de la France et de l'Espagne.
L'art persan, pour l'Inde comme pour la Turquie, a été une sorte de thème sur lequel ont brodé les artistes de ces pays avec leurs idées particulières, et en se servant de procédés différents de ceux des Persans. Mais, si l’art persan n'a été pour les Turcs qu’un élément décoratif à greffer sur un plan byzantin, il a été plus que cela pour les arts indous, ce qui se comprend à mon avis, très facilement, si l'on veut bien se rappeler qu'à la cour de Tamerlan la culture artistique et littéraire était presque exclusivement persane. D'un autre côté la vallée de l’Indus peuplée de peuplades aryennes était à moitié persane de traditions et de nationalité.
Les musulmans avaient apporté déjà dans l'Inde un goût pour les lettres, les arts et les sciences, tout différent de celui qui y existait auparavant. L'établissement de l’empire mogol, par sa puissante organisation, et surtout par la remarquable intelligence d'Akbar
1. On sait que des élèves du célèbre Sinan furent appelés, au commencement du xvr° siècle, par le sultan Baber, pour élever ses monuments de Delhi, d'Agra, de Cachemire. Un de ses élèves favoris, le maître Youssef, construisit des palais et des mausolées pour les souverains mogols (Cf. supra Montani, Architecture ottomane, p. 6).
continua, en l'accentuant, la modification que l’islamisme avait déjà apportée à l’art des provinces septentrionales de l'Inde. Baber, qui était monté sur le trône en 1494, ne s'empara d’Agra qu'en 1526. Son fils, Houmayoun, dont l'intelligence et la culture étaient au moins égales à celles de son père, eut à lutter contre de si grandes difficultés qu'il ne laissa pas de monuments bien importants. Son règne fut d’ailleurs, pour ainsi dire, interrompu un moment par les victoires de Schere-Chah et de son fils Sélim. Le style de cette époque est encore sobre et élégant. Sous le règne d'Akbar, au contraire, 1l prend à la fois une énergie et une splendeur remarquables tout en gardant une grande originalité. La grâce et l'élégance persanes, qui triompheront sous ses successeurs dans les monuments d'Agra et de Delhi se mélangent à la fermeté du style pathan ! et du style jaïna. Quoique Baber ne nous ait pas laissé de grands monuments authentiquement datés, on sait, par
2, combien il employait d'ouvriers dans ses travaux
ses mémoires de Sikri, Biana, Agra, Gwalior, Dhulpour, etc.
Les monuments élevés sous le règne d’Humayoun sont probablement analogues à ceux de son contemporain et rival Schere-Chah à qui Fergusson attribue la construction de la mosquée du Purana Kilah ou forteresse de Delhi, et les murs de la ville que Houmayoun fit réparer (en 1553). Dans cette mosquée terminée par Schere-Chah en 1541, on voit déjà employées ces mosaïques de marbre de couleur qui prendront plus tard, dans les monuments d'Agra et de Delhi, un développement si remarquable. Il en est de même d’une parue du palais d'Agra qu'y vit autrefois Euro et qui a été démoli en partie depuis.
Monuments d'Akbar. — Akbar qui régna près de cinquante ans, et fut certainement le plus remarquable des empereurs mogols, avait un esprit d'un libéralisme bien remarquable pour son temps. Il traitait sur un pied d'égalité complète ses sujets musulmans ou indous et semble avoir cherché, à ün moment donné, par une tolérance réciproque, à en faire une nation homogène. Cette fusion, qu'il ne put produire dans les esprits, 1l la réalisa peut-être dans le style de ses monuments, dontles plus remarquables sont ceux de Futtipore, la ville de la Victoire (aujourd’hui Futtipore-Sikri).
Si le mausolée qu'il éleva à Delhi pour son père Houmayoun est 1. Les Pathans construisaient comme des géants et sculptaient comme des
orfèvres (Fergusson, op. cut.).